Publicité

Uber à Maurice : des chauffeurs de taxi divisés

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 1 May 2026 à 11:30
Image
taxi
Réunis à Port-Louis, ces chauffeurs de taxi favorables à la plateforme Uber témoignent d’une nette amélioration de leurs revenus depuis leur inscription au service.

L’implantation de la plateforme Ala-lila, adossée à Uber, embrase le secteur du taxi à Maurice. Des chauffeurs affichent leur soutien au service, alors que d’autres dénoncent une concurrence déloyale et saisissent la justice.

L’implantation de la plateforme Uber à Maurice continue de susciter de vifs débats au sein de la profession des chauffeurs de taxi. Tandis qu’un groupe de chauffeurs s’est récemment réuni à Port-Louis pour afficher son soutien à l’application après près d’un mois d’utilisation, d’autres, non inscrits sur la plateforme, dénoncent une concurrence déloyale et ont saisi la justice.

Pour les partisans du service, le constat est sans équivoque : Uber a profondément transformé leur quotidien professionnel, notamment en inversant la logique traditionnelle de recherche de clientèle. Asraf Ramdin, secrétaire général de la General Taxi Owners Union (GTOU), résume cette évolution en soulignant que le service a « transformé » la vie des chauffeurs de taxi, dans la mesure où ils n’ont plus à aller à la recherche de passagers, mais sont désormais sollicités directement par ces derniers.

« Les chauffeurs de taxi qui ont opté pour ce service voient leur business mieux marcher et c’est une situation gagnant-gagnant entre les membres du public et les chauffeurs de taxi », affirme-t-il.

Chiffre d’affaires doublé

Selon lui, certains chauffeurs auraient vu leur chiffre d’affaires doubler, voire quadrupler, en l’espace d’une seule journée. La plateforme permettrait également d’appliquer des tarifs fixes et transparents, évitant ainsi aux clients « l’impression de se faire arnaquer par un prix exorbitant qui ne fait pas honneur à la famille des chauffeurs de taxi ».

Sur le terrain, les témoignages abondent dans le même sens. Irfaan Gopaul, chauffeur utilisant la plateforme, explique qu’auparavant, il devait se rendre physiquement sur une place de taxis pour trouver des clients. « Maintenant, c’est le travail qui vient vers moi », résume-t-il.

Il évoque également la question des trajets à vide, autrefois fréquents : « Avant, quand nous prenions une course sur la place de taxis, on retournait sans passager vers notre lieu de départ initial. Ce qui n’est pas le cas maintenant. Peu importe où on se trouve, on peut être sollicité pour faire une autre course et, en peu de temps, on peut couvrir nos frais en une journée de travail », explique-t-il.

Il met enfin en avant la transparence tarifaire offerte par l’application : « À travers l’application, les prix sont calculés à l’avance, ce qui est à l’avantage tant des chauffeurs que des passagers ».

Un autre chauffeur, Ashven, indique, selon les retours de passagers, que ces derniers préfèrent désormais être pris en charge directement à leur domicile, plutôt que de devoir se déplacer vers une place de taxis.

«Concurrence déloyale»

Ce tableau positif est loin de faire l’unanimité. KaYee Leung, président du Taxi Operators Welfare Fund, a récemment accompagné quatre chauffeurs lors d’une réunion avec le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed. Se disant porte-parole de collègues non enregistrés sur la plateforme Ala lila, qui utilise la technologie Uber, ils dénoncent une « concurrence déloyale » ayant réduit leur gagne-pain de près de 50 %. Ils réclament notamment que la National Land Transport Authority (NLTA) interdise l’accès aux aéroports et aux hôtels aux taxis ne disposant pas d’une base d’opération fixe.

Sur le plan judiciaire, une affaire opposant Vengidasamy Naick Ganeshen et 242 autres chauffeurs de taxi licenciés à Logidis Ltd, opérateur de la plateforme Ala lila, ainsi qu’à la NLTA, a été appelée le 27 avril 2026 devant le juge Azam Neerooa, siégeant en référé. Les plaignants estiment que plusieurs plateformes de transport en ligne, dont Uber, opèrent sans autorisation. Ils réclament une injonction interlocutoire visant à suspendre leurs activités. L’affaire a été renvoyée au 6 mai 2026, date à laquelle la NLTA devrait également faire connaître sa position.

Face à la montée des tensions, le gouvernement a mis sur pied un comité ministériel regroupant Anil Bachoo, Ajay Gunness et Osman Mahomed, chargé d’examiner la situation et de formuler des recommandations. Une première réunion de consultation s’est tenue le 29 avril au ministère des Transports terrestres.

Du côté de la GTOU, Asraf Ramdin balaie les critiques, affirmant que ceux qui contestent l’application « pa kone ki zot pe koze ». Il avance que plusieurs chauffeurs opposés au projet sont âgés et perçoivent déjà leur pension de vieillesse, suggérant que l’obligation de déclarer leurs revenus à la MRA pourrait expliquer leur position. Selon lui, la plateforme permettra au contraire à la NLTA de mieux encadrer le secteur.

Quelle est votre réaction ?
Publicité
À LA UNE