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William Sanassee condamné à perpétuité : Le père de Donovan Clovis : « Ki kalite dimounn sa… »

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 12 avril 2026 à 13:00
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donovan
Noël Clovis demande que les ossements de son fils Donovan lui soient restitués pour pouvoir faire son deuil.

«Mo’nn aprann li’nn pik so lizie, koup so lagorz, anter li dan so lakour. Apre enn semenn li’nn deter li, koup li ankor bout bout... » Noël Clovis marque une pause. Soixante-cinq ans, une vie de père réduite à cette phrase-là, prononcée à voix basse, comme si la dire trop fort rendait les images encore plus réelles. « Ki kalite dimounn sa. Si mo ti ankor zen... Pa kav trouv li divan mo lizie, si fode mwa ki al ferme. Je ne répondrai plus de moi. »

Son fils s’appelait Jayce Donovan Clovis. Il avait 28 ans. Il est sorti de chez lui le 22 février 2022, à Pointe-aux-Piments, pour suivre un ami, Michel William Sanassee, 27 ans. Il n’est jamais rentré. Quatre ans plus tard, le mercredi 8 avril, William Sanassee a été condamné à la réclusion à perpétuité par la Cour d’Assises. Il a avoué le meurtre. Il a avoué avoir consommé une partie de la chair de sa victime. « Mo latet fatige », dit Noël.

Ce jour de février 2022, Noël était au travail quand tout a basculé. William est passé à la maison dans la matinée. Les deux jeunes hommes sont partis ensemble. Le soir, Donovan n’est pas rentré. Son père s’est d’abord dit qu’il avait peut-être rejoint sa mère à Grand-Baie. Puis, les heures ont passé. Puis, les jours.

Dès le début, un nom tournait dans la tête de Noël : William Sanassee. Il est allé le dire à la police. On lui a répondu qu’il n’avait aucune preuve. William a été entendu, a tout nié. « Je le voyais marcher librement », dit Noël. Cette image-là – l’ami de son fils, libre, dans les rues du quartier – l’a hanté pendant des mois.

Refusant de s’arrêter là, il a frappé à la porte d’un hôtel proche de la villa où vivait William Sanassee, à Pointe-aux-Biches. Les caméras de surveillance lui ont donné ce qu’il cherchait : on y voyait Donovan et William marchant ensemble ce jour-là. « Mon fils ne se doutait guère qu’il n’allait jamais revenir. »

Les semaines ont passé. Puis les mois. Noël attendait, sans réponse, sans arrestation, sans corps. À un certain stade, l’attente a commencé à travailler son esprit de l’intérieur. « Dans la maison, il m’arrivait de voir Donovan assis sur la chaise en face de moi dans la cuisine. Mais l’instant d’après, il disparaissait. Lorsque je racontais cet incident, on me disait que mon fils n’était alors plus de ce monde. » Il voyait son fils mort sans encore pouvoir le savoir. Son esprit avait déjà compris ce que les mots ne pouvaient pas encore dire.

C’est la Major Crime Investigation Team qui a finalement fait éclater la vérité. William Sanassee avait fui à Rodrigues. Rattrapé, ramené à Maurice, soumis à un interrogatoire, il a fini par avouer. Donovan avait été tué dans la villa de Pointe-aux-Biches. Le corps avait été enterré dans la cour. Puis déterré. Puis découpé.

Les policiers ont creusé. Les faits remontant à près de deux ans, il ne restait que des ossements. Les tests ADN ont été effectués. En novembre 2024, la confirmation est tombée.

« Li bizin ferme mem a-vi. Kanibal, manz dimounn. Mo’nn frisone kan mo’nn tann sa. Li bizin ferme pou pa touy lezot zanfan dimounn », lance Noël. Le verdict est tombé : réclusion à perpétuité. La vérité est connue. La justice a parlé. 

Mais Noël Clovis n’a pas encore pu faire une chose : enterrer son fils. « Je sais que je ne verrai plus le visage de mon fils. Maintenant, après tout ce qui s’est passé, je souhaiterais avoir les ossements de mon fils pour pouvoir organiser son enterrement. Je demande aux autorités de me les restituer pour que notre famille puisse au moins faire son deuil. »

Il a obtenu la vérité. Il a obtenu la justice. Il attend encore la paix.

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