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Violence domestique - Allemagne : une Mauricienne survit à une agression de son compagnon

Par Kendy Antoine
Publié le: 28 mars 2026 à 19:30
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Elle croyait sa fin proche, mais elle s’est accrochée à la voix de ses enfants.
Elle croyait sa fin proche, mais elle s’est accrochée à la voix de ses enfants. Wendy est aujourd’hui paraplégique et veut se battre pour les femmes qui font l’expérience de la violence.
  • Elle a reçu plusieurs coups de couteau et a chuté de deux étages en avril 2025
  • « Je suis une survivante qui veut aider les autres femmes »

Wendy Gopeechand, 35 ans, mère de trois enfants, est un exemple de résilience. Elle s’est relevée seule après avoir été agressée. Établie en Allemagne depuis de nombreuses années, cette Mauricienne, originaire de Résidences Barkly, pensait avoir trouvé l’homme de sa vie, un Ghanéen. Mais une nuit en avril 2025, tout a basculé. Dans la commune de Brême, en Allemagne, où elle vivait, son compagnon l’a agressée sauvagement à coups de couteau. Elle a fait une chute à travers la fenêtre du deuxième étage de l’appartement qu’elle occupait. Elle a vu la mort en face et a trouvé la force de vivre en pensant à ses enfants.

Elle a passé plusieurs jours aux soins intensifs. En se réveillant, elle a ressenti les douleurs de cette soirée d’horreur et a appris qu’elle était devenue paraplégique. Son compagnon a été condamné à douze ans de prison ferme. Toutefois, le combat de Wendy, lui, se poursuit tous les jours. C’est celui d’une femme, d’une mère courageuse, une héroïne qui transforme sa tragédie en une leçon d’abnégation. Désormais, elle a réappris à vivre et se bat pour que d’autres femmes n’aient pas à vivre ce qu’elle a connu..

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Wendy est aujourd’hui paraplégique et veut se battre pour les femmes qui font l’expérience de la violence.
Wendy est aujourd’hui paraplégique et veut se battre pour les femmes qui font l’expérience de la violence.

Wendy quitte son île natale à 16 ans. « Mes parents se sont séparés et ma mère est allée vivre en Italie. Je suis allée la rejoindre », relate la jeune femme. Une nouvelle vie, un nouveau départ pour elle qui avait plein de rêves. « Je voulais poursuivre ma scolarité, étudier à l’université. Je me suis installée à Palerme. » Au bout d’un certain temps, elle commence à découvrir une autre façon de vivre. « J’étais une fille rebelle. Là-bas, c’était la dolce vita. À part cela, il n’y avait pas de développement dans la région. J’ai ensuite arrêté mes études et commencé à travailler comme baby-sitter et femme de ménage », relate-t-elle.

Une rencontre...

Elle décide alors de voler de ses propres ailes et s’installe dans un appartement. Après avoir connu de mauvaises expériences en amour, Wendy se montre méfiante envers la gent masculine. Mais en 2015, elle fait la connaissance de celui qui allait changer sa vie. « Il s’appelle Raymond et il est ghanéen. À cette époque, il travaillait dans la restauration. » Dès le départ, elle tombe sous le charme. « Il me parlait de féminisme. » Au fil de leurs échanges et rencontres, Wendy finit par baisser sa garde et se livre comme jamais face à cet individu. « Je lui ai raconté mes rêves et mes aspirations. Je voulais avoir un bon travail, économiser et parcourir le monde. » Ils étaient sur la même longueur d’onde. « The guy was everything I wanted », dit-elle. Ils finissent par se mettre ensemble.

Peu de temps après, Wendy apprend qu’elle attend son premier enfant. « Il était surpris et m’a confié qu’il ne voulait pas d’enfant maintenant », raconte-t-elle. « Ma mère, entre-temps, était allée vivre en Allemagne. J’ai dit à mon compagnon que je voulais m’installer en Allemagne. Il m’a alors beaucoup aidée et j’y suis parvenue. Il savait comment parler aux gens. Une fois que j’étais là-bas, c’est moi qui l’ai aidé pour ses papiers pour qu’il vienne. »

« J’ai eu un fils et il est autiste. » Elle pensait qu’elle allait bénéficier de toute l’attention de son conjoint. Mais peu à peu, les choses ont changé. « Je me sentais peu à peu délaissée », poursuit-elle. Raymond a commencé à lui faire comprendre qu’il voulait avoir un autre enfant. « Déjà j’avais à m’occuper de mon fils et je pensais à reprendre mes études.

