Valérie Imbert- Kerambrun, Certified Meta Coach : «Le coaching, c’est aider le client à découvrir l’or qu’il porte en lui»
Par
Pradeep Daby, Rajenee Panchoo
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Pradeep Daby, Rajenee Panchoo
« Je suis passionnée par l’être humain et par son fonctionnement. J’aime accompagner les gens dans leur chemin de vie. Car je crois que nous sommes ici pour vivre ce voyage jour après jour, dans l’ici et maintenant et non dans le passé ou le futur », dit Valérie Imbert-Kerambrun, Certified Meta Coach. Elle fait ressortir que « le coach guide le client à trouver la meilleure version de lui-même dans sa particularité et son contexte. »
Dans quelle mesure le métacoaching introduit-il un concept différent en matière de développement humain ?
Le métacoaching est un terme utilisé pour décrire une forme avancée de coaching qui vise à aider les individus et les groupes à améliorer leur capacité à apprendre, à penser et à performer à leur meilleur niveau. Il va au-delà des méthodes de coaching traditionnelles en s’attaquant aux processus de pensée, croyances et schémas sous-jacents qui influencent le comportement et les résultats d’une personne.
Le mot « méta » dans métacoaching signifie aller au-delà ou transcender un concept donné afin d’obtenir une perspective de niveau supérieur. Dans le contexte du coaching, le métacoaching consiste à coacher le processus de coaching lui-même. Il s’agit d’aider les individus à développer une plus grande conscience de soi, de meilleures compétences en autorégulation, ainsi qu’une capacité accrue à apprendre et à s’adapter.
Le métacoaching peut inclure des techniques.
• Développement de la métaconscience : Aider les individus à prendre conscience de leurs propres schémas de pensée, croyances et émotions qui influencent leurs actions et décisions.
• Reformulation (Reframing) : Encourager les individus à revoir leurs perspectives et leurs suppositions à propos d’une situation, ce qui peut mener à des modes de pensée et à des résolutions de problèmes plus productifs.
• Feedback et feedforward : Fournir un retour sur le processus de coaching de l’individu et l’aider à définir des objectifs et des plans d’action pour améliorer ses compétences de coaching.
• Modélisation de l’excellence : Identifier et étudier des modèles et des techniques de coaching performants afin d’en reproduire l’efficacité.
• Questionnement et exploration : Utiliser des questions ciblées pour aider les individus à explorer leurs processus mentaux, à dévoiler leurs croyances limitantes et à découvrir de nouvelles perspectives.
• Programmation neurolinguistique (PNL) : Intégrer des techniques de PNL pour comprendre et modifier les schémas de pensée et de comportement en vue d’une performance améliorée.
• Autorégulation : Aider les individus à développer leur intelligence émotionnelle, leur capacité d’autogestion, ainsi que leur aptitude à rester concentrés et résilients sous pression.
• Création de boucles de rétroaction : Mettre en place un cycle continu de réflexion, d’apprentissage et d’amélioration pour renforcer les compétences de coaching et les résultats obtenus.
Le métacoaching est souvent utilisé par des coachs expérimentés, des consultants et des professionnels qui souhaitent atteindre un niveau de maîtrise supérieur dans leur pratique du coaching. Il ne s’agit pas seulement d’aider les clients à atteindre leurs objectifs, mais aussi d’améliorer la possibilité du coach à faciliter le changement positif et la croissance.
Comment peut-on agir sur les structures de pensée dans une société pluriconfessionnelle comme la nôtre avec des vécus personnels qui trouvent parfois leurs sources dans l’île Maurice coloniale ?
