World Development Report de la Banque mondiale - Immigration et émigration : le paradoxe mauricien
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Les mouvements migratoires liés au travail sont un phénomène mondial. Maurice fait partie des quelques pays qui accueillent de plus en plus de travailleurs étrangers tout en assistant à l’exode de leurs talents.
184 millionsC’est le nombre de migrants dans le monde selon les derniers chiffres publiés par la Banque mondiale. Parmi eux, 43 % vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. David Malpass, président de la Banque mondiale, souligne dans le World Development Report que les migrations contribuent de manière substantielle au développement économique et à la réduction de la pauvreté. « Les migrants apportent souvent des compétences, du dynamisme et des ressources qui renforcent les économies des pays de destination. Dans de nombreux cas, ils renforcent également le pays d’origine, fournissant un mécanisme de soutien vital pour les communautés en envoyant des fonds à leurs familles, en particulier en période de troubles », fait-il ressortir.
Maurice ne déroge pas à la règle et a vu, selon Ravish Pothegadoo, fondateur de Talent on Tap, une augmentation du nombre d’immigrants au cours des dernières années. « Il y a effectivement une hausse du nombre de travailleurs étrangers à Maurice, dont le salaire oscille entre Rs 15 000 et Rs 20 000. Ils opèrent dans le textile, le commerce ou encore les boulangeries », indique-t-il.
La Banque mondiale révèle que l’immigration entraîne d’importantes augmentations de salaire pour la plupart des personnes dont les compétences correspondent aux besoins de la société d’accueil. Ces gains dépassent généralement ce qui pourrait être obtenu dans le pays d’origine, même en cas de migration interne vers des lieux relativement plus aisés. « Les gains sont si importants qu’aux taux de croissance économique actuels, il faudrait des décennies pour qu’une personne peu qualifiée travaillant dans certains pays d’origine gagne le revenu qu’elle obtient en émigrant vers un pays à revenu élevé », mentionne le World Development Report.
Cependant, le coût de la vie à Maurice influe sur le pouvoir d’achat des travailleurs étrangers, et donc sur leur capacité d’épargne. Selon les chiffres de la Banque de Maurice, le montant envoyé par les travailleurs expatriés pour les neuf premiers mois de 2022 est de Rs 6,47 milliards. Or, un travailleur indien qui vit à Maurice depuis 10 ans nous confie qu’il devient de plus en plus difficile de mettre de l’argent de côté pour l’envoyer à sa famille en Inde.
« Le véritable problème est que beaucoup de travailleurs étrangers se laissent berner par les agents recruteurs qui nous vendent du rêve. Le salaire au Moyen-Orient est beaucoup plus attractif. Un infirmier indien touche en moyenne Rs 30 000 à Maurice, soit le même salaire qu’en Inde. Il peut grimper jusqu’à Rs 40 000 avec les heures supplémentaires. En revanche, il toucherait Rs 100 000 au Moyen-Orient. D’ailleurs, je connais plusieurs infirmiers indiens qui, à partir de Maurice, préfèrent mettre le cap sur le Royaume-Uni ou le Canada pour exercer », explique-t-il.
Parallèlement, l’émigration d’une partie de la population active pose problème à Maurice. Que ce soit dans l’offshore ou dans l’hôtellerie, Ravish Pothegadoo souligne que le savoir-faire mauricien est très apprécié à l’étranger. Les écarts de salaires entre les pays de destination et d’origine sont, selon la Banque mondiale, un facteur clé de la migration économique. Les gains potentiels sont les plus élevés pour les personnes qui passent d’un pays à faible revenu à un pays à revenu élevé.
Yashley Latchman, comptable dans une firme privée au Royaume-Uni, affirme que le salaire est définitivement meilleur. « À Maurice, il faudrait occuper un poste hiérarchiquement important pour vivre aisément alors qu’il suffit simplement d’un travail stable à l’étranger pour le faire. Certes, j’ai connu une descente en grade par rapport à Maurice, mais la rémunération est considérable, c’est-à-dire 3,5 fois supérieure quand elle est convertie en roupie », avance-t-il. Le salaire perçu à l’étranger permet également d’épargner. D’ailleurs, selon les chiffres de la Banque de Maurice, Rs 2,09 milliards ont été envoyées à Maurice par la diaspora durant les trois premiers trimestres de 2022.
Par ailleurs, Ravish Pothegadoo explique que plusieurs Mauriciens modestes ont également pris la décision de s’expatrier afin d’offrir un meilleur avenir à leurs enfants. L’éducation et le rapport qualité-prix seraient les principales raisons. Au Royaume-Uni, par exemple, souligne Yashley Latchman, un couple qui touche le salaire minimum peut - contrairement à Maurice -, joindre les deux bouts.
Les données de la Banque mondiale
| Pays | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 (9 mois) |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | Rs 2,62 milliards | Rs 2,61 milliards | Rs 3,47 milliards | Rs 2,69 milliards |
| Inde | Rs 2,68 milliards | Rs 2,78 milliards | Rs 2,79 milliards | Rs 2,62 milliards |
| Madagascar | Rs 278 millions | Rs 271 millions | Rs 244 millions | Rs 265 millions |
| France | Rs 302 millions | Rs 353 millions | Rs 319 millions | Rs 140 millions |
| Chine | Rs 144 millions | Rs 187 millions | Rs 178 millions | Rs 77 millions |