Un vaccin unique pourrait protéger contre la toux, le rhume et toutes les formes de grippe, selon des chercheurs
Par
Defimedia.info
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Un simple vaccin administré par spray nasal pourrait, à terme, protéger contre l’ensemble des toux, rhumes et grippes, mais aussi contre certaines infections pulmonaires bactériennes - et même atténuer des allergies. C’est l’hypothèse avancée par des chercheurs de l’Université Stanford, aux États-Unis. C’est ce que rapporte la BBC sur son site web ce vendredi.
Testé pour l’instant uniquement chez l’animal, ce « vaccin universel » doit encore faire l’objet d’essais cliniques chez l’humain. Ses concepteurs parlent d’une « rupture radicale » avec plus de deux siècles de conception vaccinale.
Une approche inédite
Jusqu’ici, les vaccins fonctionnent selon un principe bien établi : entraîner le système immunitaire à reconnaître un agent pathogène précis. Le vaccin contre la rougeole protège contre la rougeole, celui contre la varicelle contre la varicelle. Une méthode héritée des travaux pionniers d’Edward Jenner à la fin du XVIIIe siècle.
La nouvelle approche, détaillée dans la revue scientifique Science, ne vise pas à cibler un virus spécifique. Elle imite plutôt la manière dont les cellules immunitaires communiquent entre elles.
Administré par voie nasale, le vaccin place certains globules blancs présents dans les poumons - les macrophages - en état d’« alerte orange », prêts à intervenir rapidement quelle que soit l’infection qui tente de pénétrer dans l’organisme. Chez l’animal, cet état de vigilance a duré environ trois mois.
Les chercheurs ont observé une diminution spectaculaire - de 100 à 1 000 fois - du nombre de virus parvenant à franchir la barrière pulmonaire. Et lorsque certains agents pathogènes réussissaient malgré tout à passer, le reste du système immunitaire se mobilisait « à une vitesse fulgurante », selon le professeur Bali Pulendran, spécialiste de microbiologie et d’immunologie à Stanford.
Le vaccin a également démontré une efficacité contre deux bactéries : Staphylococcus aureus et Acinetobacter baumannii.
Une protection élargie… et des effets sur les allergies
Selon le Pr Pulendran, ce vaccin déclenche « une réponse beaucoup plus large », potentiellement efficace non seulement contre la grippe, le Covid-19 ou le rhume, mais « contre pratiquement tous les virus testés, ainsi que contre diverses bactéries — et même contre certains allergènes ».
Fait notable : le mécanisme semble aussi réduire la réaction immunitaire aux acariens domestiques, responsables de nombreuses formes d’asthme allergique.
Pour la professeure Daniela Ferreira, spécialiste de vaccinologie à l’Université d’Oxford, qui n’a pas participé aux travaux, il s’agit d’« une recherche vraiment passionnante ». Si les résultats se confirment chez l’humain, cette avancée pourrait « transformer notre manière de protéger les populations contre les infections respiratoires courantes », souligne-t-elle.
Des interrogations majeures
Malgré l’enthousiasme, de nombreuses questions demeurent.
L’administration par spray nasal suffira-t-elle chez l’humain ou faudra-t-il recourir à un nébuliseur pour atteindre les zones profondes des poumons ? La durée de l’état d’alerte immunitaire sera-t-elle comparable à celle observée chez la souris ?
Les différences entre le système immunitaire humain et celui des animaux, façonné par des décennies d’infections successives, pourraient modifier les résultats.
Les chercheurs prévoient désormais des essais cliniques incluant des volontaires vaccinés puis exposés de manière contrôlée à un agent infectieux, afin d’évaluer la réponse de leur organisme.
Autre point de vigilance : stimuler durablement le système immunitaire pourrait entraîner des effets indésirables. Jonathan Ball, professeur de virologie moléculaire à la Liverpool School of Tropical Medicine, met en garde contre le risque de « tirs amis », si un système immunitaire maintenu en hypervigilance déclenchait des réactions inflammatoires excessives.
Les chercheurs américains précisent toutefois que ce vaccin n’a pas vocation à remplacer les vaccins existants, mais plutôt à les compléter.
Un outil stratégique face aux pandémies ?
Dans les premières phases d’une pandémie - comme au début de l’année 2020 avec le Covid-19 - un vaccin universel pourrait offrir une protection temporaire, sauver des vies et gagner un temps précieux en attendant la mise au point d’un vaccin ciblé.
Autre scénario envisagé : un spray saisonnier administré au début de l’hiver pour renforcer l’immunité contre la multitude de virus respiratoires circulant durant cette période.
Si la prudence reste de mise, les chercheurs estiment que cette approche pourrait, à terme, réduire significativement la mortalité et la sévérité des infections respiratoires, tout en renforçant la résilience immunitaire des populations.