Faits Divers

Une travailleuse du sexe privée de son enfant - Sharonne : «Rendez-moi ma fille»

Sharonne La jeune maman tenant sa petite dans ses bras.

Sharonne a accouché d’une petite fille en bonne santé le 9 avril dernier. Elle pensait qu’elle pourrait rentrer chez elle avec l’enfant, mais elle se heurte au refus des autorités. Elle se demande si c’est parce qu’elle est une travailleuse du sexe. La jeune mère, qui souhaite à tout prix récupérer son bébé, lance un cri du cœur…

Elle s’appelle Anna (prénom modifié). Elle a un mois et elle attend que sa maman vienne la chercher. Sharonne, sa mère, n’a eu l’occasion de la bercer que de rares fois depuis qu’elle est née. La jeune femme, âgée de 28 ans, a tenu à témoigner à visage découvert, car elle estime être « victime de discrimination » au prétexte qu’elle est une travailleuse du sexe et ex-toxicomane. La venue de sa fille lui a fait prendre conscience de beaucoup de choses et elle veut absolument pouvoir s’occuper d’elle. 

« J’ai accouché par césarienne le 9 avril. Le bébé a alors été placé dans la Nursery de l’hôpital. Dès que j'ai pu marcher, je suis allée rendre visite au bébé. Par la suite, on m’a dit de faire une demande pour obtenir ma carte d’identité, sinon je ne pourrais pas m’en aller avec l’enfant. Je suis donc allée faire le nécessaire. Une fois les démarches terminées, je suis revenue la chercher. On m’a cette fois dit qu’il manquait son acte de naissance. » Elle a encore une fois obtempéré. Mais, il y a quelques jours, elle a appris que l’enfant n'allait pas rentrer avec elle. Fatiguée de se rendre d’un bureau à un autre, Sharonne a décidé de porter plainte à la Commission des Droits de l’homme.

Cela fait sept ans qu’elle est une travailleuse du sexe. Un métier qu’elle a choisi, dit-elle. « Je pense simplement que c’est un métier comme un autre ». Va-t-elle changer de métier si on lui rend l’enfant ? « Non », répond-t-elle d’emblée. « Je veux me battre pour que les travailleuses du sexe ne soient plus victimes de discrimination. Je veux qu’on me voie avant tout comme un être humain, comme une maman », dit-elle.

La jeune femme avance qu’elle a eu une enfance difficile et qu’elle fera en sorte de bien protéger sa fille : « Ma mère est décédée alors que je n’avais que neuf ans. Elle s’est suicidée. Mon père est devenu handicapé et c’est ma grand-mère, qui a aujourd’hui 78 ans, qui s’est occupée de moi ». Sharonne a été à l’école, a tenté de se faire une place en Suisse mais, en revenant à Maurice, a choisi de faire un métier de son choix : travailleuse du sexe. « Je n’en ai pas honte. Je veux que cesse toute cette hypocrisie autour du sexe ».

Aujourd’hui, elle affirme se battre également « pour toutes ces mamans travailleuses du sexe contraintes à être séparées de leurs enfants. Dans certains cas, elles ont appris que leurs enfants ont été adoptés. Elles n’ont même pas le droit de les voir. Je ne veux pas que cela m’arrive. Non, jamais. Rendez-moi ma fille ! »


Le bureau de l’Ombudsperson for Children enquête

Pour Rita Venkatasawmy, la maman et l’enfant ont des droits et il ne serait pas judicieux de s’arrêter au fait qu’elle soit une travailleuse du sexe. « Je ne m’arrête pas du tout à cela. Pour moi, il est important de comprendre pourquoi la CDU a pris la décision de ne pas lui accorder la permission de récupérer son enfant. La CDU a pour mission de protéger les enfants et, selon la loi, si elle considère qu’un enfant est en danger dans sa famille, peu importe de qui il s’agit, elle se doit d’agir dans le meilleur intérêt de l’enfant », explique-elle.

Elle affirme qu’elle rencontrera bientôt la maman et qu’une enquête a démarré au niveau du bureau de l’Ombudsperson pour les enfants, afin de faire la lumière sur cette affaire.


Shameema Boyroo de Parapli Roux : «Nous assurerons un suivi strict»

Shameema Boyroo, Communication Mobilisation Officer chez Parapli Rouz estime que les raisons évoquées par la CDU pour refuser la garde à la mère sont « floues et peu convaincantes ». Elle avance que Sharonne est suivie par l’organisation et qu’elle a montré beaucoup de détermination : « Elle a fait des efforts notamment en suivant un traitement à la méthadone, décidée à ne plus toucher à la drogue. Elle a aussi fait toutes les démarches que les autorités ont exigées. Il faut lui rendre son enfant, c’est son droit mais aussi le droit de l’enfant de se retrouver avec sa mère ».

Shameema Boyroo avance également que Parapli sera en contact permanent avec Sharonne. « Un officier de Parapli Rouz a été chargé de lui rendre visite tous les jours pour s’assurer que tout se passe bien. Sharonne continue aussi son programme d’autonomisation au sein de l’organisation au moins deux fois par semaine ».

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