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Vente de psychotropes : bras de fer entre pharmaciens et ministère de la Santé

Les pharmaciens contestent vivement les nouveaux règlements du ministère de la Santé au sujet de la vente de psychotropes. L’entrée en vigueur de ces mesures, prévue ce lundi 20 mai 2019, a été reportée au 1er juin. Les pharmaciens, qui déplorent l’absence de consultations, n’écartent pas la possibilité d’engager des actions.

Incompréhension, mécontentement et grogne animent les pharmaciens. Raison : le ministère de la Santé impose de nouveaux règlements sur la vente de psychotropes. Cette profession a été mise à mal dans le rapport de la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen.

Dans une première communication en date du 30 avril, le ministère impose une dizaine de nouvelles conditions. « Nous n’étions même pas au courant. La majorité des pharmaciens a pris connaissance de ces nouvelles mesures sur les réseaux sociaux. Cette décision affectera notre travail au quotidien », explique Ashwin Dookun, pharmacien et porte-parole du groupement des pharmaciens privés.

Face à une vague de contestation, le ministère convoque une réunion en urgence le 8 mai avec les représentants de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM). « La PAM n’a pas consulté tous les pharmaciens avant cette réunion. C’est pour cette raison que nous avons créé ce groupe », explique notre interlocuteur.

Après cette rencontre, le ministère amende deux nouvelles mesures et repousse l’échéance. Vingt-quatre heures après les négociations, une nouvelle communication fait état de deux amendements. Après le premier et le deuxième communiqué du ministère, les pharmaciens affûtent leurs armes. Ils se rencontrent dans l’après-midi du 18 mai, à Vacoas, pour préparer leur contre-attaque.

Ils contestent plusieurs recommandations du ministère devant entrer en vigueur le 1er juin. Parmi : la livraison des commandes doit être faite uniquement aux pharmaciens enregistrés ; les commandes de psychotropes par les pharmacies sont limitées à deux fois par mois ; et les commandes de dangerous drugs des pharmaciens auprès des wholesalers doivent obligatoirement se faire sur des Requisition Forms portant le sceau du ministère.

Ashwin Dookun, Ziad Saumtally et Siddick Khodabaccus, qui ont animé la réunion, n’écartent pas la possibilité d’engager des actions contre le ministère, dont une pétition dans les jours à venir. « Nous avons réuni les pharmaciens pour tirer au clair les recommandations du ministère. Nous devons faire ressortir que 65 % à 70 % des pharmaciens ne sont pas propriétaires des pharmacies. Le ministère aurait dû nous informer des changements et avoir des discussions dans l’intérêt de tout un chacun », estime Ashwin Dookun.

Il déplore aussi la politique de deux poids deux mesures du ministère. « La loi doit être appliquée à tous, notamment aux pharmacies publiques, privées et à celles des cliniques. Le ministère ne peut pas pénaliser uniquement les pharmaciens privés. Ces règlements seront-ils appliqués dans les pharmacies des hôpitaux ? » Le Défi Quotidien a vainement sollicité la version du ministère de la Santé.


La prolifération décriée par Paul Lam Shang Leen

La commission d’enquête sur la drogue avait tiré la sonnette d’alarme, dans son rapport, sur la prolifération des psychotropes à travers l’île. L’ancien juge Paul Lam Shang Leen avait recommandé un contrôle plus strict sur les pharmacies et sur la vente de psychotropes. Il avait noté des ventes illégales et il avait recommandé que les ventes soient informatisées.


Les points contestés par le groupement des pharmaciens privés

  • Sceau du ministère

« À quoi sert le sceau du ministère ? Cela nous pénalise de nous rendre au ministère dans le but d’avoir ce sceau. »

  • Livraison des commandes uniquement aux pharmaciens enregistrés

« Qu’adviendra-t-il si le livreur arrive à une heure tardive, comme c’est souvent le cas ? Si le pharmacien n’est pas présent, le livreur reprendra les produits. Si la succursale de ce dernier est déjà fermée, où iront ces produits ? Les pharmaciens sont eux aussi gouvernés par la loi du travail. Ils ne peuvent pas exercer plus de huit heures par jour. »

  • Commande des psychotropes limitée à deux fois par mois.

« La vente varie dépendant de la pharmacie. Si le stock est écoulé, ce sont les patients qui souffriront. Nous ne pouvons pas stocker davantage de produits, car cela pénalisera notre cash-flow. » 

  • Toute exagération des demandes de produits sera rapportée au ministère

« ‘Toute exagération’ ! C’est vaste. Le ministère n’a pas défini ce qu’il veut dire par le terme ‘exagération’. C’est déplorable. »

medcine
Dans un communiqué le 30 avril, le ministère impose de nouveaux règlements sur la vente de Dangerous Drugs tombant sous le Schedule III.

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