Le coach n’impose pas ses structures de pensées - il ne s’agit pas de nous, il s’agit de la personne. Le coach va à la rencontre du client, de sa croyance, de son éducation et/ou de son conditionnement à travers une écoute active dénuée de tout jugement. Le coaching, c’est cette conversation en profondeur qui ressemble à une danse entre le coach et le client, une cocréation créative du meilleur résultat possible autour d’un problème identifié, ou un accompagnement pour repérer les croyances limitantes, les cadres de pensée ou les émotions qui, à ce moment-là, empêchent le client de se sentir pleinement autonome. Le coach guide le client à trouver la meilleure version de lui-même dans sa particularité et son contexte. Si le client est confortable ou même « empowered » par certaines de ses autres croyances qui, au contraire, sont des structures de pensées ‘ressourçantes’, il choisit de les conserver. Après, j’avoue que venir d’un pays multiculturel et multireligieux me permet de comprendre plus rapidement des dimensions autant occidentales qu’orientales.
Est-ce que tout le monde part dans le marché du travail avec les mêmes chances et les mêmes convictions de réussite à tous les niveaux, compte tenu que les capitaux sociaux - pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu - varient d’une communauté à l’autre ?
Alors non, nous ne sommes pas égaux face à la réussite, et plus encore, nous ne sommes pas égaux dans la manière dont nous percevons cette réussite. Pour certains, réussir signifie atteindre des sommets visibles, accumuler des preuves extérieures de succès. Pour d’autres, c’est tenir debout, traverser les épreuves, résister et transmettre. Et si nous changions de regard ? Si nous cessions de comparer les trajectoires pour reconnaître la richesse des chemins ? Car derrière chaque réussite se cache une histoire invisible : des appuis ou leur absence, des héritages ou des ruptures, des facilités ou des combats silencieux, profonds.
Que dites-vous aux Mauriciens en cette période de toutes les incertitudes ?
Dans un monde dans lequel tout évolue sans cesse, la seule certitude que nous avons, c’est le changement. Savoir l’accueillir, s’y adapter et s’en nourrir devient alors notre plus grande force. Plus que jamais, dans ces temps incertains et fragiles, la résilience est la qualité essentielle qui nous permet de faire face, de nous relever, surtout continuez à avancer avec sens, guidés par vos valeurs.
Dans un monde dans lequel l’image sature – info ou intox - quelles sont les histoires inspirantes et le sont-elles de manière concrète ?
À l’ère du paraître, savoir reconnaître l’être devient une forme de lucidité. L’image projette, amplifie, parfois déforme, tandis que l’être se révèle dans la constance, les actes et la cohérence silencieuse. Apprendre à distinguer le vrai, c’est aller au-delà des apparences, questionner, observer dans la durée, ressentir ce qui sonne juste. Ce n’est pas se méfier de tout, mais affiner son regard. Car le vrai ne cherche pas à impressionner : il s’incarne, simplement, dans l’alignement entre ce que l’on montre, ce que l’on dit et ce que l’on fait.
De nombreux jeunes veulent une vie matérielle réussie hic et nunc, sans devoir attendre des années avant de gouter aux plaisirs ‘épicuriens’, que leur dites-vous ?
Je pense qu’ils ont raison de vouloir vivre dans l’ici et le maintenant et pas par procuration, car c’est dans le hic et nunc que l’être se révèle — dans la présence, dans l’authenticité, dans ce qui est vécu, pleinement. Nous avons à apprendre d’eux sur cette partie. Cependant, à mon tour, je leur apprendrais la patience, la persévérance et à savoir se donner les moyens d’obtenir et de mériter ce qu’ils souhaitent.
Quelles sont les conditions que vous mettez en place afin de créer cette relation de confiance avec les personnes que vous coachez ?
Il s’agit de créer une bulle de sécurité – sécurité physique déjà : le lieu est important et j’ai un lieu magique qui s’y prête pour les recevoir – ensuite sécurité psychologique : un espace dans lequel le client se sent écouté activement, non jugé, compris, respecté, en confiance pour être ouvert et vulnérable, pour pouvoir sortir de sa zone de confort et toucher à sa transformation. Il est important de pouvoir reconnaître ses émotions et de créer un environnement bienveillant.
