Veganuary : changez votre assiette, allégez la planète !

Par Jenna Ramoo
Publié le: 1 février 2026 à 13:00
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Mélissa Leclézio, membre de Zero Waste Mauritius.

Chaque début d’année, le challenge « Veganuary » invite à tester une alimentation végétale. Au-delà de l’éthique animale, c’est aussi une manière concrète de réduire le gaspillage. Avec Le Dimanche/L’Hebdo, découvrez comment relever ce défi zéro déchet aux côtés de Mélissa Leclézio, membre de Zero Waste Mauritius.

Veganuary, c’est quoi exactement ?
Depuis 2014, l’ONG britannique fondée par Jane Land et Matthew Glover, « Veganuary » inspire des millions de personnes à travers le monde à tester pendant un mois une alimentation 100 % végétale. Ce challenge permet de sensibiliser au véganisme tout en faisant découvrir la richesse et la créativité des recettes végétales. Il a même contribué à l’émergence de nouvelles marques et produits végans. 

Toute l’année, l’ONG soutient les entrepreneurs et donne de la visibilité à celles et ceux qui choisissent ce mode de vie pour la planète, pour la santé et pour les animaux.

Pourquoi ce mouvement prend de l’ampleur chaque année ?
L’accès à l’information joue un rôle énorme. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous préoccuper de la planète et de notre santé. Or, un régime centré sur les produits animaux n’est pas compatible avec ces préoccupations. Et pour ceux qui, comme moi, aiment les animaux, il suffit d’une recherche en ligne pour découvrir l’envers du décor : élevage intensif, abattoirs, cruauté de l’industrie laitière… 

Pour se faire une idée, tapez « Dairy Industry » sur YouTube mais, attention, ça peut sérieusement plomber la soirée !

Quels mythes entourent encore l’alimentation végétale ? 
On retrouve principalement trois idées reçues autour de l’alimentation végétale : elle ne serait pas assez nourrissante, elle serait forcément « ultra-transformée » et elle serait fade, voire ennuyeuse.

Le plaisir de cuisiner des aliments sains sans aucune souffrance animale…»

Comment les déconstruire ?
Sur le premier point, c’est tout simplement faux. À volume égal, des études montrent que le tofu (issu du soja) et ses dérivés comme le « tempeh » apportent autant de protéines que la viande. Des organismes de référence tels que le National Health Service (NHS) au Royaume-Uni ou le Centers for Disease Control & Prevention (CDC) aux États-Unis reconnaissent d’ailleurs qu’une alimentation végétale est sûre, y compris pour les femmes enceintes et les enfants. 

Concernant les deux autres mythes, tout dépend de l’implication personnelle. Oui, il est plus simple d’acheter un burger végétal tout prêt que de cuisiner soi-même comme on le fait parfois avec un KFC ou un McDo. Mais avec un peu de curiosité, quelques recherches en ligne et un minimum de temps, on découvre une cuisine végétale riche en couleurs, en saveurs et en créativité. Et quel plaisir de cuisiner des aliments sains qui, en plus, n’ont causé aucune souffrance animale !

En quoi choisir une alimentation plus végétale peut réduire nos déchets du quotidien ?
Les déchets issus d’une alimentation végétale sont majoritairement compostable. Exemple : épluchures, restes de légumes, etc. De plus, les produits végétaux se transforment facilement lorsqu’ils sont abîmés contrairement aux produits animaux et laitiers. Pensez confitures, smoothies, gâteaux, soupes, achards… Rien ne se perd, tout se transforme !

Les plats végétaux sont-ils forcément moins transformés et donc moins emballés ?
Comme pour les produits animaux, il existe des produits végétaux ultra-transformés. Et à Maurice, il est difficile d’échapper aux emballages car une grande partie des aliments est importée. Mais de nombreux produits de base peuvent s’acheter en vrac : riz, grains secs, légumes surtout lorsqu’on privilégie les légumes locaux. À noter que pour des raisons d’hygiène, les produits animaux et laitiers sont souvent vendus sous plastique.

Les déchets issus d’une alimentation végétale sont majoritairement compostables»

Quels aliments végétaux de saison à Maurice permettent de cuisiner sans emballage plastique ?
Un plat mauricien typique suffit à donner des idées : riz, lentilles, étouffé de giraumon, bouillon « bred », « satini » pommes d’amour… Tous ces aliments se trouvent en vrac au bazar, chez les marchands ou encore chez Neofoods. La cuisine mauricienne, par sa diversité, se prête naturellement au « plant-based » grâce aux nutriments et aux protéines contenus dans les grains secs.

Est-ce que manger végétal aide aussi à réduire le gaspillage alimentaire ?
Réduire le gaspillage alimentaire reste avant tout une responsabilité individuelle : acheter uniquement ce dont on a besoin, adapter les portions, consommer les restes. Mais, l’alimentation végétale fait une vraie différence sur le plan de l’empreinte carbone, contrairement aux produits d’origine animale qui ont, en moyenne, un impact climatique bien plus élevé. 
L’élevage est responsable d’environ 14 à 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit davantage que l’ensemble du secteur des transports (voitures, avions, bateaux). Avant même d’arriver dans nos assiettes, la production animale génère des déjections, des déchets liés à l’abattage et de nombreuses pertes tout au long de la chaîne (transport, stockage, transformation).

L’élevage est responsable d’environ 14 à 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit davantage que l’ensemble du secteur des transports»

Quels types d’emballages disparaissent quand on privilégie les produits frais et locaux ?
Barquettes, film plastique, cartons, emballages sous vide sont autant de déchets évités lorsque l’on achète en vrac, ou directement auprès des producteurs.

