Voyager coûte plus cher : les billets d’avion prennent de l’altitude
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à se faire sentir sur le secteur aérien. Hausse du prix du carburant, détours imposés aux compagnies et perturbations du trafic entraînent une augmentation des tarifs des billets d’avion. Les agences de voyage à Maurice observent déjà un impact direct sur les voyageurs.
Depuis les récentes tensions et conflits au Moyen-Orient, les prix des billets d’avion connaissent une hausse notable. Les agences de voyage mauriciennes constatent une augmentation progressive des tarifs, accompagnée de perturbations sur plusieurs itinéraires internationaux, en particulier ceux transitant par les grands hubs du Golfe. Begum Jaulim, Manager chez BlueSky Travel, explique que les premières estimations font état d’une augmentation moyenne d’environ 9 % sur les tarifs aériens depuis le début du conflit en Iran. Selon elle, cette hausse s’explique par plusieurs facteurs directement liés au contexte géopolitique actuel.
« L’augmentation du prix du kérosène est l’un des principaux éléments qui influencent les tarifs. L’instabilité géopolitique entraîne une volatilité sur les marchés énergétiques, ce qui se répercute directement sur les coûts opérationnels des compagnies aériennes », souligne-t-elle.
À cela s’ajoute la fermeture de certaines zones aériennes dans la région, obligeant les compagnies à modifier leurs plans de vol. Les avions doivent contourner certaines zones sensibles, ce qui allonge les trajets et augmente la consommation de carburant. « La réorganisation des itinéraires de vol entraîne des coûts supplémentaires pour les compagnies aériennes, qui finissent par être répercutés sur le prix des billets », précise Begum Jaulim.
Du côté d’Atom Travel, le constat est similaire. Caroline Chen, directrice de l’agence, indique que les prix ont déjà commencé à augmenter sur plusieurs destinations. « Il faut compter une hausse à partir d’environ 20 euros sur les billets d’avion. L’ampleur de l’augmentation varie toutefois selon la catégorie de siège et la compagnie aérienne », explique-t-elle.
Shazia Tincowree, directrice de Shamal Travels, confirme également cette tendance. Selon elle, plusieurs compagnies aériennes ont déjà introduit des surcharges carburant afin de compenser la hausse du prix du kérosène. « La plupart des compagnies aériennes ont appliqué ces surcharges, ce qui a entraîné une augmentation des tarifs vers plusieurs destinations », indique-t-elle.
Outre la hausse des prix, la situation a également provoqué d’importantes perturbations dans le trafic aérien mondial. Selon Begum Jaulim, plusieurs milliers de vols ont été affectés depuis le début du conflit. « À ce jour, plus de 12 300 vols ont été annulés au départ ou à destination de grands hubs comme Dubaï, Doha ou Abu Dhabi. Lors des périodes de fermeture maximale de l’espace aérien, on a enregistré jusqu’à 3 400 annulations par jour, avec environ 23 000 vols supprimés dans les premiers jours du conflit », explique-t-elle.
Ces perturbations ont un impact direct sur les voyageurs mauriciens. Les passagers se rendant dans les pays du Golfe ont été particulièrement touchés. « Les clients qui devaient se rendre directement dans la région ont souvent vu leur vol annulé ou ont préféré reporter leur voyage. Quant aux passagers en transit via Dubaï, beaucoup ont été redirigés vers d’autres hubs comme Istanbul ou vers des itinéraires passant par l’Europe », précise la responsable de BlueSky Travel.
La tendance se confirme également chez Atom Travel. Caroline Chen observe une baisse de la demande vers certaines destinations du Moyen-Orient. « Plusieurs Mauriciens ont choisi d’annuler leurs voyages vers Dubaï. Ils privilégient désormais des destinations considérées comme plus sûres, comme Cape Town ou Kuala Lumpur », souligne-t-elle.
Chez Shamal Travels, certaines annulations et reports ont également été enregistrés. La hausse des tarifs joue un rôle important dans les décisions des voyageurs. « Lorsque les prix deviennent trop élevés, certains clients préfèrent changer de destination ou opter pour une autre compagnie aérienne offrant un tarif plus abordable », explique Shazia Tincowree.
En cas d’annulation ou de modification de vol, les compagnies aériennes appliquent généralement des mesures spécifiques afin d’assister les passagers. Selon Begum Jaulim, plusieurs options peuvent être proposées aux voyageurs concernés. « Pour les passagers en correspondance, les compagnies proposent souvent un réacheminement via un autre hub, comme Istanbul, Francfort ou Paris, et parfois Doha lorsque l’espace aérien est partiellement rouvert », explique-t-elle. Lorsque l’annulation est à l’initiative de la compagnie aérienne, les passagers peuvent également bénéficier d’un transfert vers un autre vol sans frais supplémentaires.