De nos jours, quels sont les signes de réussite/succès matériels qui influencent jeunes et moins jeunes, en quoi croient-ils et à qui font-ils confiance ?
Dans une récente étude nationale sur la génération Z au travail à Maurice, j’ai été agréablement surprise de constater que malgré des différences de besoins et d’envies, et contrairement aux clichés, la majorité des jeunes aspire à une vie “classique” : stabilité, famille, sécurité. Un bonheur qui ne diffère pas trop du nôtre. Elle souhaite planifier son avenir.
C’est la première génération entièrement née dans le monde numérique, donc elle se compare, est anxieuse et aspire à vivre confortablement. Elle a grandi avec les réseaux sociaux, elle demande à ChatGPT ce qu’il faut faire pour résoudre ses petits problèmes, elle est consciente des crises climatiques et intègre beaucoup plus que nous le monde dans lequel elle vit, elle a connu la pandémie et une certaine précarité économique. Elle cherche la sécurité, mais aussi l’authenticité. Elle ne veut pas seulement réussir… Elle veut comprendre pourquoi elle travaille et à quel prix.
Est-ce que les milieux parental et scolaire parviennent à structurer le mental des apprenants ?
Les milieux parental et scolaire posent les bases du mental des apprenants : la famille transmet valeurs, confiance et curiosité. Nous les écoutons, tentons de comprendre leurs différences et singularités, et nous les encadrons en leur expliquant les nôtres et celles de la société dans laquelle ils vont évoluer. L’école, elle, organise le savoir, la méthode et la socialisation. Mais ni l’un ni l’autre ne suffit : le contexte, les relations et la capacité à encourager la résilience façonnent autant la force mentale. Structurer le mental, c’est un processus vivant et partagé, dans lequel chaque expérience compte.
Depuis ces derniers temps, le terme ‘féminicide’ est apparu dans l’actualité, est-il de même nature que celui qui existe dans certaines sociétés patriarcales ? Correspond-il aux mêmes réalités qui caractérisent ces pays dans leurs rapports hommes femmes ?
Dans certaines sociétés patriarcales, le féminicide reflète un système global de domination masculine où la violence envers les femmes peut être tolérée ou banalisée. Chez nous, il s’agit plutôt d’actes ciblés, souvent liés à des conflits individuels, sans que ceux-ci traduisent un système social qui légitime la domination masculine. Dans tous les cas, ces violences restent graves et montrent l’urgence de reconnaître et de prévenir la vulnérabilité spécifique des femmes (et des enfants). Je déplore le fait que ce terme soit de plus en plus dans les médias, mais la parole se libère, plusieurs ONG travaillent pour une île Maurice plus inclusive et plus juste ; c’est un bon début, mais il y a encore un gros travail.
Les compagnies privées/publiques sont-elles sensibles aux soutiens des coaches pour accompagner leurs salariés ? Sont-elles prêtes à y mettre les moyens ?
Je travaille actuellement plus avec des sociétés privées (mais j’aimerais beaucoup toucher plus de compagnies publiques ou d’ONG) pour aller plus près de toutes les strates de la population. Les compagnies privées sont de plus en plus sensibles, pour leur part, au coaching, car elles réalisent que l’employé et l’humain ne font qu’un et que de prendre soin de l’humain en fait un meilleur employé plus reconnaissant dans son entièreté, rendant la démarche durable. Le coaching est remboursé par la MQA tout comme la formation selon la contribution de l’entreprise à la HRDC. J’ai aussi une part de ma clientèle qui vient à moi directement parce qu’elle est consciente de vouloir travailler sur son développement personnel au-delà du professionnel uniquement. Les problématiques de relation à l’autre ou en couple, de parentalisation, d’estime de soi, de recherche de sens sont des chemins à explorer vers l’apaisement et la sérénité.
Il y a certains exemples dans lesquels le coaching s’apparente à une certaine forme d’accompagnement psychanalytique qui provoque la dépendance. Comment s’en prémunir si cela s’avère ?
