Vijay Jodhun : vaincre la dépendance à la drogue
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Vijay Jodhun, 31 ans, revient de loin. De l’errance à la rue, de la dépendance à la drogue synthétique à la perte de sa famille. Son parcours est celui d’une descente brutale et d’une remontée spectaculaire.
À Petit-Sable, Vijay Jodhun est connu. Mais peu savent réellement qu'il est passé par l'enfer de la drogue. Aujourd’hui, à force de volonté, il réapprend à vivre, travaille au bord de la mer et garde un seul objectif : devenir un père que ses enfants pourront admirer.
À 13 ans, il découvre la drogue synthétique. Une curiosité d’adolescent qui va très vite se transformer en piège. « Au début mo krwar c’était juste pour essayer… mais li prend toi complètement. »
Ses parents remarquent rapidement le changement. Moins d’intérêt pour l’école, fréquentations douteuses, comportement instable. « Zot ti dire moi arrêter… mais dépendance là li plus fort ki tout. » L’école devient secondaire. Puis inutile. Vijay décroche.
À la maison, la tension monte. Les disputes deviennent quotidiennes. Ses parents tentent tout : dialogue, reproches, menaces. Rien n’y fait. Un jour, l’ultimatum tombe. Se faire aider… ou partir. « Mo ti bizin choisir. Monn choisir aller. » Ce choix va marquer le début de son errance.
Vijay se retrouve dehors. Sans toit. Sans repères. « Monn dormi parfois devant la maison… parfois à la belle étoile. » Il survit comme il peut. Il enchaîne les petits boulots : maçon, menuisier, mécanicien. Des journées dures, mais une réalité encore plus dure la nuit. Car la dépendance est toujours là. « Tout l’argent ki mo gagné… li allé dans la drogue synthétique. » Les années passent. Une vie sans direction, sans stabilité.
Il y a neuf ans, une rencontre va bouleverser son quotidien. Une jeune femme entre dans sa vie. « Quand monn rencontre li… monn krwar mo kapav changer. » Ils tombent amoureux, se marient. Deux enfants naissent. Aujourd’hui âgés de 6 et 4 ans, ils deviennent sa raison de vivre. Pendant un temps, Vijay croit avoir trouvé un équilibre. Il travaille, vit chez ses beaux-parents, essaie d’avancer. Mais ses démons refont surface.
Son épouse découvre sa dépendance. Le choc est violent. « Li ti demande moi arrêter… li ti croire en moi. » Mais Vijay ne parvient pas à le faire. Pas encore. Alors elle part.
« Sa jour-là… mo krwar monn perdi tout. » Sa femme s’en va avec leurs enfants. Et avec eux, une partie de lui-même.
Seul, brisé, il retourne chez ses parents. Sa mère, veuve, travaille toujours dans les plantations. Une femme forte, silencieuse, présente malgré tout. « Mo mama… li jamais laisse moi tomber. » C’est là que tout bascule. « Monn dire : assez. La drogue synthétique là li pas donne rien. Li détruit tout. » Sans cure. Sans aide médicale. Sans méthadone. Juste une décision.
Les premiers jours sont un enfer. « Premier jour difficile… deuxième jour pire. » Le manque, les pensées, les tentations. Tout pousse à replonger. Mais cette fois, quelque chose a changé. « Mo pense mo femme… mo zanfan… sa donne moi la force. » Il tient. Un jour. Puis deux. Puis une semaine. Puis un mois. Et quatre mois sont passés. « Mo pann touche. Même pas une fois. »
Pour rester loin de ses anciens démons, Vijay change de vie. Radicalement. Direction la mer. Il commence à grimper aux cocotiers. Un travail physique, risqué, mais honnête. « Mo grimpe, mo koup coco… mo senti moi vivant. » Puis une idée simple naît. Installer une petite table près de la plage. Vendre de l’eau de coco. De la crème de coco. Aux habitants. Aux visiteurs. Aux touristes. « Mo gayn mo la vie proprement. Mo fier sa. »
Dans la région, les regards évoluent. Ceux qui le connaissaient perdu le redécouvrent debout. « Bann dimoun donne moi conseil… zot encourage moi. » Ce soutien devient une force supplémentaire.
Mais au fond de lui, une seule chose compte vraiment. Sa famille. « Mo attendre li… mo espere li retourne. » Il ne demande pas pardon avec des mots. Il prouve avec ses actes. « Mo pa envi fumer encore. Jamais. »
Aujourd’hui, Vijay pense à l’avenir. « Mo envie ouver enn boutique fruits ek coco. » Offrir une stabilité. Une sécurité. Une fierté à ses enfants. Chaque jour est un pas vers ce futur.
Sa mère reste au cœur de son combat. Une femme courageuse, veuve, qui continue de travailler la terre. « Mo envie fer li fier… surtout pour la fête des Mères. » Un objectif simple. Mais immense pour lui.
Vijay ne cache rien de son passé. Au contraire. Il veut que son histoire serve aux autres. « Si monn réussi… lezot osi kapav réussi. » Son message est clair. « La volonté ek la détermination… sa même la clé pou sorti là-dedans. »
Aujourd’hui, sous le soleil de Mahébourg, Vijay reconstruit sa vie. Le bruit des vagues et le parfum des noix de coco fraîchement ouvertes l'aident. Pas à pas. Sans tricher. Et surtout, avec une conviction devenue plus forte que tout le reste.