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Vishwani Cahoolessur : une voix qui refuse de se taire

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 8 mars 2026 à 15:20
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Vishwani Cahoolessur, concentrée et déterminée, lors d’une émission radio.

Ancienne journaliste et animatrice devenue figure engagée, elle a affronté les préjugés et repris ses études à 40 ans. Portrait d’une femme de convictions qui transforme l’exclusion en autorité assumée.

Un jour, le supérieur d’un quotidien refuse de publier une interview d’elle. Pas à cause de son travail. Pas à cause de ses compétences. À cause de son appartenance. « C’est triste, mais révélateur de certaines mentalités », dit Vishwani Cahoolessur.

Elle ne s’effondre pas. Elle ne s’endurcit pas non plus. Elle répond par le travail. Comme elle l’a toujours fait depuis le début, depuis bien avant les plateaux de télévision et les studios de radio, depuis l’époque où personne ne la connaissait encore et où la vie lui demandait déjà beaucoup.

Pour comprendre cette femme-là, il faut remonter à la jeune femme qui rêvait de devenir une voix. « Je faisais de petits boulots comme beaucoup. Je me suis mariée très jeune, je suis devenue maman très tôt et j’ai dû prendre d’importantes responsabilités. Ce n’était guère facile », raconte-t-elle. C’est là qu’elle s’est construite. 

Elle dit ça simplement. Mais ces quelques mots portent tout un monde : celui des femmes qui construisent leur vie sans filet, sans le luxe du temps, sans la liberté de se tromper.

Son rêve, pourtant, ne la quitte pas. Enfant, elle passe son temps à imiter les grandes speakerines qu’elle admire – Maanda Boolell, Pamela Patten, Michelle Etienne, Marie-Josée Baudot. Devant n’importe quel miroir qui veut bien lui servir de public. Ce rêve-là, elle va le tenir.

Dans les années 90, elle rejoint la Mauritius Broadcasting Corporation comme journaliste et présentatrice. Elle entre dans un univers exigeant où la rigueur ne se négocie pas. Elle y apprend la discipline, la précision, la maîtrise de soi. Et elle y rencontre des hommes qui, au lieu de lui fermer des portes, l’encouragent à se dépasser. « Ils m’ont poussée à donner le meilleur de moi-même. J’étais déterminée, disciplinée, je travaillais dur. Les portes se sont ouvertes. »

Et puis la vie la conduit en Afrique du Sud. À Cape Town. Un nouveau départ dans une ville qui ne la connaît pas, qui ne l’a pas vue grandir, qui ne sait rien de ce qu’elle a traversé. Elle enseigne le français à l’Alliance Française du Cap, collabore avec la Marine sud-africaine, travaille avec des étudiants engagés dans un projet satellitaire avec l’État français. Elle participe au sommet de la Francophonie. Elle intervient sur SABC News. Elle présente une édition d’« Étonnants Voyageurs » consacrée aux grands écrivains francophones.

Loin de Maurice, loin de tout ce qu’elle connaît, quelque chose se déplace en elle. « Cette expérience m’a rendue plus confiante et autonome. » Ce n’est pas une formule. C’est le constat de quelqu’un qui a découvert, seule dans un pays étranger, qu’elle était plus solide qu’elle ne le pensait.

En 2014, elle rentre à Maurice. Radio One d’abord, puis Top FM. Mais ce retour a un goût plus amer qu’elle ne l’anticipait. « Être une femme issue d’une famille hindoue moderne, qui s’exprime bien en français et qui ne cache pas sa personnalité, déplaisait à certains. » Les critiques arrivent. Les jugements hâtifs. Les attaques personnelles. Elle y répond par le travail, encore et toujours.

Et à 40 ans, alors qu’elle élève quatre enfants dont deux en bas âge, elle reprend ses études. La nuit. Quand les enfants dorment, quand la maison est silencieuse, quand il serait tellement plus simple de dormir aussi. « Je suis fière d’avoir fait cet effort. Cela m’a permis de me faire respecter davantage. » La fierté tranquille de quelqu’un qui sait ce que ça a coûté. 
Mais Vishwani Cahoolessur n’est pas une femme d’une seule pièce. Elle assume ses convictions politiques sans détour — travailliste convaincue, elle marche, elle manifeste, elle s’engage au nom de la démocratie. Engagée, elle milite pour le bien-être animal. Elle aide des jeunes à sortir de la drogue. Elle trouve une famille d’accueil pour un chiot errant et considère ça comme une victoire. « La réussite ne se résume pas à l’aspect matériel », insiste-t-elle.

Sa force, elle la puise dans les rayons du soleil du matin, la pleine lune, son jardin, ses papillons. Et dans les femmes qui ont été là à chaque moment difficile : sa grand-mère, sa mère, sa sœur, ses amies Sarah Persand-Payen, Lovena Sowkhee et Geeneesha Mohun. 

En ce 8 mars, elle parle des femmes vulnérables qui ont besoin d’être mieux protégées. Des jeunes filles qui n’ont pas besoin d’exceller académiquement pour mériter qu’on leur trace un chemin. Des mères qui, quand elles ont les moyens de se tenir debout, élèvent des enfants qui construiront une société plus solide.

Elle ne se revendique pas féministe au sens militant du terme. « Je veux simplement que les femmes soient respectées et traitées avec dignité. »

Et si elle devait tout résumer en une phrase : « Les femmes doivent s’entraider, se soutenir et s’accepter pour progresser ensemble. »

Des décennies de petits boulots et de grandes scènes. De portes ouvertes et de portes claquées. De nuits à étudier et de matins à regarder ses papillons. Pour arriver là, à cette sérénité simple, gagnée, irréductible. Celle d’une femme qui sait exactement ce qu’elle est. Et qui ne laissera plus jamais personne en décider à sa place.

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