On a tous besoin de coaching à un détour de la vie pour avoir de la clarté sur une situation, pouvoir prendre une décision, planifier, trouver des ressources pour résoudre un problème, opérer un changement, une confrontation ou une médiation.
Le coach est en charge de la structure et de la stratégie, le ‘coachee’ reste expert de sa vie dans cette cocréation. Mon objectif est de rendre le sujet (qui est déjà sain s’il n’est pas en psychanalyste) meilleur en le challengeant vers un meilleur futur (comme un coach sportif le fait aux abords du terrain). D’ailleurs, lorsqu’un résultat est obtenu, nous le félicitons d’avoir accompli sa part du travail. C’est comme lorsqu’on est parent, on élève nos enfants pour les voir autonomes et voler de leurs propres ailes. C’est ce que je ressens quand un accompagnement est terminé.
Le coaching est-il complètement ‘éloigné’ des concepts religieux, des enseignements et conseils pratiques de ceux-ci ?
Le coaching n’est pas religieux, mais il n’est pas totalement éloigné des enseignements spirituels. Comme certaines traditions, il aide à clarifier ses valeurs, à prendre conscience de ses choix et à développer son potentiel. La différence est que le coaching reste séculier, pratique et centré sur l’individu, sans dogme ni prescription morale. En élargissant la conscience, en lâchant prise et en apprenant à faire confiance, le coaching vous élève à une autre dimension de vie, vous aide à relativiser sur les petits soucis quotidiens et à vous positionner au sein d’un tout harmonieux.
Le métacoaching, c’est faciliter ce processus en posant des questions pertinentes qui vont guider le client dans des zones de son esprit dans lesquelles il n’est jamais allé. C’est lui donner la permission de réfléchir à ses intentions les plus profondes, à sa manière de penser, de ressentir, d’agir et de s’exprimer. C’est une exploration de soi et de son but dans la vie.
Le métacoaching, c’est amener le client à comprendre son intérieur, celui qui influence l’extérieur. C’est se libérer de notre matrice préétablie et de nos conditionnements pour créer la vie que l’on souhaite vraiment. Je suis passionnée par l’être humain et par son fonctionnement. J’aime accompagner les gens dans leur chemin de vie, car je crois que nous sommes ici pour vivre ce voyage jour après jour, dans l’ici et maintenant, et non dans le passé ou le futur. Je crois que nous avons déjà en nous tout ce qu’il faut pour ressentir la magie. Il suffit de déverrouiller, d’écouter et de se reconnecter à soi-même.
J’aime le métacoaching parce que c’est puissant. J’aime contribuer à ces moments de “aha” – ces instants d’intuition, de découverte de soi – ces prises de conscience qui permettent au client de reprendre le volant de sa vie avec une intention claire.
Le coaching, c’est aider le client à découvrir l’or qu’il porte en lui, l’essence de son but. C’est libérer son potentiel et rencontrer tant d’âmes magnifiques. En donnant, on reçoit, on apprend et on grandit énormément aussi en tant que coach – j’aime le métacoaching, cela me nourrit profondément.
De manière parfois régulière, des coaches en entreprise de pays étrangers viennent donner des conférences à Maurice. Quelle valeur accordée à leurs propos ?
Maurice adore les consultants et coachs étrangers. Notre côté insulaire fait qu’on pense toujours que l’herbe est plus verte ailleurs et on sous-évalue un peu, par manque de confiance, nos expertises et compétences locales. Je dirais que nous avons tous besoin de nous enrichir de personnes inspirantes, d’élargir nos horizons de modèles ou de stratégies internationaux ou de puiser dans les bonnes pratiques venant d’ailleurs. Ce qui peut améliorer nos compétences. Après, quand il s’agit d’accompagnement de l’humain en métacoaching, je dirais qu’un Mauricien est mieux placé pour comprendre la pluralité et la complexité de notre réalité multiculturelle..