Faits Divers

Violence conjugale : Sadna, victime d’un mari malade

Photo d'illustration.

Que faire quand on est une femme battue par un époux qui souffre de crises ? Sadna ne sait plus à quel saint se vouer pour échapper de son enfer, pavé de violence. D’autant que, mère de deux enfants, elle est contrainte de vivre sous le même toit que son bourreau.

Nous sommes à Eau-Coulée. Les traits tirés et, comme si à reculons, Sadna, 42 ans, regagne sa maison. Elle semble embarrassée de nous recevoir, car cela fait deux mois que sa belle-mère, 70 ans, a fait interrompre sa fourniture d’électricité. « Li pas envi mo ress là. Li pas contan moi. Sak fois mo gagn bate, li dir qui moi ki rod lager. Moi ek mo zenfan nou pena plas pou alle. » 

Des eaux, d’une odeur nauséabonde, inondent l’entrée du logis où vit Sadna et ses deux enfants, Amit, 14 ans, et Sanjana, 12 ans. Elle nous demande d’allumer la torche de notre smartphone afin de voir plus clair dans ses deux-pièces qui servent de salon et de chambre à coucher. On avance pas à pas et on découvre petit à petit les conditions de vie de la petite famille. Dans la chambre des enfants, il y a un lit et des tas de vêtements empilés ici et là. 

Difficile d’y circuler pour se diriger vers la cuisine. Là où Sadna fait à manger, selon l’heure, à la lumière du jour ou à la lueur d’une lampe. Elle ne possède aucun document qui lui permettrait de faire une demande auprès du CEB pour avoir l’électricité. Dans le noir, Sadna et ses enfants se déplacent à tâtons. D’ailleurs, ces derniers s’affairent à leurs devoirs dès qu’ils rentrent du collège, soit avant la tombée de la nuit. Ils sont fatigués de cette situation, mais ils ne baissent pas les bras et soutiennent leur maman. 

Son calvaire 

Sadna se démène comme elle peut pour subvenir à leurs besoins. « Zot contan aprann ek mem mo dan difikilte, mo tracer pou avoy zot lekol. » Pour ce faire, elle se réveille chaque matin à 4 heures pour s’occuper d’eux avant de se rendre au boulot. Depuis quatre ans, elle travaille le matin dans une entreprise d’emballage de sachets de nouilles fraîches qui sont en vente dans les supermarchés de l’île. Dans l’après-midi, elle est bonne à tout faire et cuisinière chez sa patronne. C’est vers 18h30 qu’elle rend son tablier et retrouve sa maison et ses gosses. Elle travaille tous les jours et même en week-end pour un maigre salaire. « Cela me permet un petit surplus de revenus pour nourrir ma famille. » 

Sadna a 24 ans lorsque ses parents acceptent une demande en mariage pour elle. « Zot dir mwa Ajay enn bon garson, li travay, li ena so lakaz. » Elle respecte leur décision. Le jour de ses noces, elle remarque que son futur époux tremble beaucoup. Sadna s’inquiète, mais sa belle-mère la rassure en lui disant : « Ajay inn gagn mesanste dan cado. Saem li pas bien. » La cérémonie a lieu. Ils sont mari et femme. Il est trop tard lorsque Sadna découvre qu’elle a été induite en erreur.

Après deux mois de vie commune, elle apprend qu’Ajay souffre de crises qui ont des conséquences sérieuses. En proie à des crises, il devient coléreux et il tabasse Sadna et même les enfants. « Li batt mo mama avek dibois, li pran couto pou menace nou, nek li laguer, confie Sadna en pleurant. Souvan li met mwa deor, li pa less moi rant dan lakaz. Mo diboute mo atan li calme pou mo kapav rantre. »

Son époux a droit à une pension, mais sa belle-mère s’en approprie et laisse souvent Sadna sans un sou. « Li rod cart pension ar nou. Li laguer. Li pran kass la. Parfoi li donn mwa Rs 75. Kouma pou viv ek sa ? » Tout récemment agressée avec un morceau de bois, Sadna s’en sort avec de multiples ecchymoses au bras gauche. Elle compte plusieurs dépositions contre son mari au poste de police de la localité. Ce n’est pas la peur qui la fait continuer à demeurer sous le toit conjugal. C’est qu’elle ne sait où aller, explique-t-elle.  

Actuellement, elle demande  de l’aide afin d’obtenir un logement social. « Mo pou travay, mo pou paye lakaz là, lance-t-elle avec conviction. Mo ziss bisin enn place pou mwa ek mo zenfan nou rester. » Dans le froid curepipien, ils ont besoin de couvertures pour la nuit. Des vivres, du matériel scolaire et une aide financière ne seront pas de trop...