Je n’étais pas prête pour une autre grossesse. Je tentais de repousser en lui disant d’attendre. Il me mettait la pression et quand on se disputait sur ce sujet, il quittait la maison. » « Il a fini par me convaincre au bout d’un certain temps d’avoir un autre enfant. J’ai eu l’impression de m’être trahie. J’ai cédé. » 

Quand elle a su qu’elle attendait son deuxième enfant, elle a très mal vécu la situation. Cependant, une nouvelle a tout changé. « Le médecin m’a annoncé que je n’attendais pas un, mais deux bébés. » Un bonheur qu’elle pensait une fois de plus vivre auprès de l’homme qui partage sa vie. « J’ai eu deux filles. » Mais son bonheur a été entaché une fois de plus. « J’ai fait une dépression et il ne s’est pas rendu compte. J’ai mes enfants avec moi, c’est tout ce qui compte. »

Leur couple commençait à battre de l’aile. « Je suis parvenue à trouver un moment pour recommencer à faire du jogging le matin et à m’organiser. Je faisais juste ce qu’il fallait faire. Il ne faisait plus attention à moi. »

En 2019, pour essayer de sauver leur couple, avec les enfants, ils se sont rendus au Ghana. « Il est issu d’une famille aisée. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de possibilités d’investissement et de développement dans son pays. Je voulais monter ma propre affaire, mais l’idée ne s’est pas concrétisée. Il aimait lorsque les gens lui disaient qu’il avait une jolie femme, mais en privé, il était très jaloux. » Ils sont ensuite retournés en Allemagne.

« Et puis il y a eu la covid-19. Nous avons fait face à des soucis financiers. Il a commencé à sortir le soir et à rentrer à des heures tardives et même parfois au petit matin. Il fréquentait une bande d’amis, dont des femmes. Il disait que c’était des “business friends”. » Elle se doutait que son compagnon avait une liaison. « Je lui avais demandé s’il y avait une autre femme, il ne disait rien. »

Infidélité

Puis elle se rappelle qu’un jour, après leur retour d’un voyage du Ghana où tout ne s’était pas bien passé, elle l’a surpris au téléphone avec une autre femme. « Je lui ai demandé d’être franc et il a fini par me dire qu’il voyait une autre femme.

J’étais dévastée. J’ai beaucoup pleuré. Je l’ai même mis à la porte, mais il ne voulait pas. Le bail est à mon nom. Il n’avait aucun endroit où aller. Pour me calmer, je suis allée faire un tour. En revenant à l’appartement ce jour-là, je l’ai vu avec elle. » Leur couple ne s’en est jamais remis. 

Ses proches l’ont conseillée de rompre. « J’ai évité une séparation pour les enfants. Nous nous sommes rendus chez un conseiller conjugal, mais il ne faisait aucun effort. » Entre-temps, elle avait un ami avec qui elle échangeait des messages. « Un jour, il a pris mon téléphone et s’est fait passer pour moi en tentant de piéger cet ami, mais celui-ci s’en est rendu compte. Il m’a accusée d’avoir une liaison, c’était faux. »

À partir de cet incident, la situation a empiré pour la jeune mère. « Il ne voulait plus travailler, buvait presque tous les jours et surveillait mes moindres faits et gestes. Il m’épiait. Ma famille me disait qu’il était devenu dangereux, vu la façon dont il se comportait. » « Je n’en pouvais plus. Je lui ai dit que j’allais avec les enfants chez un proche à Paris. Il m’a laissée partir », ajoute la jeune femme.

