Vidia Mooneegan : «Maurice doit bâtir sa propre stratégie pour l’intelligence artificielle»
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
L’intelligence artificielle (IA) ne doit pas être perçue comme un simple outil destiné à améliorer des processus existants, mais comme un levier permettant de repenser en profondeur le fonctionnement des entreprises et de l’économie mauricienne.
C’est le message porté par Vidia Mooneegan, président de l’AI & New Tech Commission de Business Mauritius, dans le dernier épisode de Voices of BM.
Selon lui, de nombreuses entreprises commettent encore la même erreur, celle de chercher à intégrer l’IA à certaines étapes de leurs activités sans revoir leur modèle de fonctionnement. Or, la véritable transformation consiste à concevoir de nouveaux processus en tenant compte, dès le départ, des capacités offertes par cette technologie. Il estime que cette approche représente un changement de paradigme auquel les organisations devront s’adapter.
Vidia Mooneegan rappelle également que les investissements réalisés dans l’IA suscitent des interrogations quant à leur rentabilité. Pourtant, explique-t-il, les grandes entreprises technologiques ont investi plus d’un demi-billion de dollars au cours des trois dernières années, convaincues que ces dépenses créeront de la valeur et contribueront à assurer leur développement à long terme. Il cite l’exemple de Dayforce, qui prévoit, d’ici à 2026, une hausse de 30 % de son chiffre d’affaires et une progression de 70 % de son EBITDA grâce à une utilisation intensive de l’IA dans ses activités. Au-delà des performances économiques, le président de l’AI & New Tech Commission insiste sur les enjeux auxquels Maurice est confronté. Il estime que le pays doit développer ses propres capacités en matière d’intelligence artificielle plutôt que d’attendre les innovations venues d’ailleurs. « Maurice doit bâtir sa propre stratégie », soutient-il, tout en observant les initiatives internationales, d’en tirer des enseignements et de construire une stratégie adaptée au contexte mauricien.
La Commission AI de Business Mauritius s’est fixé comme priorité de sensibiliser les entreprises et le grand public aux enjeux de cette transformation. Vidia Mooneegan souligne que l’IA créera des opportunités, mais qu’elle fera également des gagnants et des perdants. Cette évolution concernera l’ensemble des secteurs économiques et pourrait accentuer la fracture numérique si certaines catégories d’acteurs ne disposent pas des compétences ou des ressources nécessaires pour suivre le mouvement.
La préparation de la population constitue donc un autre axe de travail. Selon lui, chacun doit rester attentif aux évolutions technologiques, suivre les tendances, apprendre en continu et renforcer ses compétences humaines, qui conserveront toute leur importance. Il estime également que le système éducatif doit préparer les étudiants aux changements qui marqueront leur future carrière professionnelle.
Par ailleurs, Vidia Mooneegan plaide pour un cadre réglementaire équilibré. À ses yeux, Maurice dispose déjà d’un ensemble de réglementations qu’il convient d’adapter aux nouveaux risques liés à l’IA. Plutôt qu’une réglementation générale susceptible de freiner l’innovation, il préconise une approche ciblée sur les domaines où les risques sont les plus élevés. Cette démarche doit s’accompagner d’une politique nationale en matière d’intelligence artificielle et d’une gouvernance adaptée, afin de concilier innovation, protection des utilisateurs et développement économique.