Mise à jour January 4, 2026, 11:30 am

Victime de violence conjugale - «Mo pou touy twa» : les dernières heures de Marie Anna

Par Le Dimanche /L' Hebdo
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marie anne
Selon ses proches, Marie Anna aurait vécu un calvaire auprès de son époux Vikash Muthoora.
  • Sa tante : « Sinkan zot inn viv ansam, se sinkan martir... »

Le réveillon a basculé dans l’horreur à Batimarais. Marie Anna Muthoora, 33 ans, a été tuée par son époux après cinq années d’un calvaire conjugal marqué par la peur et la violence.

Ce soir du 31 décembre, les cris ont résonné une dernière fois. Pendant que d’autres s’apprêtaient à célébrer la nouvelle année, Marie Anna Muthoora, 33 ans, s’effondrait sous les coups de son mari, à leur domicile de Batimarais. Quand la police de Souillac arrive sur les lieux, alertée, il est déjà trop tard. La jeune femme gît sans vie. Vikash Muthoora, son époux, est placé en état d’arrestation et provisoirement inculpé pour meurtre.

Marie Anna rejoint la longue liste des femmes tuées par leur conjoint en 2025. Une liste qui ne devrait pas exister.

Josée Dafadar revoit encore sa nièce, quelques années plus tôt, dans la cour familiale de Camp-de-Masque. Marie Anna était déjà mère d’un petit garçon d’une précédente union. La vie n’avait pas toujours été tendre avec elle, mais elle gardait espoir.

C’est là, il y a environ cinq ans, qu’elle a rencontré Vikash. « Li ti pe travay lor kamion. Kan li ti pe trouv mo nies, li ti pe koz ar li », raconte la tante. Les conversations se sont multipliées. Un rapprochement. Puis un mariage. Marie Anna est partie s’installer à Batimarais avec son fils, alors âgé de cinq ans, et son nouvel époux. Une nouvelle vie s’ouvrait devant elle. Du moins le croyait-elle.

« Sinkan zot inn viv ansam, se sinkan martir mo nies inn pase », lâche Josée Dafadar, la voix brisée. Cinq années d’enfer. Derrière la façade du couple, se cachait une réalité glaçante.

L’homme se serait révélé violent et autoritaire. « Li kontan bwar, li bat mo nies. Zoure ti so lavi toulezour. » Les coups pleuvaient. Les insultes aussi. Les humiliations. Marie Anna vivait dans la terreur permanente. Elle se confiait à sa famille, cherchait du réconfort dans leurs paroles, mais ne parvenait jamais à briser les chaînes qui l’emprisonnaient.

À plusieurs reprises, elle a tenté de partir. À chaque fois, elle est revenue. Parfois de force. Toujours sous la menace. « Mari ti dir li : si to sove depi lakaz, mo pou touy twa », rapporte sa tante, les mots pesant comme des pierres. Cette phrase, Marie Anna l’a entendue combien de fois ? Assez pour la croire. Assez pour avoir peur chaque jour de sa vie.

Le piège des plaintes retirées

La jeune femme avait porté plainte. Plusieurs fois. Mais à chaque fois, la peur l’emportait. « Li ti pe menas li, ek li ti al retir so plint », explique Josée Dafadar, le cœur lourd de ces occasions manquées, de ces appels au secours étouffés.

Un jour, Marie Anna s’était enfin réfugiée chez sa tante à Camp-de-Masque. Un souffle de liberté, un espoir de recommencer. Mais son mari est venu la chercher. De force. Une altercation a éclaté. Et malgré tout, Marie Anna est retournée avec lui.

« Kan li finn retourn laba, li finn ankor bien bat li », se souvient la tante, impuissante. Plus tard, la famille a appris que cet homme avait déjà sévi. « Nou finn aprann misie-la ti deza fer mem zafer ek so premie madam. » Un passé violent qui aurait dû alerter. Mais prisonnière de la peur, Marie Anna n’a jamais connu la paix.

Le 31 décembre au soir, à Batimarais, une nouvelle dispute éclate. Les coups pleuvent, encore. Mais cette fois, Marie Anna s’effondre. Et ne se relève pas. L’autopsie pratiquée par le Dr Maxwell Monvoisin, médecin légiste, conclut à un choc violent à la tête ayant entraîné un saignement cérébral. Des mots froids pour décrire une mort atroce.

Le 2 janvier 2026, dans la maison de sa tante où elle avait autrefois cherché refuge, Marie Anna Muthoora reçoit un dernier hommage. Ses proches pleurent. Une famille entière est meurtrie.

À 33 ans, Marie Anna s’en va. Pas d’une maladie. Pas d’un accident. Mais des mains de celui qui avait juré de l’aimer. « Mo pou touy twa », disait-il. Il l’a fait.

Marie Anna rejoint le silence lourd de toutes celles qui n’ont pas été protégées à temps. Le réveillon 2025 restera à jamais taché de son sang. Et celui de toutes celles qui, comme elle, n’ont pas survécu à « l’amour qui tue ».

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