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Un appel téléphonique « fou » entre Trump et Netanyahu complique les discussions avec l’Iran

Par Defimedia.info
Publié le: 4 June 2026 à 09:52
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Donald Trump et Benjamin Netanyahu

Donald Trump est devenu le dernier président américain à se retrouver en désaccord avec Benjamin Netanyahu, après un échange téléphonique tendu avec le Premier ministre israélien au sujet des opérations militaires au Liban, lesquelles ont plongé les efforts diplomatiques de Washington avec l’Iran dans l’incertitude.

Téhéran a réagi aux frappes israéliennes au Liban en menaçant de suspendre les discussions avec les États-Unis, ce qui pourrait compromettre les efforts de Donald Trump visant à sortir d’une guerre impopulaire avec l’Iran.

Interrogé au sujet d’un article du média Axios affirmant qu’il avait qualifié Benjamin Netanyahu de « complètement fou » et l’avait accusé d’ingratitude lors d’un appel téléphonique lundi, Donald Trump n’a pas nié.

« Oui, je l’ai fait », a-t-il déclaré dans le podcast Pod Force One, diffusé mercredi. « Je ne dirais pas que j’étais en colère. J’étais un peu contrarié par ses combats constants avec le Liban. »

Trump a toutefois ajouté : « J’apprécie beaucoup Bibi (surnom de Netanyahu) et je travaille très bien avec lui. »

Il est loin d’être le seul président américain à s’être heurté au dirigeant israélien. Benjamin Netanyahu a une longue histoire de relations tendues avec la Maison-Blanche, tout en réussissant généralement à surmonter les conséquences politiques de ces différends.

Des intérêts qui divergent

Cette nouvelle friction intervient alors que Donald Trump envisage un accord permettant de prolonger le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran et d’ouvrir la voie à des discussions sur l’avenir du programme nucléaire iranien.

La réouverture du détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle pour le commerce mondial, est également en jeu.

Benjamin Netanyahu a minimisé toute idée de tension avec son allié américain.

« Comme dans les meilleures familles, nous avons parfois des désaccords tactiques », a-t-il déclaré mercredi à CNBC. « Nous trouvons toujours un moyen de les résoudre et nous le faisons en tant que grands amis. »

Il a ajouté qu’ils pouvaient « être en désaccord le matin et tomber d’accord l’après-midi ».

Des experts estiment toutefois que cet échange pourrait révéler une frustration croissante à la Maison-Blanche concernant l’alignement des objectifs militaires et politiques américains et israéliens, près de cent jours après le lancement des frappes contre l’Iran le 28 février.

« Netanyahu a une longue tradition de suivre sa propre voie, indépendamment de ce qu’il entend à Washington », explique Brett Bruen, ancien diplomate américain et président de l’agence de communication de crise Global Situation Room.

Selon lui, Donald Trump « a décidé de s’engager à ses côtés et découvre aujourd’hui à quel point il est difficile de mener une guerre avec un dirigeant imprévisible dont l’agenda ne correspond pas toujours à ses propres priorités ».

Le Liban au cœur des tensions

De manière générale, Donald Trump et Benjamin Netanyahu partagent un objectif commun : empêcher l’Iran de développer ou de posséder l’arme nucléaire.

Cependant, leurs intérêts divergent sur le dossier libanais. Israël s’est engagé à poursuivre ses opérations contre le Hezbollah, soutenu par l’Iran, alors même que les discussions entre Washington et Téhéran se poursuivent. L’Iran exige, pour sa part, que tout cessez-le-feu englobe également le Liban.

Cette situation intervient alors qu’une part croissante de l’opinion publique américaine se montre critique à l’égard du soutien historique des États-Unis à Israël.

Un sondage du Pew Research Center publié en avril révèle que 60 % des Américains ont désormais une opinion défavorable d’Israël, contre 42 % avant le début de la guerre contre le Hamas en 2023.

Plusieurs personnalités conservatrices ont également critiqué ce qu’elles considèrent comme l’influence d’Israël dans la décision de Donald Trump d’entrer en guerre contre l’Iran, une accusation rejetée à la fois par la Maison-Blanche et par Benjamin Netanyahu.

Parmi ces critiques figure Joe Kent, ancien directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, qui a démissionné en mars, affirmant croire que « cette guerre a été déclenchée sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».

Le groupe de pression pro-israélien American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a réagi en accusant Joe Kent de reprendre « de vieux stéréotypes antisémites ».

Une nécessité politique pour Trump ?

Dans ce contexte politique, certains observateurs estiment que Donald Trump a intérêt à prendre ses distances avec Benjamin Netanyahu afin de répondre aux critiques grandissantes aux États-Unis.

« Il existe aujourd’hui une nécessité politique de créer une séparation visible entre Israël et les États-Unis », estime Brett Bruen.

« Que ce soit au Liban ou à Gaza, certaines décisions prises par Netanyahu sont devenues politiquement problématiques, même pour Trump et les républicains. »

Une relation historiquement compliquée

Benjamin Netanyahu a déjà entretenu des relations difficiles avec plusieurs présidents américains.

Il s’était notamment opposé à Bill Clinton au sujet de la mise en œuvre des accords d’Oslo.

Ses relations avec Barack Obama avaient également été particulièrement tendues, notamment après un discours prononcé devant le Congrès américain en mars 2015 sur la politique envers l’Iran, organisé sans que la Maison-Blanche n’en soit informée.

Plus récemment, ses rapports avec Joe Biden se seraient détériorés après qu’il eut accusé les États-Unis de retenir des livraisons d’armes et de munitions, des propos qualifiés par des responsables américains de « frustrants » et « profondément décevants ».

« Il a entretenu des relations extrêmement compliquées avec les présidents américains », souligne Natan Sachs, spécialiste des relations américano-israéliennes au Middle East Institute de Washington.

« C’est un négociateur très difficile, non seulement parce qu’il est coriace, mais aussi parce qu’il est extrêmement méfiant », ajoute-t-il.

Une alliance toujours solide ?

Donald Trump avait déjà exprimé son irritation à l’égard de Benjamin Netanyahu. L’an dernier, il avait même utilisé une grossièreté devant les journalistes après des frappes israéliennes en Iran qui menaçaient un fragile cessez-le-feu à la fin de la guerre dite des « douze jours » avec Téhéran.

Malgré cela, leur relation est restée globalement positive. Benjamin Netanyahu a d’ailleurs souvent qualifié Donald Trump de « plus grand ami d’Israël » dans l’histoire des États-Unis.

« Avec Trump, Netanyahu a trouvé quelqu’un prêt à bouleverser les règles traditionnelles de la politique au Moyen-Orient », explique Natan Sachs.

« C’est une approche qui lui convenait parfaitement. Il voulait changer les règles du jeu et renforcer la volonté des États-Unis et d’Israël de faire face militairement à l’axe iranien. »

Reste à savoir si ce récent désaccord modifiera durablement leur relation.

« Cela pourrait être significatif. Nous ignorons s’il s’agit d’un incident isolé ou du signe de tensions plus profondes », conclut Natan Sachs.

« Je ne l’exclurais pas. Le président a déjà changé d’avis sur de nombreuses personnes par le passé. »

Source : BBC

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