Vieillissement de la population : le FMI propose de relever progressivement l’âge légal de la retraite jusqu’à 69 ans
Par
Christina Vilbrin
Par
Christina Vilbrin
Le choc démographique pourrait coûter 50 % du PIB à Maurice d’ici 2070
Deux points de croissance pourraient disparaître chaque année si le pays ne réagit pas
D’ici 2070, la population mauricienne pourrait se contracter de près de 30 %. Si rien ne change, Maurice pourrait perdre près de deux points de croissance par an sous l’effet conjugué du recul de la population active et de la hausse du nombre de retraités. Cependant, avec davantage de femmes au travail, des seniors actifs plus longtemps et une meilleure mobilisation des jeunes, le pays pourra amortir une partie du choc.
Maurice est confronté à de sérieuses pressions démographiques, caractérisés par un vieillissement rapide de la population, une fécondité inférieure au seuil de renouvellement des générations et une émigration persistante, notamment des travailleurs qualifiés. La démographie, autrefois moteur de la croissance économique, est devenue un frein depuis 2017. À politique inchangée, ces évolutions pourraient réduire la croissance d’environ 2 points de pourcentage par an d’ici 2070. Par rapport à un scénario contrefactuel dans lequel la démographie resterait inchangée, le PIB serait inférieur de près de 50 % d’ici 2070, et le PIB par habitant reculerait d’environ 28 %.
Les réformes favorisant une plus forte participation au marché du travail, en particulier celle des femmes, des travailleurs âgés et des jeunes, permettraient de limiter une partie de ces pertes et d’améliorer sensiblement la trajectoire de la dette publique grâce à une croissance plus soutenue. Néanmoins, aucune réforme prise isolément ne permet de neutraliser entièrement le choc démographique.
La préservation de la croissance, du niveau de vie et de la soutenabilité des finances publiques nécessitera donc une stratégie plus large combinant des réformes du marché du travail, une hausse durable de la productivité et un renforcement de l’investissement.
Maurice connaît aujourd’hui l’un des processus de vieillissement démographique les plus rapides parmi les économies comparables. Le ratio de dépendance des personnes âgées - défini comme le rapport entre la population de 65 ans et plus et celle âgée de 15 ans à 64 ans - devrait plus que tripler au cours des prochaines décennies. Cette évolution résulte de deux tendances. D’une part, l’allongement de l’espérance de vie augmente naturellement la proportion de personnes âgées. D’autre part, le taux de fécondité est tombé à 1,4 enfant par femme en 2024, très en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme). À ces facteurs s’ajoute une émigration nette, particulièrement marquée chez les travailleurs qualifiés, qui réduit davantage la population active.
Conséquence directe de ces évolutions, la population mauricienne est désormais entrée dans une phase de déclin. Elle est estimée à environ 1,24 million d’habitants fin 2024 et pourrait diminuer de près de 30 % d’ici 2070, tout en devenant sensiblement plus âgée.
| Ratio de dépendance | 2025 | 2070 | Variation |
| Seychelles | 12,2 % | 44,3 % | + 32 points de pourcentage |
| Pays à revenu intermédiaire supérieur | 18,5 % | 52% | + 33,5 points de pourcentage |
| Chypre | 21,6 % | 60,5 % | + 38,9 points de pourcentage |
| Maurice | 19,8 % | 71,4 % | + 51,6 points de pourcentage |
| Maldives | 6,5 % | 73,5 % | + 66,9 points de pourcentage |
La contraction de la population active réduit mécaniquement le potentiel de croissance de l’économie, sauf si elle est compensée par une hausse de la participation au marché du travail, des gains de productivité ou une politique migratoire adaptée. Parallèlement, le vieillissement de la population accroît les dépenses publiques liées aux pensions, aux soins de santé et à la prise en charge de la dépendance, ce qui exerce une pression croissante sur les finances publiques. Maurice fait ainsi face à un double défi : une population moins nombreuse et une population active proportionnellement plus réduite. Cette combinaison devrait freiner la croissance économique tout en compliquant la soutenabilité budgétaire.
