Vidia Mooneegan : l’IA, une réponse clé à la pénurie de main-d’œuvre à Maurice
Par
Pradeep Daby
Par
Pradeep Daby
À Floréal, l’ambassade américaine a réuni experts et entrepreneurs pour un forum consacré à l’innovation et à l’intelligence artificielle. L’événement s’inscrit dans la perspective du Sommet commercial États-Unis-Afrique, prévu à Maurice en juillet 2026.
Dans le cadre des 250 ans de l’indépendance des États-Unis et de la promotion de l’innovation à Maurice, un forum a été organisé le 6 mai 2026 à Floréal. L’événement s’est tenu à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Maurice, sous l’initiative de Craig Halbmaier, chargé d’affaires et administrateur intérimaire à l’ambassade américaine.
Pour marquer l’événement, une table ronde consacrée à l’innovation et à l’intelligence artificielle a été organisée. Elle a réuni Yannick Hardy, directeur général de Noveprim (filiale de Charles River Labs), Nilesh Jankee, architecte principal chez Oracle, et Vidia Mooneegan, Senior vice-président de Dayforce Mauritius.
Dès l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis, qui sont loin d’ignorer l’importance géopolitique de la région de l’océan Indien, ont renforcé leur intérêt stratégique dans cette zone depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la base américaine sert de soutien à son armée.
Toutefois, le forum organisé par l’ambassade américaine était tout autre. Celle-ci ayant choisi de célébrer « les valeurs américaines d’innovation, de créativité et de collaboration », selon les mots mêmes de Craig Halbmaier, lequel a rappelé que son pays est le pays de toutes les opportunités et surtout à la pointe de l’innovation.
Quoi de plus exemplaire que de désigner la Silicon Valley, où se trouvent les plus grosses multinationales engagées dans les innovations technologiques. « Les États-Unis restent pleinement engagés à favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat à Maurice, contribuant ainsi à la prospérité de nos deux pays. Nous sommes ravis de continuer à mettre en avant les opportunités de l’île, en amont du Sommet commercial États-Unis-Afrique qui se tiendra à Maurice du 26 au 29 juillet », a renchéri Craig Halbmaier.
Il convient de souligner que le Sommet commercial États-Unis-Afrique est l’une des plus importantes plateformes commerciales. Il réunit chaque année des chefs d’État et de gouvernement africains, des ministres, des hauts responsables gouvernementaux américains et africains, ainsi que des PDG et des cadres supérieurs d’entreprises américaines et africaines. L’objectif est d’explorer les opportunités en matière d’investissement, d’échanges et de commerce.
Le choix de Maurice comme pays hôte du 18e Sommet commercial États-Unis-Afrique témoigne de la ferme volonté de l’île Maurice de jouer un rôle clé dans le renforcement de relations commerciales et d’investissement mutuellement bénéfiques entre l’Afrique et les États-Unis. Cette décision illustre également l’ambition du pays de s’imposer comme un acteur central des échanges économiques internationaux.
Située au carrefour de l’Afrique et de l’Asie dans l’océan Indien, l’île Maurice est reconnue, aux yeux de l’administration américaine, pour sa stabilité politique et son économie axée sur les réformes. Elle se distingue aussi par sa bonne gouvernance, ses politiques favorables à l’innovation et ses infrastructures de haute qualité. En tant que pôle financier et commercial dynamique, elle constitue ainsi le cadre idéal pour le Sommet des affaires États-Unis-Afrique de 2026.
Le sommet offrira aux participants une excellente occasion d’aborder les enjeux cruciaux qui influent sur les relations commerciales et d’investissement entre les États-Unis et l’Afrique. Il permettra également de conclure des accords historiques dans des secteurs clés tels que l’énergie, les infrastructures, l’agroalimentaire, la santé, les TIC et les services financiers. Ces initiatives auront un impact considérable sur la vie des citoyens, des entreprises, des travailleurs et des consommateurs africains et américains.
C’est sans aucun doute dans la perspective du Sommet commercial États-Unis-Afrique que l’ambassade américaine à Maurice a jugé opportun de mettre en avant trois entrepreneurs mauriciens. Ces derniers incarnent, selon elle, la réussite de la coopération entre Maurice et les États-Unis.
