Virginie Villeneuve : «Plus de 30 % de la population doit réduire sa consommation à cause de contraintes budgétaires»
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Le Défi Quotidien
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Quels sont les principaux enseignements de votre étude sur la consommation alimentaire à Maurice ?
Le premier constat, c’est que 60 % des Mauriciens disent réduire leur consommation alimentaire. Mais derrière ce chiffre, les motivations sont différentes. Pour certains, la réduction est un choix, dans l’optique de mieux manger, d’avoir une alimentation plus équilibrée. Pour d’autres, elle est subie : plus de 30 % des Mauriciens doivent réduire leur consommation à cause de contraintes budgétaires. Dans ce cas, il s’agit de nourrir toute la famille en faisant des sacrifices. L’assiette devient surtout rassasiante, parfois peu variée, ce qui peut entraîner des carences en micronutriments et contribuer à des maladies comme le diabète de type 1 ou de type 2. À l’inverse, une partie de la population plus aisée choisit de réduire sa consommation pour des raisons de tendance ou des considérations écologiques.
Quel rôle joue la perception de la santé et de la crise économique dans ces comportements alimentaires ?
Nous avons observé que plus les gens perçoivent l’effet de la crise, plus ils sont anxieux et hypersensibles au prix, et plus ils ont tendance à réduire leur consommation. La perception qu’ils ont de leur propre santé joue aussi un rôle : ceux qui se sentent en bonne santé réduisent moins et ont une alimentation plus équilibrée. Au final, le « feel-good factor » du pays est essentiel pour maintenir une consommation régulière et de qualité, notamment en termes de micronutriments.
Quelles sont les opportunités pour le secteur agroalimentaire et quelles populations sont les plus affectées ?
Les opportunités pour le secteur privé sont importantes. On peut travailler sur les carences en micronutriments de la population en valorisant certains produits locaux tels que yaourts, viandes et en informant les consommateurs sur leurs bénéfices pour la santé. Cela permet d’optimiser les gammes existantes, de mieux communiquer sur la composition des produits et de réfléchir aux produits d’avenir face à une population vieillissante. Nous avons aussi constaté un fait inégalitaire : les femmes réduisent davantage leur consommation. Elles ont souvent un revenu plus faible, sont responsables du budget alimentaire dans 72 % des cas, et assument la « charge mentale » de nourrir la famille. Dans certaines situations, les grands-mères se privent même pour que les autres membres de la famille, surtout les enfants, puissent manger.