Urgence sanitaire - Maladies vectorielles : un comité interministériel en action
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Face à une recrudescence des maladies vectorielles et à neuf cas de leptospirose, dont trois décès, un comité interministériel de suivi et de coordination se met en place. Il sera présidé par le ministre de la Santé, Anil Bachoo. Une rencontre est prévue ce lundi.
La saison des pluies met à rude épreuve le système sanitaire mauricien. Confrontées à une hausse simultanée des cas de leptospirose, de chikungunya et à la menace de la dengue, les autorités sanitaires ont décidé de renforcer leur réponse. Un comité interministériel de suivi et de coordination, chargé de veiller à l’application de mesures adéquates pour le contrôle des rongeurs et des vecteurs de maladies, se réunit ce lundi au siège du ministère de la Santé.
Présidé par Anil Bachoo, il regroupe des représentants des ministères de l’Environnement, de l’Agro-industrie, de l’Économie bleue et de la pêche, des Collectivités locales, du Tourisme et du Solid Waste. Plusieurs départements du ministère de la Santé y participent également, dont le bureau de l’inspectorat sanitaire et la Vector Biology and Control Division (VBCD).
« Il est très important que nous puissions avoir la collaboration des autres ministères afin de mieux s’attaquer à ces problèmes », souligne le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé. Il précise que ce type de rencontre interministérielle se tient chaque année pour faire le point sur la situation et harmoniser les actions. À l’issue de la réunion de ce lundi, d’autres rencontres de coordination sont prévues dans les jours et semaines à venir, et de nouveaux acteurs pourront être impliqués selon l’évolution de la situation.
Sur le front de la leptospirose, le bilan est préoccupant. Avec la saison pluvieuse, neuf cas ont été identifiés et trois décès sont à déplorer. Le Dr Khodabocus souligne que la maladie est présente à travers toute l’île, même si davantage de cas ont été identifiés dans les régions du Sud.
Le climat joue un rôle déterminant dans cette recrudescence. « Le terrain est très favorable à la transmission de la leptospirose, qui est transmise par l’urine des rats », avertit le Dr Khodabocus. Il explique que les rats se rapprochent des habitations là où de la nourriture traîne, et insiste sur le fait que tous les produits alimentaires doivent être bien rangés afin de ne pas attirer les rongeurs.
La profession des personnes infectées constitue un facteur aggravant. La maladie touche principalement les travailleurs manuels tels que les laboureurs dans les champs ou les éboueurs. La Communicable Disease Control Unit (CDCU) du ministère de la Santé identifie les métiers les plus à risque ainsi que les moyens de sensibiliser davantage cette tranche de la population. « Ceux qui travaillent dans les professions à risque doivent prendre des mesures de protection pour éviter ce genre de contamination », explique notre interlocuteur. Ce dernier rappelle que le port de bottes et de gants est indispensable dans l’exercice de leurs fonctions.
« La leptospirose est causée par le contact avec l’urine des rats infectés, qui peuvent contaminer l’eau en temps de pluie. Ceux qui travaillent dans les champs, par exemple, sans être munis d’équipement de protection tel que des bottes ou des gants, peuvent être infectés en cas de blessure », dit-il.
Le Dr Khodabocus adresse également des mises en garde à l’ensemble de la population. Il recommande de laver les canettes de boisson avant de les ouvrir, car des rats ont pu marcher dessus. Il est aussi déconseillé de rester pieds nus, la bactérie leptospire pouvant pénétrer plus facilement dans le corps en cas de plaie ouverte.
La maladie est par ailleurs difficile à identifier, car ses symptômes - fièvre, douleurs musculaires ou articulaires - ressemblent à ceux d’autres maladies lors de la première phase. Sans traitement, les organes peuvent être atteints : jaunisse, insuffisance rénale, problèmes pulmonaires, cardiovasculaires ou respiratoires peuvent survenir, nécessitant une hospitalisation.
Dans 10 à 20 % des cas, les patients peuvent décéder. « Si la prise en charge n’est pas faite rapidement, la maladie peut affecter les reins, le foie, et le patient peut aussi avoir des difficultés respiratoires », prévient le Dr Khodabocus. « C’est une maladie grave qu’il ne faut pas banaliser », indique-t-il.
La recrudescence des cas de leptospirose à Maurice et à La Réunion inquiète la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP). Son président, Reaz Chuttoo, relie cette situation aux conditions climatiques favorisant la prolifération des rongeurs et à l’accumulation de déchets. Il plaide pour la reconnaissance effective de la Convention 191 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les risques biologiques, qu’il juge essentielle pour la protection des travailleurs exposés.
Le syndicaliste dénonce également l’absence de réglementation contraignante sur la collecte des déchets. Malgré un projet soumis depuis quinze ans, aucun règlement spécifique n’a été adopté. Une disposition du Cleaning Enterprises Remuneration Order de 2013 prévoyait que les travailleurs ne soient pas en contact direct avec les déchets, mais elle n’a pas force de loi, ce qui limite son efficacité en matière de santé et sécurité au travail.
Pour Reaz Chuttoo, les récents décès liés à la leptospirose doivent servir d’électrochoc pour les décideurs politiques. Il avertit que la CTSP n’exclut pas des actions légales si aucune mesure concrète n’est prise. « Trop, c’est trop. La CTSP devra envisager des actions légales pour sauver des vies », insiste-t-il, rappelant que la prévention et la réglementation sont cruciales pour protéger les travailleurs exposés aux risques biologiques.
Concernant le chikungunya, la situation est également préoccupante. « La situation est en train d’empirer au lieu de s’améliorer, en dépit des mesures qui ont été prises jusqu’à présent », a indiqué le Dr Khodabocus. Le samedi 21 février, 11 nouveaux cas ont été détectés à Camp-Levieux, Mont-Roches Plaisance, Roches-Brunes, Sainte-Croix, Stanley et Trèfles, déjà identifiés comme zones à risque. Pour le directeur par intérim des services de santé, ce qui était considéré comme un petit foyer est devenu un gros foyer en dépit de toutes les dispositions prises pour circonscrire la maladie. De nouvelles mesures seront sans doute annoncées à l’issue de la rencontre multisectorielle de ce lundi au siège du ministère de la Santé.
Selon le constat, la maladie commence désormais à se répandre dans d’autres régions, avec des cas signalés à Quatre-Bornes, Vacoas, Khoyratty, Calodyne, Sainte-Croix, Cité La Cure et Pamplemousses. Depuis le début de l’année, 117 cas locaux ont été détectés à Maurice, et le pays compte une quarantaine de cas actifs. « La majorité des cas ont été détectés dans les localités de Plaisance, Roches-Brunes et Stanley avec plus de 70 % des cas recensés » souligne le Dr Khodabocus. Il lance à nouveau un appel à la vigilance, mais aussi au respect des mesures de prévention afin de se protéger contre les piqûres de moustiques, et appelle également à tout mettre en œuvre pour empêcher leur prolifération.
Concernant la dengue, quelques cas importés ont été enregistrés, mais aucun problème particulier n’a été noté à ce stade.