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Violences scolaires : tabassé par un élève, un collégien de 14 ans perd connaissance

Par Sharone Samy
Publié le: 26 avril 2026 à 12:30
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  • Le Samu appelé pour la prise en charge
  • Le ministère de l’Éducation institue un comité disciplinaire

La mère n’était pas encore remise du choc quand nous l’avons jointe au téléphone. Vendredi 24 avril, son fils de 14 ans a été violemment agressé par un autre élève dans un collège d’État des hautes Plaines-Wilhems. L’adolescent, hospitalisé dans une clinique privée, est désormais dans un état stable. Mais les blessures sont importantes : visage tuméfié, dent cassée, blessure à l’oreille.

C’est par un appel de la direction de l’établissement que la mère, qui se trouvait au travail au moment des faits, a appris la nouvelle. « On m’a informée qu’un incident impliquant mon fils s’était produit. Inquiète, j’ai demandé ce qui se passait et on m’a fait comprendre qu’il était inconscient et que le Samu devait l’emmener à l’hôpital. J’ai préféré qu’il soit admis dans une clinique », raconte-t-elle, la voix encore tremblante.

C’est son fils lui-même, après avoir repris connaissance, qui lui a relaté le déroulement de l’agression. Celle-ci s’est produite en deux temps. « Il m’a expliqué qu’un autre élève l’avait percuté sans s’excuser pendant la récréation. Plus tard, dans les escaliers, ce même élève lui a fait un croche-pied. Il est tombé et, en essayant de se relever, il a été frappé au visage à plusieurs reprises », rapporte-t-elle.

Elle affirme, par ailleurs, que l’élève mis en cause aurait des antécédents de violence au sein de l’établissement. « Selon certains élèves, il aurait l’habitude de se montrer violent et affirmerait ne rien craindre, en raison de supposées connexions familiales avec des personnes influentes », avance-t-elle. Elle a déposé une plainte auprès de la police et attend que son fils soit en état de livrer sa version complète des faits devant les autorités.

Du côté du ministère de l’Éducation, un responsable indique que les parents de l’élève accusé ont été convoqués et qu’un comité disciplinaire a été constitué. « Le ministère applique une politique de tolérance zéro envers les cas d’agression. Nous rassurons les parents sur le fait que cette affaire est prise très au sérieux », précise-t-il.

Cet incident ne survient pas dans un vide. Mercredi 22 avril, dans un établissement secondaire de Moka, un élève avait été surpris en possession d’un couteau dans son sac. Les deux affaires, prises ensemble, dessinent une tendance qui inquiète au-delà des faits eux-mêmes. La présence d’armes blanches dans des établissements scolaires, naguère impensable, semble désormais moins exceptionnelle. Ce qui relevait autrefois de querelles entre adolescents paraît aujourd’hui prendre une forme plus grave, marquée par une préméditation accrue et une brutalité revendiquée.

Sur le terrain, le corps enseignant tire la sonnette d’alarme depuis des années. Enseignants et personnels éducatifs décrivent un climat délétère, une érosion progressive de l’autorité scolaire et une difficulté croissante à encadrer certains comportements. Mais leurs alertes peinent à se traduire en politiques durables.

Absence d’un cadre légal cohérent

Pour Ritesh Poliah, spécialiste des réformes éducatives, la situation exige désormais une réponse structurelle. « Il faut revoir la loi et imposer des règles et des réglementations dans chaque établissement », plaide-t-il, déplorant l’absence d’un cadre légal cohérent, ce qui fragilise l’ensemble des dispositifs existants. Il appelle à des ateliers associant élèves, familles et autorités, et préconise une révision de la Children’s Act pour permettre une prise en charge plus individualisée des situations les plus préoccupantes.

Il soulève également une dimension que les statistiques ne capturent pas toujours : ces comportements ne naissent pas dans le vide scolaire. « On constate que certains enfants reproduisent la violence des adultes. C’est là le véritable signal d’alarme », ajoute-t-il. Cette intériorisation précoce de la violence comme mode de résolution des conflits interroge sur le rôle des milieux familiaux et sociaux dans la fabrique des comportements à l’école.

Les répercussions de ce climat ne se limitent pas aux élèves. Ritesh Poliah signale un malaise grandissant au sein du corps enseignant : confrontés à des situations pour lesquelles ils ne se sentent ni outillés ni légitimés à gérer, certains enseignants envisageraient de quitter la profession. « Aujourd’hui, face à cette situation, certains enseignants refusent de travailler ou ne sont plus motivés à rester dans le métier », déplore-t-il.

La réponse collective reste à construire. Entre sanctions disciplinaires, accompagnement psychologique et implication réelle des familles, les pistes existent. Mais leur mise en œuvre demeure fragmentée, et souvent réactive plutôt que preventive, fait-il comprendre. Chaque nouvel incident vient ainsi rappeler une évidence : la sécurité dans les établissements scolaires ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, avec des moyens et une volonté politique à la hauteur de l’enjeu.

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