Un accident lui coûte sa mobilité : Nusrath, ou l’engrenage implacable d’une vie brisée

Par Reshad Toorab
Publié le: 1 février 2026 à 14:00
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nusrath
Il y a encore deux ans, elle gardait l’espoir de retrouver un peu de mobilité.
  • Après l’espoir de pouvoir remarcher, elle a dû être amputée
  • Endettée jusqu’au cou, elle se retrouve obligée de vendre sa maison

Le visage de Nusrath Karrimbuccus-Doomun porte les marques d’un combat long de plusieurs années. Une fatigue profonde s’y lit, mais aussi une dignité intacte, presque silencieuse. Enseignante et mère de deux enfants, elle se bat depuis le 9 mai 2017, jour où un grave accident de scooter a broyé son pied droit, faisant basculer sa vie dans une spirale médicale, financière et humaine dont elle ne s’est jamais relevée.

Avant l’accident, Nusrath menait une existence simple et stable. Elle enseignait, s’occupait de ses enfants et construisait, comme tant d’autres, un quotidien fait de routines et de projets modestes. En quelques secondes, tout s’est effondré. Clouée d’abord au lit, puis contrainte au fauteuil roulant, elle entame alors un interminable parcours médical. À ce jour, Nusrath a subi plus de 90 interventions chirurgicales, à Maurice comme en Inde, dans l’espoir de retrouver une mobilité devenue inaccessible. Des années de blocs opératoires, de rééducation, de douleurs chroniques, sans jamais abandonner son métier d’enseignante, qu’elle continue d’exercer malgré son handicap.

Grâce à un premier élan de solidarité, Nusrath a pu survivre à des interventions cruciales et poursuivre ses soins. Mais aujourd’hui, après des années de lutte, la situation s’aggrave à nouveau, tant sur le plan médical que financier. Les ressources sont épuisées, et son état nécessite encore des traitements lourds et urgents.

Le 7 novembre 2024, Nusrath quitte une nouvelle fois Maurice pour l’Inde, accompagnée de son époux. Ce départ est celui de l’ultime espoir : retrouver l’usage de sa cheville et, peut-être, une vie un peu plus autonome. Mais ce voyage médical marque aussi le début d’un engrenage destructeur.

Peu après son arrivée, une violente dispute éclate au sein du couple. La séparation officielle avec son mari devient inévitable. Celui-ci rentre seul à Maurice, laissant Nusrath immobilisée, vulnérable, livrée à elle-même dans un pays étranger. Le 1er décembre 2024, leur fille la rejoint en Inde, devenant son unique soutien dans l’épreuve.

Entre science et risque vital

Les semaines suivantes sont rythmées par une série d’examens médicaux lourds. Analyses complexes, tests invasifs et même des examens utilisant des substances radioactives sont menés afin de déterminer quel traitement pourrait améliorer l’état critique de sa cheville, jusque-là condamnée à l’immobilité.

Un médecin, le Dr Ayush Jain, propose alors une solution radicale : un « pin treatment », censé éliminer la douleur atroce. Il s’agirait d’introduire des broches à travers la moelle osseuse afin de briser des nerfs bloqués. Le médecin exige une attestation écrite de Nusrath confirmant qu’elle accepte seule la responsabilité en cas de complications graves, voire fatales. Face à ce risque direct sur sa vie, elle refuse.

Les orthopédistes considèrent alors une autre option : la reconstruction de la cheville. Le 17 mars 2025, après des mois d’attente et d’angoisse, Nusrath subit une intervention chirurgicale délicate. À ce moment-là, elle est déjà en Inde depuis près de cinq mois. L’argent récolté lors de la quête a été entièrement englouti : billets d’avion, examens, médicaments, soins médicaux à domicile, suivis hospitaliers, hébergement en guesthouse, dépenses de base pour elle et sa fille, sans oublier les renouvellements mensuels de visas, extrêmement coûteux.

Après l’opération, les médecins imposent un sick leave strict de trois mois. Aucun voyage n’est autorisé. L’intervention est trop délicate. Pendant que le corps tente de guérir, les factures, elles, continuent de s’accumuler. Sur le plan médical, l’opération semble pourtant être un succès. La cheville est réparée. Une phase de rééducation est planifiée. Nusrath commence même à poser le pied au sol. 

Mais la réalité financière rattrape brutalement l’espoir médical. Elle n’a plus de moyens pour poursuivre la réhabilitation. Ce qui suit est décrit par ses proches comme un véritable enfer. Des sensations étranges apparaissent dans son pied. Des mouvements incontrôlables, une douleur inexplicable. À l’hôpital Artemis de l’Inde, Nusrath multiplie les allers-retours. Les examens ne révèlent rien de concluant. Personne ne voit ni ne ressent ce qu’elle endure.

La descente aux enfers

Les mois suivants sont catastrophiques. Nusrath est en leave without pay. Aucun salaire. Les prêts ne sont plus remboursés. Les dettes s’accumulent. Le propriétaire du logement la menace. Certaines factures restent impayées. La Mutual Aid engage même une procédure légale. Nusrath est convoquée en cour le 4 février 2026.

Physiquement diminuée, mentalement épuisée, psychologiquement fragilisée, financièrement étranglée, familialement isolée et légalement menacée, elle touche le fond. De nouveaux examens sont finalement réalisés. Le diagnostic tombe comme une sentence : un ulcère sévère, incontrôlable. L’amputation devient urgente. Inévitable. 

Grâce à l’aide d’Al Ihsaan et de plusieurs bons Samaritains, des fonds sont réunis. Le 3 octobre, Nusrath est amputée. Mais même après cela, la spirale ne s’arrête pas. Les soins se poursuivent. Les frais continuent. Les médecins déconseillent tout voyage. Pourtant, acculée par sa situation professionnelle et financière, Nusrath rentre à Maurice le 7 novembre 2025, un an jour pour jour après son départ.

Ce retour est un chaos. Sans argent, avec des soins incomplets, sous la pression constante des dettes, elle finit par prendre une décision déchirante : vendre sa maison. Une maison sacrifiée pour rembourser, survivre, continuer à se soigner. Pendant ce temps, le pied amputé se réinfecte.

Aujourd’hui, Nusrath vit sous surveillance médicale constante. Gravement allergique de naissance, elle ne supporte que des médicaments spécifiques. Même un antiseptique banal pourrait lui être fatal.

Nusrath Karrimbuccus-Doomun a besoin de Rs 700 000 pour poursuivre ses traitements médicaux urgents et couvrir les frais liés à ses soins, à son hébergement et à sa rééducation.Elle lance un appel à l’aide, et à la générosité. Des dons peuvent être effectués via Juice MCB au numéro 57051283, ou directement sur les comptes bancaires suivants :

  • MCB – Compte n° 000132341670
  • SBM – Compte n° 50300000857860

Chaque contribution, aussi modeste soit-elle, est précieuse et permet de soutenir cette mère courage dans sa lutte pour survivre et retrouver un minimum de mobilité.

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