Et peu après son retour dans la commune de Brême, dans l’appartement où ils habitent, elle ne pensait pas que sa vie allait basculer. « Il n’était pas à la maison ce soir-là. Pour lui, c’était normal de sortir le soir et de rentrer au petit matin. Je regardais la porte en me disant qu’il fallait que je change la serrure pour éviter qu’il rentre justement. »

Agression

C’est le 24 avril 2025. Les enfants dorment dans leur chambre. « Mo ti pe get television apre monn al dormi, mo pa ti pe tann li mem rentre sa zour la. Li abitie vini kan mo al kit zanfan lekol. » Mais alors qu’elle dormait à poings fermés, un terrible cauchemar s’est produit. Cette scène horrible la hante encore. « Monn senti enn zafer so dan mo likou, mo senti briler deryer mo zorey. »  Elle se réveille en sursaut. Wendy constate tout de suite qu’il y a un homme dans la chambre. Ce dernier est muni d’un couteau. « Monn leve, li rod koup kot mo likou, mo seve kinn anpess li. » Elle constate que c’est son compagnon. « Mo dir li Raymond ki to pe fer. » Son compagnon était penché sur elle. S’ensuit alors une lutte, la jeune femme se débat de toutes ses forces. « Monn deboute, linn prend mwa, trenn mwa dans koulwar, mone kriyer, kriyer. Mo dir vwazin bizin tann mwa. » Son agresseur tente de l’en empêcher. « Lin donn mwa kou pwin dans figir. Mo pe kal mwa ek meb. » La violence dont elle fait l’objet est inouïe. Elle tente de parer les coups et perd beaucoup de sang. « Mo pe anvi li larg mo seve. Mo ti ena enn latab di milie, pa kone kot enn la forss sorti, monn apiy lor la ek lin plak mwa ar miray. » Le temps semble s’être arrêté. Elle lutte et sent qu’elle se trouve, à ce moment-là, près d’une fenêtre. « Monn reysi pran la main met dan so lizie. Mon reysi tourn taker la fenet la. Li pran mo la tet li apiy lor rebor », raconte-t-elle 

Tombé de deux étages

Elle reçoit un autre coup de couteau, elle sent alors une vive douleur à l’oreille. « Mo santi disan pe fouette. Mo realize mo dir mo pou mor. ». Toutefois, à ce moment-là, ses deux filles âgées de 8 ans, réveillées par le bruit, sortent de leur chambre. Elles constatent les dégâts. « Mo tann mo tifi dir, papa ki to pe fer la, to pe touy mo mama. Li vire li dir zot al dan la sam. » Entre-temps, Wendy, qui est toujours aux prises avec son compagnon près de la fenêtre, tente un dernier recours. « Dan mo la tete, mo dir si mo reysi pass par la fenet, mo sove. » C’est ainsi qu’elle se débat et parvient alors à passer à travers cette fenêtre. Elle tombe de deux étages sur le dos. « Mo rappel monn tom lor trotwar. Enn missie arrive dir moi pas bouger ena sekour pe vini. Mo bann tifi desann, lerla tann dir, mama finn mort, mone rakross moi a la vwa mo zanfan. Mo dir mo bizin viv. Mon tann la polis vini, dir mwa pa bouze, monn tan lambilanse lerla, mo panse mo an sekirite ». À l’arrivée des secours, elle gisait au pied de l’immeuble dans une mare de sang. 

Elle a été plongée dans le coma et durant quatre jours, elle était aux soins intensifs. Ce n’est qu’ensuite que Wendy a repris connaissance. Elle ne pouvait plus bouger ses pieds. Les médecins lui ont expliqué qu’en tombant, elle s’est gravement blessée à la colonne vertébrale. « Monn vinn paraplegique. Mone laiss tou dans la main bondie. Mone reysi, mone surviv. » Depuis, c’est une nouvelle naissance pour cette mère de trois enfants. Son compagnon a été arrêté. La presse locale a fait état de cette tentative de meurtre. 

Depuis, elle continue de se battre. Elle mène désormais un combat pour toutes les femmes qui font l’expérience de la violence.

« Mo enn mama, mo ena enn zanfan autis, mo pou kontinie mo batay tou les zour pou mo bann zanfan… mo dir sa pou tou lezott fam ki pe viv kiksoz parey, se kinn ariv mwa, servi pou enn kiksoz de bon. Mo pa zis enn victim, mo enn survivante pou fer kiksoz sanze. Nou tande tou les zour, ki li dan Maurice ki li dan leurope, mo penser ek mo lavwa ek mo lexperience kav fer kiksoz. Mo pe envi ede… bondier pann pran mwa — ena ankor kiksoz pou mo fer », avance Wendy. Elle s’est installée dans une autre commune. Entourée de sa famille et surtout de ses enfants, elle continue à se reconstruire.

Le 6 mars 2026, la sentence est tombée : Raymond a été condamné à douze ans de prison. Il a dit qu’il avait agi après qu’il avait pris de la drogue.

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