Les bénéfices concrets ?
Il y a moins de pétrole utilisé pour fabriquer le plastique, moins d’eau et d’énergie pour produire, imprimer, transporter et recycler. Mais encore, il y a moins de surproduction car les producteurs adaptent leur offre à la demande réelle. Et puis, acheter en vrac, c’est aussi passer plus de temps à cuisiner et moins de temps à commander des repas à emporter !

Quels gestes simples chacun peut-il adopter dès ce mois-ci pour combiner « Veganuary » et zéro déchet ?
On peut commencer à choisir une ou deux recettes à tester, soit des plats habituels que l’on « véganise », soit des recettes véganes trouvées en ligne. On peut acheter en vrac : riz, grains secs, noix, fruits, légumes, céréales, pâtes en utilisant des contenants réutilisables et des sacs de vrac. On peut également privilégier les emballages consignés ou recyclables pour ce qui ne se trouve pas en vrac. 

On peut aussi composter les épluchures et les restes végétaux après la cuisson. Ou encore soutenir les producteurs locaux engagés dans l’agriculture biologique car leurs pratiques préservent la santé des sols qui peuvent absorber du carbone et contribuer à la lutte contre le changement climatique.

La cuisine mauricienne, par sa diversité, se prête naturellement au ‘plant-based’»

Comment les restaurants ou cantines peuvent-ils s’inspirer de cette démarche pour réduire leurs déchets ?
La transition peut commencer simplement en proposant davantage d’options végétales. Cela permet non seulement d’alléger l’empreinte carbone mais aussi de réduire les déchets liés à la viande. Exemples : os, abats et autres parties souvent jetées. Puis, en valorisant toutes les parties des plantes : « bred » de betteraves, pesto de fanes de carottes, soupes et bouillons… 

Rien ne se perd, tout se transforme ! De plus, un composteur peut être installé pour recycler les biodéchets et produire une terre fertile qui peut même être réutilisée ou revendue. En combinant créativité culinaire et gestion responsable des déchets, les cantines et restaurants peuvent ainsi devenir des acteurs du changement.

Manger végétal coûte-t-il plus cher, ou peut-on aussi réaliser des économies ?
Les viandes, poissons et produits laitiers sont parmi les produits les plus chers du panier alimentaire. En les remplaçant par des légumineuses telles que des lentilles, haricots, dhull, soja et gros pois, on économise ! Il faut savoir que le végétal coûte cher si on consomme surtout des aliments transformés. Alors, gardez vos aliments transformés pour des repas ponctuels ou des occasions spéciales !

Si on devait retenir un slogan pour ce mois, quel serait le message clé de Zero Waste Mauritius pour inspirer les Mauriciens ?
Le changement commence dans nos assiettes. Chaque repas, geste simple et quotidien peut devenir une invitation au changement sans jamais oublier le plaisir grâce à des recettes végétales et low-waste !

Comment l’alimentation végétale et locale peut-elle renforcer notre identité culinaire mauricienne ?
Cela peut se faire en revalorisant les légumes « letan lontan » et en renouant avec les traditions culinaires de nos aïeux. Manioc, ambrevades, arouille, « bred » mouroum, fruits à pain…. Ce sont autant de trésors nourrissants qui poussent naturellement à Maurice, mais qui sont parfois tombés dans l’oubli et donc plus difficiles à trouver. 

Leur redonner une place centrale dans nos assiettes, c’est avancer vers l’autosuffisance alimentaire, prendre soin de notre santé et de notre environnement. En valorisant ces saveurs authentiques, nous renforçons notre identité culinaire mauricienne tout en construisant un avenir plus durable.

Quels conseils donner aux familles pour initier les enfants à une alimentation végétale sans générer de déchets ?
Le plus beau cadeau à offrir aux enfants, c’est l’amour de la cuisine. Si le « moment spécial » devient un burger-frites à l’extérieur, le message implicite est que cuisiner à la maison n’est pas fun. Inversez la tendance et faites de la cuisine familiale, un moment excitant et créatif. 

Vous pouvez créer des expériences sensorielles comme aller au bazar ensemble et peser les produits en vrac ou encore discuter avec le marchand, sentir l’odeur du cotomili, admirer les couleurs des pommes d’amour et des poivrons. Ces petits rituels éveillent les enfants au plaisir du fait-maison et peu à peu aux légumes. 

Vous pouvez aussi les impliquer activement en les laissant choisir des recettes véganes sur TikTok ou Instagram, puis les cuisiner ensemble. Transformer la cuisine en jeu et en découverte rend l’expérience inoubliable. Résultat : moins de déchets, plus de complicité et des enfants qui associent la cuisine végétale à la joie et au partage.

Quels partenariats ou initiatives collectives pourraient amplifier le mouvement « Veganuary » à Maurice ?
Maurice compte déjà des acteurs engagés tels que l’ONG Ecoshe, des influenceurs comme Fuelled by Plants ou Just Krisx et plusieurs groupes Facebook qui sensibilisent au lifestyle vegan. Certains hôteliers, notamment LUX* et Attitude, proposent de plus en plus de plats végétaliens. Mais, il manque encore une politique publique forte. Imaginez si chaque écolier bénéficiait d’un déjeuner végétalien par semaine. C’est un geste simple, mais porteur d’un message puissant à la fois éthique et écologique.

Votre message de fin ?
Adopter une alimentation végétalienne ne demande pas de révolution, mais de petits gestes réguliers. Commencez par un jour par semaine. Essayer, c’est souvent adopter ! Pour moi, c’est l’engagement dont je suis le plus fière pour la planète et pour les animaux.

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