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Victoria Urban Terminal – paiement du loyer : véritable casse-tête pour les marchands ambulants relocalisés

Les marchands ambulants sont relocalisés au premier étage, à la section "Market", du Victoria Urban Terminal.

Il est prévu que 1 000 marchands ambulants soient relocalisés au Victoria Urban Terminal (VUT) à Port-Louis. Depuis le 12 mai dernier, 700 d’entre eux ont déjà pris leur quartier. Les autres, quant à eux, attendent le précieux sésame. Contents de ne plus faire l’objet d’une chasse à l’homme par la police et des inspecteurs municipaux, ils peuvent enfin aspirer à un meilleur avenir. Toutefois, s’acquitter du loyer mensuel de Rs 4 000 est compliqué en ces temps de difficultés économiques. 

Nous sommes allés au Victoria Urban Terminal, un véritable bijou architectural qui allie modernisme et ancienneté. Nous avons pris la direction du premier étage où se trouve le « Market ». C’est là-bas que les marchands ambulants qui, jadis, erraient les coins des rues de la capitale, se sont installés. Le chemin qui les a menés jusqu’ici a été parsemé d’embûches. Pendant des années, ils ont travaillé avec la peur au ventre, mais ils n’avaient pas le choix, car il fallait nourrir leur famille.  

Aujourd’hui, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils disposent d’un toit sur la tête. Du lundi au dimanche, ces marchands ambulants travaillent en toute quiétude. Ils confient que jamais ils n’auraient pensé qu’ils allaient exercer leur métier dans un tel lieu. Maintenant, ils n’ont qu’une hâte, que l'économie redémarre. Cela leur permettra de joindre les deux bouts, mais surtout de payer le loyer mensuel de Rs 4 000.


AshmineAshmine : « Ziss enn de lartik ki pe vende »

Au « Market », nous avons rencontré Ashmine Joholie, relogée au VUT depuis un mois. Assise sur un tabouret, elle dit d’emblée être heureuse de ne plus être dans les rues et de disposer enfin d’un étal qu’elle n’a pas encore aménagé. Elle nous confie :  « Aster pa bisin sauve kan trouv la polis ek inspecter minicipalite. Mo bien contan monn gagn enn ti place apre tou sa lane pou van mo ban prodwi ». Sa joie est compréhensible, car les années passées dans les rues à écouler quelques babioles ici et là aux passants contre une poignée de roupies n’ont pas été de tout repos. « Monn kumans van linz dan la ri. Kan pa trouv la polis, nou travay trankil. Mais kan zot la, bisin ramass tou dan panie ek sauve pli vit ki kapav. Kan zot alle, lerla bisin revini parski bisin kontinn travay pou viv  », avoue-t-elle. 

Ashmine Joholie s’est retrouvée à faire ce métier parce que durant son enfance, elle aidait son père qui était marchand ambulant. « Kan monn marie, bolom pas ti ena enn bon travail. Lerla monn continn fer sa depi aster la », renchérit-elle. Depuis, elle avoue n’avoir jamais baissé les bras et c’est ce qui lui a permis de subvenir aux besoins de sa famille. Du courage, elle en aura besoin, car ses ventes ne décollent pas. « En ce moman, ziss enn de lartik ki pe vende. Li pas asse pou zwen de bout la fin di moi. Bondie kone kuma pou fer pou paye loyer sa mwa la », conclut-elle avant de vaquer à ses occupations.


WardaWarda : « La fin di mwa bisin kumans paye loyer. Sa pou ress enn problem » 

Nous nous sommes ensuite dirigés vers un étal qui regorge de sacs à main à la mode où nous sommes tombés sur Warda Ramjane, une mère de trois enfants. Elle confie qu’après le décès de son mari, elle a commencé à vendre des biscuits et du jus principalement devant l’hôpital Dr A.G Jeetoo, Port-Louis. « Monn pass par bocou diffikilte mai monn persevere ek sa metye la. Ti pe travay gramatin pou manz tanto. Sa inn aussi aide mwa assure ledikasyon mo bann zanfan ki ti ossi mo priorite », indique-t-elle.

Warda, qui exerce ce métier depuis 20 ans, est contente d’avoir été relocalisée au VUT. « Bondie inn ekout nou la prier. La nou en securité ek dan enn place ki bien korek pou nou gagn nou la vie », poursuit-elle. Cependant, comme Ashmine Joholie, elle aussi peine à renflouer les caisses. « Nou gagn visiteurs mais bien tigit ki aste. Pa pe fer mem la vente avek situation economique aktuel. La fin di mwa bisin kumans paye loyer. Sa pou ress enn problem », confie-t-elle.

 


PradhoomanPradhooman : « Sa metye la inn permet mwa fer bocou progre »

Pendant 25 longues années, Pradhooman Bandhoo a arpenté les rues de la capitale sur sa moto. Ses jus frais et glaçons râpés aux différentes saveurs ont fait le bonheur des passants. Depuis le 12 mai dernier, il occupe un étal au VUT. « Monn toultan travay dans la ri Decaen. Mo bien contan ki aster la mo ena enn place pou van mo ban prodwi », indique-t-il, avant d’ajouter : « Sa metye la inn permet mwa fer bocou progre ».

