Interview

Vijay Naraidoo : «L’éducation, un outil formidable contre l’âgisme»

Vijay Naraidoo, Secrétaire Général et président de la Commission des Droits des Personnes Agées de DIS-MOI, a participé du 10 au 11 juillet dernier à la 41e session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies (UNHRC) au Palais des Nations à Genève aux niveaux « Déclaration » et « Evénements Parallèles ».

Vijay Naraidoo, vous avez participé à la 41e session du UNHRC. Parlez-nous de cet événement.
A la suite du rapport sur la coopération technique et le renforcement des capacités en matière des droits des personnes âgées, l’événement avait pour objectif d’insister sur la nécessité d’inclure la problématique du vieillissement des personnes âgées dans les efforts de renforcement des capacités du UNHRC et des Etats Membres. Il fallait montrer les bonnes pratiques et explorer comment l’éducation aux droits humains peut être inclusive dans le cadre d’une approche d’apprentissage à vie. Aussi à l’agenda, quelques descriptions des manifestations de l’âgisme et de ses conséquences sur la jouissance des droits humains par les personnes âgées.

L’âgisme est-il si sérieux ?
Commençons par un constat. L’âgisme est un phénomène de société où l’on applique des stéréotypes souvent négatifs aux personnes âgées, qui est au détriment des individus ainsi qu’à la société en général. Les droits humains doivent transcender toutes les étapes de la vie mais vous n’êtes pas sans savoir que nos aînés font face à moultes difficultés pour exercer leurs droits.

En tant qu’activiste et défenseur des droits humains et ceux des personnes âgées en particulier, ayant bénéficié d’une formation de l’Alliance Mondiale pour les Droits des Personnes Agées (GAROP) et de  HelpAge International, j’ai été invité à être le porte-parole des ONG œuvrant pour l’avènement d’une convention des droits des personnes âgées.

J’ai fait une déclaration (Statement) et j’ai participé à un événement parallèle (Side event) qui comprenait d’autres orateurs à l’instar de Nitya Menon, la Deputy Permanent Representative de Singapore, de Liat Ayalon, d’Israël, qui a parlé sur « l’Agisme : opportunités et défis à la vie  dans un monde pour tous les âges ». Il y avait également Rio Hada, Team leader Economic, Social and Cultural Rights de OHCHR et le Dr Ruediger Krech, Directeur du Département de la Promotion de la Santé de l’OMS, qui a parlé sur le thème de « La Campagne Mondiale contre l’âgisme ».

Quelle était la teneur de votre « déclaration » ?
Je dois dire que j’ai fait cette déclaration au nom de DIS-MOI et en tant que membre du réseau  International de HelpAge ainsi que celui de GAROP. Nous sommes partis du constat que le rapport du Bureau du Haut-Commissaire a fait, d’une réalité malheureuse que la coopération technique et le renforcement des capacités dans ce domaine sont extrêmement limités et que la plupart des activités entreprises ne tiennent pas compte des droits humains des personnes âgées. J’ai aussi dit que le rapport souligne que le vieillissement continue d’être considéré comme une vulnérabilité et un défi à relever. Aussi les personnes âgées sont représentées comme des contributeurs dont les capacités doivent être exploitées plutôt que comme des titulaires de droits.

(Ndlr : voir en hors-texte la Déclaration dans son intégralité)

Qu’en est-il de votre présentation à l’événement parallèle ?
Je tiens à souligner que cet exercice avait comme modératrice Silvia Perel-Levin, Chair NGO Committee on Ageing.  J’aimerais ajouter que Bridget Sleap, la Senior Rights Policy Advisor  de HelpAge International, et Susan Somers, la Secrétaire Générale de l’International Network for the Prevention of Elder Abuse assistaient aux travaux.

J’ai expliqué que depuis sa fondation, DIS-MOI a mené et mène une campagne tous azimuts à  plusieurs volets,  réunions d’explication, campagne de sensibilisation et plaidoyer auprès des décideurs politiques, des associations des personnes âgées, avec des travailleurs, d’anciens fonctionnaires, des jeunes de collèges, notre campagne dans les médias, à Maurice, Rodrigues et Agalega.

