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Vishnu Appadoo, ancien garde du corps de SAJ : « Les politiciens mentent pour plaire, mais il n’était pas de ceux-là »

L’ancien membre de la garde rapprochée de SAJ garde de bons souvenirs de lui.

 Pendant plus d’une décennie, Vishnu Appadoo a travaillé aux côtés de sir Anerood Jugnauth en tant que garde du corps. Attristé par le décès de l’ancien Premier ministre, l’habitant de Belle-Étoile, qui est âgé de 82 ans, a tenu à lui rendre hommage en racontant les moments qu’il a vécus auprès de lui. Voici son histoire.  

C’est à son domicile que Le Dimanche/L’Hebdo est allé à la rencontre de Vishnu Appadoo. Gentil, abordable et surtout discipliné. Voilà les qualificatifs qui siéent parfaitement à cet homme imposant. Il a 82 ans, mais le poids de l’âge ne semble avoir aucun effet sur ce natif de Port-Louis. 

Il est perspicace. Il se souvient du moindre moment de sa vie, dont les instants passés auprès de sir Anerood Jugnauth (SAJ) du temps où ce dernier était Premier ministre. Il a aussi été aux côtés de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) alors chef du gouvernement de même qu’au service de Navin Ramgoolam quand celui-ci était Premier ministre. 

Vishnu Appadoo compte une longue et riche carrière au sein de la force policière. Il a rejoint les forces de l’ordre alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Il a été aide-de-camp et agent de la garde rapprochée de SSR pendant 14 ans, soit de 1968 à 1982. « SSR était une personne genuine et intelligente, mais avec un caractère difficile. Il a beaucoup œuvré pour le pays en introduisant l’éducation et la santé gratuites, entre autres. Il a aussi donné sa valeur et le respect à chaque Mauricien », se souvient l’ancien policier. 

Il se rappelle que l’économie était mal en point. En 1982, c’est l’alliance MMM-PSM qui avait remporté les élections. SAJ avait repris le flambeau de Premier ministre. Vishnu Appadoo, alors chef inspecteur, était alors devenu membre de la garde rapprochée de SAJ avec qui il travaillera de 1982 à 1995. 

« Quand le MMM et le PSM avaient pris le gouvernement, on voulait faire partir tous ceux qui avaient travaillé avec l’ancien Premier ministre SSR, y compris les gardes du corps. On disait : ‘Not a single one will stay’ », raconte-t-il. 

Il se souvient que le jour de la prestation de serment, quand il avait déposé SAJ, le nouveau Premier ministre, chez lui, il lui avait demandé de lui accorder quelques minutes car il devait lui parler. « Il n’avait pas hésité un seul instant. Je lui avais dit que j’avais travaillé avec SSR pendant 14 ans en toute sincérité et que je le servirais avec le même degré de sincérité. Il avait accepté », ajoute Vishnu Appadoo. 

Un lien de confiance s’était créé entre les deux hommes. « J’avais de bonnes relations avec SSR, mais c’était encore plus intense avec SAJ qui était une personne exceptionnelle. C’était une personne unique que Dieu envoie sur terre chaque 100 ans », lance ce père de trois enfants. Il souligne que ce n’est pas pour rien que SAJ est connu comme le père du miracle économique. Selon lui, l’ancien Premier ministre était un vrai bosseur. « Il voulait faire progresser le pays. Il était un Farsighted Fellow et n’hésitait pas à entreprendre des projets pour le développement du pays », relate l’octogénaire. 

Vishnu Appadoo a aussi été dans les coulisses de plusieurs événements aux côtés de SAJ. Il se remémore l’épisode où le MMM voulait faire partir le PSM du gouvernement. « Je me souviens de la conférence de presse de SAJ dans la salle du trône, au bureau du gouvernement, où il avait annoncé le départ du PSM. Ce qui ne manquait pas de faire jubiler les députés du MMM qui se voyaient déjà ministres. » Il ajoute que de retour à son bureau, SAJ était agité et n’était pas bien. « Le lendemain, il était revenu sur sa décision et avait affirmé qu’il travaillerait avec le PSM. Décision qui n’était pas au goût du MMM », raconte l’ancien garde du corps de SAJ.

