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À Vallée Pitot : Seevantee Moher, une jeune senior en équilibre avec la politique

Seevantee Moher, présidente de Rishi Dayanand Senior Citizens Association.

Ce jeudi 30 mai, à son domicile près du Champs de Mars, Seevantee Moher, 63 ans, mère de trois enfants et grand-mère de deux petits-enfants vient d’inviter les trois parlementaires de la localité, chacun issu d’un différent parti, à la célébration de la fête des Mères, qui se tiendra le samedi suivant. « Nous ne faisons aucune distinction, et chaque élu apporte sa contribution. Parfois l’un d’entre eux demande si son adversaire viendra et qu’est-ce qu’il va apporter comme cadeau. C’est un peu délicat de répondre, on garde la même distance avec tout le monde », explique-t-elle. En fait, ce sont les membres, selon leurs sensibilités politiques, qui se chargent de contacter les députés. « C’est une bonne chose d’avoir une pluralité d’opinion au sein de l’association, à la fin cela permet de faire avancer nos projets », reconnait-elle.

Issue de la volonté de l’Arya Sabha de regrouper les femmes senior de la localité au sein d’une association, la Rishi Dayanand Senior Citizens Association voit le jour officiellement le 19 octobre 1994 avec son inscription au Registrar Association. À l’époque, Seevantee Moher, née Chady, originaire de Sébastopol, est encore une jeune femme engagée très tôt dans le mouvement Arya Samaj, qui dirige l’Arya Sabha.

Huitième enfant d’une fratrie qui en compte neuf, elle s’inscrit comme bénévole dans la St John Ambulance à 14 ans et y restera jusqu’à son mariage, à 21 ans avec  Anil, aujourd’hui directeur du collège DAV. Elle prend trois années sabbatiques après la naissance de son premier enfant, puis se mettra à la disposition de l’Arya Sabha. « J’ai arrêté le collège prématurément pour m’engager dans l’action sociale bénévolement. Au sein de l’Arya Sabha, j’ai eu toutes les chances de m’exprimer en tant que femme », confie-t-elle. Peu de temps après, l’association ‘samajiste’ décide de mettre sur pied la Rishi Dayanand Association, avec l’objectif de réunir les femmes d’un certain âge comme ‘une force’ de la localité afin qu’elles arrachent à l’État des droits et la reconnaissance due à leur génération.

Benjamine  de l’association

Àgée de 28 ans à l’époque, elle fait figure de benjamine au sein de l’association parmi la grande majorité des membres bien plus âgés qu’elle et qui n’avaient pas été scolarisés. Mais comme elle veut ‘apprendre’, elle écoute les enseignants d’hindi et les pandits, pour se familiariser avec la langue et s’instruire en récits sacrés. Le fait d’être la seule femme jeune et scolarisée donnera lieu à une situation cocasse. « C’est moi qui ai paraphé  les documents administratifs à titre de secrétaire alors que je n’avais pas soixante ans », raconte-t-elle en souriant.

Bien des années plus tard, à l’inscription officielle de l’association, la Senior Citizens Council est présidée par Mme Vaulbert de Chantilly, figure historique dans le combat pour la reconnaissance des personnes âgées, alors que son assistant est l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Hurrydev Ramchurn.  Quelque 15 dames font alors partie de l’association qui adoptera le nom de Rishi Dayanand Senior Citizens Association. « Ces personnes parlaient le bhojpuri, explique-t-elle. Avant moi, elles ont assisté à la transformation de la localité montagneuse qui était traversée par des petites rues sans éclairage. » Elle raconte que tout le monde allait chercher de l’eau à la fontaine publique et faucher l’herbe au pied de la colline Monneron pour nourrir les vaches et les cabris. Il y avait déjà une mosquée et un shivala. L’ex-ministre des Cooperatives Badry habitait dans les environs. D’autres femmes ont rejoint l’association par le bouche-à-oreille.  Aujourd’hui, l’association compte quelque 70 membres, parmi quatre dames de plus de 90 ans.

L’adhésion des hommes

Depuis l’accident de sa présidente, Saraswati Punith en 2001, c’est Seevantee Moher, toujours benjamine de l’association, qui en assure la présidence. Malgré toute l’énergie qu’elle déploie pour obtenir l’adhésion des hommes, elle constate que ces derniers se font plutôt ‘rares’. Sans doute parce qu’à l’origine, le mouvement samajiste avait concentré ses efforts en direction des filles afin de promouvoir leur scolarisation. Mais, notre interlocutrice a aussi son explication : « Les hommes ont leurs propres activités, ils ont leurs voitures, ils ne voient pas beaucoup d’intérêt à se joindre à l’association », se désole-t-elle, avant de nuancer : «  Ce qui est bien, tout de même, c’est qu’ils n’hésitent pas à contribuer à la caisse pour le financement de nos activités. »

Comme les autres associations de seniors de Maurice, celle de Vallée-Pitot compte sur les contributions individuelles et, parfois celles des députés locaux, pour financer ses activités. La nouvelle année a commencé sous de bons augures pour l’association, dont les membres ont séjourné au centre créatif James Burty David, de Pointe-aux-Sables, en mai. Si ses membres, à commencer par elle-même, expliquent n’avoir aucune raison de se plaindre, Seevantee Moher redoute d’assister au vieillissement de l’association, souhaitant ardemment de voir arriver de nouvelles adhésions. « Les membres disent qu’ils vivent bien dans l’immediat mais que se passera-t-il après ? », se demande-t-elle.  Certes, l’aile jeune de l’Arya Sabha, l’association Ektaa, forme ses membres à la perpétuation des valeurs ancestrales et humanistes, à la tolérance et au respect mutuel, mais il faudrait établir un pont entre ces deux associations afin de créer une synergie. «Cela se fait régulièrement au centre communautaire de Vallée-Pitot, où on essaie de préparer la relève dans l’esprit du swami Dayanand, durant des séminaires et causeries », indique-t-elle. Ce lundi, elle suivra le discours du budget, après avoir entendu dire que la pension universelle serait augmentée. « On verra bien, c’est toujours une bonne nouvelle », lâche-t-elle. 

Le parcours des femmes à la tête de certaines  associations de senior n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Àla tête de la Rishi Dayanand Senior Citizens Association, à Vallée-Pitot, Seevantee Moher a été confrontée à l’indifférence de certains orthodoxes, digérant mal de voir une ‘réformiste’ présidant une association. Mais, aujourd’hui, grâce à sa témérité, elle a su s’imposer dans une localité marquée par la politique.

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