Dans la plupart des cas, les voyageurs peuvent aussi reporter leur départ à une date ultérieure sans pénalité. « Lorsque le vol est officiellement annulé, les passagers peuvent choisir entre un remboursement complet ou un réacheminement vers leur destination finale », précise Begum Jaulim. Ces mesures s’appuient notamment sur les règles internationales relatives aux droits des passagers aériens, dont la Convention de Montréal et certaines réglementations européennes.
De son côté, Caroline Chen souligne que les voyageurs mauriciens concernés par des vols vers Dubaï ou des transits dans cet aéroport peuvent généralement annuler sans frais. « Emirates propose par exemple une politique de remboursement complet pour les passagers affectés par les perturbations », indique-t-elle.
Chez Shamal Travels, l’agence tente également d’accompagner les clients dans la recherche d’alternatives. « Lorsque le voyage est prévu pour des loisirs, nous proposons des destinations différentes adaptées au budget du client. Si la destination doit être maintenue, nous essayons de trouver un autre itinéraire ou une autre compagnie, même si les prix restent généralement plus élevés », explique Shazia Tincowree.
Dans ce contexte d’incertitude, l’assurance voyage peut jouer un rôle important pour les voyageurs.
Elle peut notamment couvrir :
Cependant, certaines situations ne sont généralement pas couvertes par les assurances.
Par exemple :
Les agences de voyage rappellent également que l’assurance ne couvre pas l’augmentation du prix des billets d’avion. Dans ce contexte incertain, les professionnels du secteur conseillent aux voyageurs de planifier et de réserver leurs déplacements le plus tôt possible, surtout lorsque le voyage est indispensable. L’évolution du conflit pourrait en effet entraîner de nouvelles perturbations et, potentiellement, une nouvelle hausse des tarifs aériens dans les semaines à venir.
Hausse de la surcharge carburant dès le 18 mars
La compagnie aérienne nationale Air Mauritius annonce une hausse de la surcharge carburant (YQ) sur plusieurs destinations à partir du 18 mars 2026, applicable aux voyages effectués à compter de cette date. Selon la compagnie, l’ajustement varie selon les destinations et la classe de voyage. Les montants supplémentaires vont de 10 € à 45 € en classe économique et peuvent atteindre 85 € en classe affaires sur certains vols long-courriers.
| Destination | Économie | Business |
| La Réunion | 10 € | — |
| Madagascar | 20 € | 40 € |
| Afrique du Sud | 20 € | 40 € |
| Inde | 25 € | 50 € |
| Malaisie | 25 € | 50 € |
| Australie | 30 € | 60 € |
| Émirats arabes unis) | 30 € | 60 € |
| Suisse | 30 € | 60 € |
| Royaume-Uni | 30 € | 60 € |
| France | 45 € | 85 € |
Face à la hausse du prix du carburant liée aux tensions géopolitiques dans le Golfe, la compagnie Air India a annoncé l’introduction progressive d’une surcharge carburant sur ses vols domestiques et internationaux. Cette mesure s’applique en plusieurs phases depuis le 12 mars 2026 pour les nouvelles réservations. La surcharge variera selon les régions, avec des augmentations allant de 10 à 50 dollars pour certains marchés internationaux.
| Région | Surcharge actuelle |
| Inde (vols domestiques) | Non appliquée |
| Bangladesh / Maldives / Népal / Sri Lanka | Non appliquée |
| Moyen-Orient | Non appliquée |
| Asie du Sud-Est | USD 40 |
| Afrique | USD 60 |
| Europe | USD 100 |
| Amérique du Nord | USD 150 |
| Australie | USD 150 |
| La compagnie précise que d’autres ajustements pourraient être annoncés lors des prochaines phases. | |
| Destination | Avant guerre (Rs) | Actuel (Rs) |
| Paris | 50 000 – 60 000 | 66 000 – 75 000 |
| Londres | 43 000 – 50 000 | 55 000 – 65 000 |
| Kuala Lumpur | 39 000 – 45 000 | 49 000 – 55 000 |
| Bombay | 24 000 – 30 000 | 32 000 – 38 000 |
| Cape Town | 35 000 - 40 000 | 35 000 - 40 000 |
| Istanbul | 35 000 - 45 000 | 80 000 - 90 000 |
| Perth | 50 000 - 55 000 | 50 000 - 55 000 |
| Nairobi | 52 000 - 55 000 | 55 000 - 60 000 |
| Réunion (St Denis) | 15 000 - 18 000 | 15 000 - 18 000 |
| Bangkok | 35 000 | 44 000 |