En mobilisant davantage les femmes, les jeunes et les travailleurs expérimentés, Maurice peut préserver son potentiel de croissance à long terme, sans toutefois annuler totalement la contrainte démographique.
Scénario 1
Augmenter l’emploi des travailleurs âgés (50 ans à 64 ans)
Prolonger l’activité des 50 ans à 64 ans pourrait augmenter le PIB par habitant d’environ 12 % d’ici 2070, compensant près de 30 % du choc démographique.
Scénario 2
Renforcer la participation des jeunes (15 ans à 29 ans)
Ce scénario suppose que les taux de participation des personnes âgées de 20 à 29 ans atteignent le niveau observé chez les 30 ans à 34 ans (87 %), tandis que le taux de participation des jeunes de 15 à 19 ans double, passant de 14 % à 27,8 %. Ce qui permettrait d’augmenter le PIB par habitant d’environ 4 % d’ici à 2070, compensant ainsi près de 14 % de la baisse projetée liée au vieillissement de la population.
Scénario 3
Relever progressivement l’âge légal de la retraite (65 ans à 69 ans)
Une participation des 65 ans à 69 ans pourrait atténuer la baisse future de la main-d’œuvre, selon le FMI. « Le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite constitue un autre moyen d’atténuer la baisse de l’offre de main-d’œuvre liée au vieillissement de la population, même si les gains qui en découlent restent inférieurs à ceux résultant d’une mobilisation plus large des travailleurs âgés », avance le FMI. Ce scénario suppose que le taux de participation des personnes âgées de 65 ans à 69 ans atteigne le niveau actuellement observé chez les 60 ans à 64 ans, soit environ 37 %. Cette hypothèse correspond à un allongement de l’âge effectif de départ à la retraite. Selon cette hypothèse, le PIB par habitant simulé serait supérieur d’environ 8 % du PIB par habitant d’ici 2070, réduisant près de 21 % de l’impact du vieillissement de la population.
Scénario 4
Augmenter la participation des femmes au marché du travail
À Maurice, le taux de participation des femmes au marché du travail demeure nettement inférieur à celui des hommes, soit 58,2 % contre 78,6 %, en raison d’une combinaison de facteurs, notamment les obstacles persistants à l’emploi, les responsabilités familiales et certaines normes sociales. Or, la réduction de l’écart entre hommes et femmes en matière d’emploi offre le plus grand potentiel économique. Deux scénarios sont examinés : le premier suppose une suppression complète de l’écart de participation entre les femmes et les hommes au sein de chaque groupe d’âge ; le second envisage une réduction de moitié de cet écart spécifique à chaque âge. Le premier scénario pourrait augmenter le PIB par habitant d’environ 17 % d’ici 2070, compensant près de 42 % du recul lié au vieillissement. Le deuxième scénario, plus réaliste, dans lequel l’écart serait réduit de moitié, entraînerait une hausse du PIB par habitant d’environ 8 %, compensant près de 21 % de l’impact négatif du vieillissement démographique.
| Scénario | La situation | Gain annuel de croissance jusqu’en 2040 | Ratio dette/PIB en 2040 |
| Scénario de référence | Où rien ne change | La croissance à long terme est estimée à 3,2 % par an dans le scénario de référence | 96% |
| Scénario 1 | Augmentation de la participation des travailleurs âgés | + 0,6 point de pourcentage par an | 86% |
| Scénario 2 | Augmentation de la participation des jeunes au marché du travail | + 0,27 point de pourcentage par an | 91% |
| Scénario 4a | Augmentation de la participation des femmes (pleine réduction de l’écart entre les sexes) | + 0,98 point de pourcentage par an | 80% |
| Scénario 4b | Augmentation de la participation des femmes (réduction de moitié de l’écart entre les sexes) | + 0,51 point de pourcentage par an | 88% |