Ce père de famille, qui confectionne ses glaçons râpés sur une machine artisanale qui date de 20 ans, se dit inquiet quant au paiement du loyer. C’est son principal souci en cette période économique difficile. Une situation qui, selon lui, va perdurer jusqu’à ce que le pays connaisse des jours meilleurs. 


En chiffres 

  • 1 474. C’est le nombre de marchands ambulants qui font partie de la Street Vendors Association. 
  • 1 000 marchands ambulants seront relogés dans le Victoria Urban Terminal.
  • Les 474 marchands ambulants restants auront des étals dans le terminal urbain qui verra le jour à la place Immigration, à Port-Louis.

Street Vendors Association 

Hydar RymanHydar Ryman : « Un moratoire de trois mois pour payer notre loyer nous soulagera en ces temps difficiles » 

Hydar Ryman, président de la Street Vendors Association, est heureux de voir les marchands travaillaient en paix au VUT depuis un mois. Cependant, il confirme que le paiement du loyer mensuel de Rs 4 000 est un réel souci. Les ventes ne décollent pas, d’une part, parce que les clients ne sont pas nombreux et d’autre part, à cause de la concurrence féroce entre les marchands. Ce sont ceux qui proposent des produits à bas prix qui s’en sortent le mieux. 

Ainsi, il lance un appel aux autorités pour qu’une formule soit trouvée afin d’accorder une allocation aux marchands, un peu comme celle annoncée dans le Budget pour les agriculteurs et pêcheurs, entre autres. «Au cas contraire, le gouvernement pourrait accorder un moratoire de trois mois aux marchands ambulants», espère-t-il. 

« En raison de la situation économique actuelle, nous sommes tous appelés à nous serrer la ceinture. Comme tout le monde, nous avons des familles à nourrir et des dépenses mensuelles. Avec la baisse des ventes, nous sommes nombreux à être financièrement dans le rouge. Déjà, durant les deux confinements, nous avons été dans l’incapacité de travailler avec la Covid-19. Certes, nous avons bénéficié du Self-Employed Assistance Scheme (SEAS), mais ce n’était pas suffisant pour subvenir aux besoins de nos familles. On a besoin du temps pour se renflouer financièrement », soutient Hydar Ryman. Il ajoute que si le gouvernement accepte de les aider, ce sera un grand ouf de soulagement.

S’agissant de la relocalisation des marchands ambulants au VUT, il explique qu’il a été impliqué dans ce projet depuis le début. Il remercie le gouvernement, la Victoria Station Limited et la mairie de Port-Louis pour tous les efforts accomplis. « Nous sommes très contents d’être ici. Chacun d’entre nous dispose de son propre étal et nous n’avons plus à charger et décharger nos marchandises comme nous le faisions dans la rue tous les jours. Nous sommes là depuis un mois et c’est avec le temps que nous prendrons nos marques », renchérit-il. Selon lui, une fois qu’ils seront financièrement rétablis, les marchands ambulants seront en mesure d’honorer leur engagement pour le loyer. 


Marie-Claude : « Ena dimoun pre pou paye loyer me etal pa ankor gagne »

Marie Claude

Marie Claude avait 8 ans quand elle aidait son père à vendre des légumes devant la porte du marché central à Port-Louis. Après avoir complété son Higher School Certificate au collège Trinity, elle a travaillé dans une firme privée pour un mois. « Je voulais mon indépendance et travaillais à mon rythme. J’ai donc choisi de devenir marchande ambulante », confie-t-elle.

Elle attend avec impatience qu’un étal lui soit alloué par la municipalité de Port-Louis au VUT. Entre-temps, elle se débrouille grâce au soutien des marchands relocalisés au VUT. « Ena dimoun pre pou paye loyer la tou le mwa me ki ankor pe atan gagn enn place pou li van legim », affirme-t-elle. Marie Claude espère que l’attente ne sera pas longue.


De la rue au Victoria Urban Terminal

De la rue au Victoria Urban Terminal

Les marchands ambulants sont ingénieux. Pour attirer les clients, ils les rassurent avec le sourire : « Pas gagn tracas. Prodwi kalite sa ». Parfois, leur technique porte leurs fruits, parfois pas, surtout avec les clients qui se montrent réticents, voire méfiants. Ceux-ci trouvent que les marchands ambulants sont pénibles quand ils essayent par tous les moyens à leur vendre leurs produits. 

Mais savez-vous que ces marchands ambulants, qui à force d’être en contact avec les Mauriciens de tous bords, sont devenus des observateurs des désirs humains ? Ils ont développé au fil du temps le sens des affaires. Pour comprendre leur monde, il suffit d’observer attentivement des photos du Market du Victoria Urban Terminal. En ce lieu, tous les ingrédients sont réunis pour faire de bonnes affaires ou pour casser la croûte. Les légumes et  fruits de saison côtoient vêtements, chaussures et divers accessoires, entre autres, sous un seul et même toit. À découvrir, lors d’une visite dans la capitale ou d’un bref passage en sortant du métro ou des autobus.

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