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Vision 2050 : l’ambiton d’une économie à 50 milliards de dollars en 2050

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 24 July 2026 à 12:00
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Six mois après le lancement de Vision 2050, les acteurs des différents acteurs se sont réunis pour discuter des perspectives de l’économie mauricienne.

Un pari économique de taille : porter le produit intérieur brut à 50 milliards de dollars d’ici 2050. C’est l’objectif affiche du ministère des Services financiers et de la Planification économique, lors d’une séance de validation, le jeudi 23 juillet, au Sir Harilall Vaghjee Hall, à Port-Louis, dans le cadre de la Vision 2050.

Les projections actuelles indiquent qu’en suivant la trajectoire tendancielle, l’économie mauricienne atteindrait environ 29 milliards de dollars américains en 2050. Pour franchir le seuil des 50 milliards de dollars, un véritable changement d’échelle (« step-change ») est nécessaire, avec un retour à des taux de croissance annuels de 4 % à 5 %. Trois scénarios ont été présentés : une croissance limitée à 2,3 %, une reprise à 4,7 % et une trajectoire plus ambitieuse à 6 %. Selon les premiers enseignements des consultations menées dans le cadre de la Vision 2050, le scénario d’une croissance annuelle de 4,7 % apparaît comme le plus réaliste. Cette trajectoire permettrait d’atteindre un PIB de 50 milliards de dollars en 2050.

Pour concrétiser cette ambition, huit principes stratégiques ont été identifiés. Ils s’appuient sur la nécessité d’ancrer la croissance dans des activités à forte valeur ajoutée. Il faut assurer la sécurité énergétique, renforcer la gouvernance et la confiance institutionnelle, tout en concentrant les efforts nationaux sur un nombre limité de secteurs prioritaires. L’adaptation au changement climatique, la prise en compte des évolutions démographiques, la valorisation du potentiel maritime du pays et le renforcement de la résilience face aux chocs externes figurent également parmi les axes majeurs de cette stratégie.

Le plan sectoriel prévoit une transformation profonde de l’économie mauricienne. À l’horizon 2050, les secteurs à forte croissance, dont les services financiers, la manufacture avancée, les technologies de l’information et de la communication (TIC) devraient représenter près de 80 % de l’économie, contre environ 50 % actuellement. Il y a aussi le tourisme, la logistique, l’économie bleue, l’agriculture à haute valeur ajoutée et les sciences de la vie. Les services financiers, incluant les services professionnels, sont appelés à devenir le principal moteur de cette croissance, avec une contribution estimée à 14 milliards de dollars. L’économie bleue et les sciences de la vie devraient, quant à elles, enregistrer les plus fortes progressions au cours des prochaines décennies.

Défi majeur

Toutefois, cette ambition économique se heurte à un défi majeur : celui de la disponibilité de la main-d’œuvre. Les estimations font état d’un déficit potentiel de 390 000 à 500 000 travailleurs à l’horizon 2050, même en tenant compte des gains de productivité. Pour répondre à cette contrainte, Maurice devra adopter une approche combinant plusieurs leviers : accroître la participation des femmes et des jeunes au marché du travail, prolonger l’activité professionnelle des seniors, investir davantage dans la formation continue et attirer de manière ciblée des compétences étrangères. Les modèles de Singapour et des Émirats arabes unis ont été cités comme exemples de pays qui sont parvenus à adapter leur stratégie de développement aux contraintes démographiques.

La réussite de la trajectoire « 50 x 50 » reposera sur deux leviers principaux : des investissements importants dans les infrastructures, notamment le port, l’aéroport, les routes, les énergies renouvelables, les ressources en eau, la protection côtière et la numérisation, ainsi que des réformes structurelles. Il est question de moderniser le marché du travail et d’élaborer une stratégie migratoire claire. Il faut aussi mettre en œuvre l’Accord de libre-échange continental africain (AfCFTA) afin de renforcer les échanges avec l’Afrique. Il est essentiel d’améliorer la régulation financière pour préserver la crédibilité du centre financier mauricien tout en accélérant les procédures.

En chiffres

Vision 2050

PIB actuel (2025) : 15,5 Mds USD

PIB visé (2050) : 50 Mds USD

Croissance nécessaire : 4–5 % par an (~2 % actuellement)

Secteurs moteurs (2050, en Mds USD)

Services financiers & professionnels    :14

Manufacture avancée    : 6

Tourisme & hôtellerie     :  5

TIC & digital     :  4

Logistique & port     :  3

Économie bleue     : 3

Agriculture de haute valeur     : 3

Sciences de la vie & pharma     : 2

Autres secteurs     : 12

Jyoti Jeetun, ministre des Services financiers : «S’il y a des crises aujourd’hui, c’est parce qu’il n’y a pas eu de préparation en amont»

La Vision 2050 doit permettre à Maurice de mieux anticiper les défis à venir plutôt que de répondre aux crises une fois qu’elles surviennent. C’est le message central de la ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun. Elle estime que l’absence de préparation à long terme explique certaines difficultés actuelles du pays.

La ministre a insisté sur la nécessité de passer d’une logique de réaction à une approche basée sur l’anticipation. « L’avenir se prépare dès aujourd’hui. Si actuellement on doit gérer des crises, que ce soit au niveau de l’énergie, du vieillissement de la population ou encore de la pension, c’est parce qu’il n’y a pas eu de préparation en amont. » Selon elle, la planification stratégique doit permettre d’identifier les risques futurs, de prévoir les investissements nécessaires et de mettre en place des solutions avant que les problèmes ne deviennent des urgences nationales. 

Six mois après le lancement de cette initiative, elle a dressé un premier bilan des consultations menées auprès de la population et des différents acteurs. Treize consultations régionales ont déjà été organisées, réunissant plus de 1 500 participants. À cela s’ajoutent vingt et une consultations thématiques portant sur plusieurs secteurs de développement.

Paroles aux participants 

Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius : « Une vision pour un pays doit être comme celle d’une entreprise : claire, accessible et comprise par tous ses membres. Au-delà des ambitions affichées, il est important de privilégier une communication simple, avec des mots-clés forts qui parlent à chaque Mauricien. Car une vision nationale ne peut porter ses fruits que si elle est crédible, partagée et suffisamment claire pour mobiliser l’ensemble de la population autour d’un objectif commun. »

Amédée Darga, Managing Director de StraConsult : « Pour construire l’avenir économique de Maurice à l’horizon 2050, il faut d’abord fixer un objectif clair et réaliste, notamment en matière de PIB par habitant. À partir de cette ambition, nous pourrons déterminer les secteurs prioritaires, les besoins démographiques et les stratégies nécessaires. Une vision crédible s’appuie sur des objectifs mesurables, capables de guider les choix économiques et de mobiliser les forces vives du pays. »

Vinaye Ancharaz, directeur exécutif du National Productivity and Competitiveness Council : « L’intelligence artificielle représente l’avenir et doit occuper une place centrale dans la Vision 2050 de Maurice. Maurice doit se positionner dès aujourd’hui pour exploiter les opportunités qu’offre cette technologie. »

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