Il revient aussi sur une réunion du MMM (comité central et politburo) à la municipalité de Quatre-Bornes le 22 mars 1983. SAJ devait y participer étant membre du parti mauve. « Il avait passé un sale quart d’heure dans cette réunion. Entre-temps, des gens avaient commencé à s’attrouper. Il y avait une foule hostile d’environ 2 000 personnes. J’avais appelé la police pour avoir du renfort, mais ma demande était tombée dans l’oreille d’un sourd », explique Vishnu Appadoo. 


Vishnu Appadoo
Vishnu Appadoo entouré de sa famille.

53 ans de mariage et trois enfants

C’est en rendant visite à ses proches à Beau-Champs que Vishnu Appadoo a eu le coup de foudre pour son épouse Jayapradha. Le couple compte 53 ans de mariage. Il a trois enfants, deux fils et une fille qui n’est nulle autre que l’épouse du ministre de l’Environnement, Kavy Ramano.


Il dit avoir pris sur lui pour assurer la sécurité de SAJ. « J’avais mis la voiture parallèle aux marches. Avec les autres agents de garde rapprochée, nous avions fait un bouclier humain pour le protéger. Quelqu’un avait lancé un truc dans sa direction. C’est moi qui avais accusé le coup », raconte-t-il. 

Bien des années après, il se souvient encore de l’hostilité de ces personnes qui tapaient du poing sur la voiture. Ou encore d’un individu qui avait brûlé la main du député Ramsewak avec une cigarette. « Ce jour-là, SAJ aurait pu perdre la vie. Je l’ai sauvé grâce à mon expérience et ma sincérité. Avec d’autres officiers, on était dévoué et on était prêt à tout pour protéger notre Premier ministre. Cependant, concernant les deux attentats manqués contre SAJ, je ne travaillais pas. Au cas contraire, ces personnes auraient su de quel bois je me chauffe », relate-t-il. Il n’est pas près d’oublier la franchise légendaire de SAJ. « Certains disaient qu’il était rustre. Sauf qu’il avait une franchise qui n’avait pas de limites. Il disait tout haut ce que les autres pensaient tout bas », explique Vishnu Appadoo. Il souligne que SAJ ne vivait pas pour « la popularité », comme d’autres politiciens. 

« Les grands politiciens doivent mentir pour plaire et être populaires. SAJ n’était pas de ceux-là. Je me souviens d’une réunion à Petite-Julie avant les élections où des personnes réclamaient des réponses. SAJ leur avait dit qu’il ne leur devait aucune explication et qu’elles étaient libres de voter pour quelqu’un d’autre. », confie l’ancien garde du corps. 

Vishnu Appadoo garde en mémoire la gentillesse de SAJ. « Quand il sortait pour un événement et qu’il devait déjeuner ou dîner, il s’assurait que ses gardes du corps mangent à sa table ou qu’ils aient de quoi manger. SAJ était vraiment humble », se souvient-il. 

Vishnu Appadoo
Il avait la vingtaine quand il a intégré la force policière.

Garde du corps de Navin Ramgoolam 

Il se souvient avoir déposé Navin Ramgoolam à l’aéroport quand ce dernier se rendait en Angleterre pour ses études. Quand il a accédé au poste de Premier ministre, il a fait appel à Vishnu Appadoo pour être son garde du corps. « Il y avait de mauvaises langues qui racontaient n’importe quoi. J’ai donc choisi de démissionner, disant à Navin Ramgoolam que c’était la meilleure chose à faire s’il doutait de ma sincérité », affirme-t-il. Il a ensuite été en charge de la Special Support Unit en tant qu’ACP. Il a aussi été en charge de la Western Division avant d’être responsable de la Traffic Branch à la demande de Navin Ramgoolam. 

Toujours actif à 82 ans

L’âge n’est pas une barrière pour Vishnu Appadoo. Même après sa retraite de la force policière, il a continué à travailler pour une société de sécurité pendant 14 ans. « Je souhaite ouvrir ma propre agence de sécurité. J’ai déjà entamé des procédures », 
confie-t-il. 

 

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