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Violences en milieu hospitalier : le personnel réclame des actes

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 31 mars 2026 à 14:00
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Le personnel hospitalier réclame des mesures de sécurité urgentes après l’agression du Duty Manager du SAJ Hospital. (photo illustration)
Le personnel hospitalier réclame des mesures de sécurité urgentes après l’agression du Duty Manager du SAJ Hospital. (photo illustration)

Une nouvelle agression au SAJ Hospital relance le débat sur la sécurité du personnel soignant dans les hôpitaux publics. Les syndicats, excédés par l’inaction des autorités, haussent le ton et menacent de passer à l’action.

«Trop, c’est trop », scandent les syndicats du secteur de la santé. Dans la soirée du dimanche 29 mars, le Duty Manager du SAJ Hospital, le Dr Tarachan Seenauth, a reçu un coup sur la tête lors d’un incident impliquant plusieurs personnes. Une agression de plus qui exaspère le personnel hospitalier, régulièrement exposé à des violences verbales et physiques, et qui attend des réponses concrètes des autorités.

La Medical and Health Officers Association (MHOA) a rapidement réagi en condamnant fermement cet acte dans un communiqué. L’association exprime sa vive préoccupation face aux agressions répétées visant des professionnels de santé au sein des institutions publiques et déplore l’absence de mesures concrètes malgré plusieurs démarches auprès des autorités. Elle estime que ces actes portent atteinte au droit fondamental à un environnement de travail sûr.

Dans une déclaration au Défi Quotidien, le président de la MHOA, le Dr Vinesh Sewsurn, est sans ambiguïté : « La violence n’a ni sa raison d’être ni sa place au sein d’une institution de santé où le personnel se donne corps et âme afin de soigner les patients dans les meilleurs délais et avec les meilleurs traitements disponibles. »

Le Dr Sewsurn rappelle que son syndicat réclame depuis des années un renforcement de la sécurité dans les hôpitaux et que des propositions ont été formulées, notamment en matière de sensibilisation de la population à l’égard du personnel soignant. Il regrette que tout cela soit resté lettre morte. Pire, les nombreuses demandes de rencontre avec les cadres du ministère de la Santé n’ont jamais abouti. Une situation qu’il interprète comme de l’indifférence : « Ils semblent bien indifférents et ne se soucient pas du personnel. »

Sur le plan sécuritaire, le président de la MHOA souhaite qu’au-delà de la présence de la police régulière, des membres de la Special Supporting Unit (SSU) ou de la Special Mobile Force (SMF) soient également déployés dans les hôpitaux. « Quand un problème survient, il n’est pas possible d’attendre l’arrivée des unités spécialisées, il faut des interventions rapides », insiste-t-il. Il précise par ailleurs que, dans la plupart des cas, ce ne sont pas tant les patients qui posent problème que leurs accompagnateurs : « Les patients sont souffrants et déjà en traitement. Mais les accompagnateurs ont du mal à comprendre les procédures et comment se déroule une prise en charge, et dirigent leur frustration contre le personnel hospitalier. »

Face à cette inaction « persistante », la MHOA annonce l’organisation imminente d’une manifestation pacifique. Elle réclame la mise en place immédiate de mesures de sécurité adéquates, l’établissement de responsabilités avec des actions dissuasives contre les auteurs de violence, ainsi que le respect des droits fondamentaux des professionnels de santé de travailler dans des conditions sûres et dignes. L’association se réserve également le droit d’engager d’autres actions légales si la situation persiste. « Nous n’allons pas nous arrêter là », prévient le Dr Sewsurn.

Ce dernier insiste également sur la nécessité de sensibiliser la population : « Ce n’est pas possible qu’une personne qui quitte sa famille pour se mettre au service du public soit ainsi agressée sur son lieu de travail. » Il souligne que le personnel hospitalier sacrifie non seulement du temps familial en effectuant des heures supplémentaires, mais aussi sa propre santé. « Il y a de nombreux cas où les membres du personnel finissent par tomber malades en raison de l’effet cumulatif du travail de nuit et du burn-out, entre autres », affirme le Dr Sewsurn.

La Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA) se dit solidaire de la MHOA. Son président, le Dr Meetheelesh Abeeluck, espère que les autorités agiront promptement. Il mesure la gravité de l’incident : « L’agression dont a été victime le médecin aurait pu être plus grave. Le Duty Manager aurait pu avoir une fracture du crâne. » 

Il s’interroge par ailleurs sur le silence des organisations militant pour les droits humains, généralement promptes à réagir dans d’autres circonstances. Il déplore également l’absence de réaction du ministre de la Santé, qui n’avait pas hésité, selon lui, à se rendre dans ce même établissement lorsque des patients s’étaient plaints de longues attentes. Le Dr Abeeluck y voit une politique de deux poids deux mesures, qu’il estime ne pas être l’apanage du seul ministère de la Santé.

Sollicité, le ministère de la Santé n’a pas répondu à notre demande de réaction.


Le Duty Manager se remet après son agression

C’est la vandalisation d’un lieu de culte situé dans l’arrière-cour du SAJ Hospital qui serait à l’origine de l’agression du Duty Manager de l’établissement, selon les premiers éléments disponibles. Les faits remontent au dimanche 29 mars.

En début de soirée, le Duty Manager, le Dr Tarachan Seenauth, se rend au poste de police installé dans l’enceinte de l’hôpital pour signaler des dommages causés au lieu de culte. Quatre vitres de la porte d’entrée en aluminium avaient été brisées et une pierre a été retrouvée sur place. Les dégâts matériels sont estimés à environ Rs 10 000. L’incident a été rapporté par un chauffeur du département des ambulances, qui a désigné un habitant d’un village côtier de l’Est comme présumé responsable. Ce dernier a été conduit au poste de police de Trou-d’Eau-Douce, puis transféré à l’hôpital psychiatrique Brown Sequard à Beau-Bassin, et une patrouille mobile a été maintenue à son domicile.

C’est dans ce contexte que, vers 22 h 30, alors qu’il circulait dans l’enceinte de l’hôpital après avoir effectué sa déposition, le Dr Seenauth a été approché par un groupe d’une vingtaine d’individus inconnus, vêtus de noir. L’un d’eux l’a frappé à la tête avec une matraque extensible en métal, lui reprochant de filmer la scène. Aucune blessure visible n’a été constatée, mais le Duty Manager a ressenti des douleurs à la tête et a demandé à être examiné. Il a par ailleurs indiqué à la police qu’il est en mesure d’identifier l’un des membres du groupe. Une enquête est en cours.
 

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