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Tué dans un accident de la route : Bradley Albert, 20 ans, fauché à l’aube de son ascension

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 3 May 2026 à 18:47
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Le jeune homme a perdu la vie, alors que tout lui souriait.
  • « Il avait des rêves plein les yeux », confient ses proches

Bradley Allan Albert avait 20 ans. Il était entrepreneur, fils aimant, un patron qui traitait ses employés comme une famille. Mardi, une collision sur la route côtière de Pointe-aux-Sables a tout emporté.

Il y a des gens qui grandissent vite, pas parce que la vie les y force, mais parce qu’ils sont ainsi faits – pressés de construire, pressés de prouver, pressés de vivre. Bradley Allan Albert était de ceux-là. Vingt ans, originaire de Cassis, déterminé, ambitieux, souriant, avec un grand cœur – ce sont les mots de ceux qui l’aimaient. 

Mardi après-midi, il a enfourché sa moto comme il le faisait chaque jour. Sur la route côtière de Pointe-aux-Sables, il a percuté un autobus. Le choc a été violent. Bradley est mort sur le coup, emportant avec lui tous ses rêves et aspirations, laissant, dit sa famille, « un gouffre immense ».

Derrière lui, il laisse ses parents dévastés, ses deux frères, sa belle-sœur, ses employés, et un ancien policier devenu chef d’entreprise qui dit qu’il savait, lui, que Bradley allait devenir quelqu’un de grand. Il laisse aussi une entreprise de nettoyage, un véhicule de société à son nom, et deux salariés dont il assumait les salaires chaque mois. 

Bradley avait étudié jusqu’en Grade 9. Il aurait pu continuer, mais il ne le souhaitait pas. Pas par paresse. Mais parce qu’il voyait ailleurs, plus loin, autrement. « Il voyait plus grand et savait qu’il pouvait réussir », explique sa belle-sœur Leticia. Là où d’autres auraient vu une impasse, Bradley voyait un point de départ.

L’école de la vie

Il commence alors à travailler dans le domaine du nettoyage avec un ami. Une période d’apprentissage au sens plein du terme : observer chaque geste, accomplir chaque tâche qu’on lui confie, se donner entièrement à ce qu’il fait. C’est à ce moment-là qu’il croise la route d’un homme qui allait compter dans sa vie : un ancien policier qui venait de quitter la force pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

« Je l’ai connu alors qu’il était encore très jeune », raconte cet homme dans l’hommage qu’il lui a consacré. « Il suivait mes lives sur TikTok pendant que j’étais encore dans la force policière. Plus tard, lorsque j’ai pris la décision de quitter la police pour lancer mon entreprise, Bradley est devenu mon tout premier employé. »

Entre eux deux s’installe rapidement quelque chose qui dépasse la relation de travail. Ils partagent des journées entières, des repas, des discussions, des efforts, des réussites. Et des leçons de vie. « Dès le départ, il s’est montré dévoué, courageux et prêt à apprendre. Il aimait le travail, surtout dans le domaine du nettoyage. Il n’avait pas peur de commencer petit, d’écouter, de se corriger et de progresser. Il n’était pas seulement un employé. Il était devenu quelqu’un que j’estimais profondément. »

Le travail bien fait

Ce que Bradley reçoit de ces années-là, c’est un socle : le travail bien fait, la discipline, la gestion, la responsabilité, l’esprit d’entreprise. « Même lorsque les débuts étaient difficiles, Bradley avait une qualité rare : il savait se remettre en question. Quand on lui expliquait qu’une chose devait être améliorée, il écoutait, il apprenait, et il avançait. Bradley a toujours essayé. Il n’a jamais baissé les bras. Il a continué à avancer avec courage, patience et détermination. »

À 18 ans, Bradley franchit le pas. Il monte sa propre structure dans le nettoyage de piscine. « C’était déjà un signe fort de son ambition et de son courage », dit son ancien patron. Puis vient l’entreprise de nettoyage plus large. « À seulement 20 ans, Bradley avait déjà créé son premier véhicule de compagnie. Il avait aussi sous sa responsabilité deux personnes qui travaillaient pour lui, avec des salaires à payer chaque mois. Pour un jeune de son âge, c’était déjà une grande responsabilité », racontent ses proches.

Adrien travaillait pour Bradley. Il choisit ses mots avec soin pour décrire ce que c’était que d’être employé par ce jeune homme de 20 ans : « Nou pa ti patron ek travayer, me plito nou ti enn fami. Sa se Bradley mem ki dir ar so labous ek osi si enn gagne, zot tou gagne ek profit ansam kouma enn fami. » C’était une façon de diriger, construite consciemment, jour après jour.

Les bénéfices étaient partagés, les problèmes aussi. Si un employé traversait une difficulté, Bradley voulait le savoir. « Li ti touzour a lekout so travayer. Si ena kit problem li dir bizin pa ezite pou dir li, pou nou trouv solision ansam », confie Adrien. 

À la maison, Bradley était le benjamin des trois frères. Mais les rôles s’étaient comme inversés naturellement, au fil du temps. C’est lui qu’on appelait. C’est lui qui conseillait, qui protégeait, qui était là. Il faisait preuve, disent tous ses proches, d’une maturité bien au-delà de son âge.

Jason, son frère, peine à trouver les mots justes. « Il était comme mon grand frère malgré ki li ti ena zis vin-t-an. Li’nn touletan soutenir mwa. Li ti zanti, zame li ti aksepte ki dimounn fer mwa dimal. Ek li’nn touletan donn mwa bon konsey. » Roy, son autre frère, renchérit : « Li’nn touzour la pou mwa, pe inport ki problem. Mo ti-frer pou mank mwa boukou. Li ti kouma mo garson. Mo’nn aprann tou. »

Un appui indéfectible

Leticia, la belle-sœur, avait en Bradley un appui indéfectible. « Il a toujours été présent pour nous. Il était comme un frère. Je savais que je pouvais compter sur lui à tout moment. » 

Quant à ses parents, ils cherchent encore leurs mots. « Bradley était un fils aimant. Li ti protekter anver la fami… Li res touzour mo ti-baba. E li enn garson ki ti bien respectueux, zame lev lavwa. Se enn gran pert pou nou. » 

Son mentor conclut son hommage par des mots qui résonnent au-delà du deuil : « Bradley avançait avec foi, avec force, et avec cette volonté de réussir que l’on voit rarement chez un jeune de son âge. Je savais qu’il allait devenir un grand entrepreneur. Je savais qu’il avait quelque chose de spécial. Il avait cette énergie, cette vision et cette envie de construire sa vie. »

Et puis, cette phrase, comme adressée directement aux jeunes qui liront ces lignes : « Même en commençant petit, avec du courage, de l’écoute, de la discipline et de la foi, il est possible de bâtir quelque chose de grand. Bradley a accompli des choses que beaucoup n’osent même pas commencer. Il a porté des responsabilités, il a travaillé, il a appris, il a construit, et il a inspiré. »

Pour les proches de Bradley, une chose est certaine désormais : l’entreprise doit continuer. Par fidélité. Pour que ce qu’il avait eu le courage de bâtir à 20 ans ne disparaisse pas avec lui. Pour honorer sa mémoire. « Il avait des rêves plein les yeux », disent-ils tous. Mais il avait déjà commencé à les rendre réels.

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