Parmi eux, Charles River Labs, à travers sa filiale locale Noveprim dirigée par Yannick Hardy. L’entreprise évolue dans la recherche biomédicale et fournit des services essentiels aux industries pharmaceutiques et biotechnologiques. Elle travaille également avec des institutions publiques et universitaires internationales pour accélérer la recherche et le développement de nouveaux médicaments.
Noveprim joue aussi un rôle dans la fourniture de primates mauriciens destinés à la recherche scientifique. L’entreprise affirme contribuer à améliorer et sécuriser le développement de traitements médicaux innovants. Ses activités s’inscrivent dans un cadre réglementaire strict et une collaboration étroite avec les autorités.
En juillet 2025, lors de la Primate Management Conference Mauritius au Hennessy Park Hotel, Yannick Hardy a défendu cette vision. Il a affirmé que « Maurice est une référence d’excellence pour la recherche scientifique en Europe et aux États-Unis ». Il a également souligné le rôle des normes strictes et de la coopération institutionnelle dans cette réussite.
Le ministre Kaviraj Sukon a, pour sa part, rappelé que Maurice est reconnu comme fournisseur de primates de recherche, avec environ 14 000 spécimens exportés chaque année. Noveprim capture, élève et exporte des macaques cynomolgus vers des laboratoires internationaux spécialisés en recherche biomédicale, pharmaceutique et toxicologique, notamment ceux issus de Charles River Laboratories, initialement fondés à Boston puis relocalisés dans le Massachusetts.
Oracle, représentée localement par Nilesh Jankee, est une multinationale américaine spécialisée dans les technologies. Son siège social est situé à Austin, au Texas. Fondée en 1977, elle est notamment connue pour son logiciel de base de données Oracle et figure parmi les leaders mondiaux des solutions cloud et logicielles d’entreprise.
Mais en dépit des promesses d’emploi et d’opportunités offertes par les multinationales du secteur technologique, Vidia Mooneegan, vice-président senior de Dayforce Mauritius, a tenu à nuancer le tableau. Il souligne que les Mauriciens devront d’abord s’adapter à la culture américaine pour pouvoir pleinement évoluer dans cet environnement.
Il revient d’abord sur l’évolution de l’entreprise, anciennement connue sous le nom de Ceridian. Celle-ci a ensuite fait l’acquisition de Dayforce, avant de changer de marque en février 2024 pour adopter définitivement cette nouvelle identité.
En août 2026, Thoma Bravo, l’une des plus grandes sociétés d’investissement spécialisées dans les logiciels, rachète Dayforce dans une opération de 12,3 milliards USD, en partenariat avec un fonds souverain d’Abou Dhabi. « Nous nous sommes rendu compte que l’obsolescence est très rapide dans le business », explique Vidia Mooneegan en commentant cette fusion.
Il précise que cette transformation a permis d’intégrer plusieurs services essentiels. « Il fallait fusionner la fiscalité, les ressources humaines et le paiement des salaires, tout en respectant les règles de conformité », ajoute-t-il. Cette restructuration a également ouvert l’accès au portefeuille du nouvel actionnaire.
Sur le plan culturel, il insiste sur le caractère « pro-business » des États-Unis. « La confiance des Américains repose sur des valeurs comme la ponctualité », souligne-t-il. En outre, il rappelle que les employés peuvent, sous certaines conditions, acquérir des actions de l’entreprise.
Il affirme aussi croire fortement au potentiel de l’intelligence artificielle. « C’est le futur de Maurice, la meilleure chance face à la pénurie de main-d’œuvre », estime-t-il. Pour lui, cette transformation technologique est incontournable.
Enfin, il encourage une approche plus directe de l’entrepreneuriat. « Don’t wait for government, forget about government », lance-t-il, invitant les futurs entrepreneurs à se concentrer sur le marché avant tout. Il ajoute que « tout commence par le marché » et considère que Maurice pourra jouer un rôle clé en Afrique une fois ses défis internes résolus.