Bien évidemment, j’ai fait état de notre cours de formation de base et avancé et l’opportunité donnée aux participants d’assister à une séance des travaux de l’Assemblée Nationale pour comprendre le mécanisme de prises de décisions à ce niveau-là. Et que l’âgisme se trouve au cœur de notre préoccupation.

Vijay Naraidoo, qu’est-ce qui ressort de ces discussions ?
En terme général, en tant que porte-parole d’une ONG, je me réjouis que le thème central des discussions fut axé autour de l’âgisme. La fin des travaux signifie que nous avons tous le devoir de renforcer nos capacités à l’échelle locale, régionale, voire internationale pour combattre  le phénomène de l’âgisme.

Quels sont vos projets au niveau régional, justement ?
Depuis l’année dernière, DIS-MOI s’est affiliée auprès du Stakeholder Group on Ageing (SGA Africa) dont je suis membre du Steering Comittee. Nous sommes très engagés dans les préparatifs de la 2e Conférence Annuelle sur le Vieillissement dont le thème est « Ageing Inclusion in Sustainable Development : Harnessing Longevity Dividend in Africa ». Ladite conférence se tiendra au Malawi du 20 au 22 novembre prochains. Cette Conférence est présidée conjointement par la Fondation Dave Omokaro et le Bureau Régional de HelpAge basé au Kenya.

Quels sont les objectifs de cette conférence ?
En gros, il s’agira de débattre sur l’inclusion des personnes âgées dans l’implémentation des Objectifs du Développement Durable, discuter des mesures afin de remédier à la discrimination et à l’attitude d’âgisme à l’égard des personnes âgées, mieux comprendre les stratégies pour la promotion de la participation des personnes âgées dans de multiples secteurs. Je n’en mentionne que quelques-uns dont les soins médicaux, la sécurité financière et la protection sociale, le travail décent, l’éducation à vie, l’accès à la justice, le renforcement des capacités des personnes âgées et, bien sûr, construire le soutien nécessaire au processus du Groupe de travail, à composition non limitée, sur le vieillissement et chercher le soutien pour la ratification et l’implémentation du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relative aux droits des personnes âgées en Afrique.

Évidemment nous ferons état de notre expérience sur notre campagne de sensibilisation et contribuerons aux débats qui s’annoncent très riches en perspective.

Le mot de la fin…
Vous savez, l’âgisme est souvent subtil, il faut savoir l’identifier et le combattre. On ne peut imaginer une personne âgée être victime de l’âgisme de la part de ses proches, ses collègues et autres qui lui sont étrangères.

DIS-MOI, à travers notre Commission des Droits des Personnes Agées, s’est attelée à sensibiliser la population sur cette question et la maintiendra au haut de notre agenda.

Propos recueillis par Jenila Lindor

Déclaration de Vijay Naraidoo au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Genève

Le 10 juillet 2019, Vijay Naraidoo, Président de la Commission des Droits des Personnes âgées de DIS-MOI, a participé à la 41ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.  Voici sa déclaration : 

I am from Droits Humains Ocean Indien, a Mauritian NGO and member of the HelpAge International global network and the Global Alliance for the Rights of Older People.

We welcome the focus of this agenda item on the rights of older persons and thank the panelists for their contributions.

The report by the Office of the High Commissioner and the discussions today reflect the unfortunate reality that technical cooperation and capacity building in this area is extremely limited and that most activities undertaken fail to address the human rights of older persons.

As the report highlights, ageing, ageing continues to be understood as vulnerability and challenge to be overcome. Older persons are represented as contributors whose capacities must be tapped rather than as rights holders. Activities focus primarily on active or healthy ageing, wellbeing, older people’s needs and basic services.

Core human rights issues such as eliminating age discrimination, preventing violence, abuse and neglect, ensuring dignity, autonomy and independence, and addressing the deprivation of liberty, denial of legal capacity and access to justice in older age are addressed

A notable exception in the report is that of technical cooperation and capacity building in the Americas Region based on the Inter-American Convention on Protecting the Human Rights of Older Persons.

A comprehensive international legally binding instrument on the rights of older persons would provide the framework essential to ensure technical cooperation and capacity building truly contributes to better protection and promotion of the rights of older persons.

Human rights education programmes need to include older persons to combat the prevalent ageism in society. The side event today will continue this debate and proposed a way forward.»

dis moi

 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !