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Trivita Mathoora : aveugle, la pianiste voit son rêve se réaliser

Trivita Mathoora La musique est le compagnon de route de Trivita Mathoora.

Trivita Mathoora a perdu la vue à l’âge de 4 ans. 30 ans plus tard, elle détient une maîtrise et exerce comme Research Person in Braille au Loïs Lagesse Trust Fund (LLTF). Depuis juillet dernier, elle voit son rêve d’être pianiste se concrétiser.

Elle fait de son handicap sa force ! Avec le soutien de ses parents, elle se donne à fond dans tout ce qu’elle entreprend. Trivita Mathoora, âgée de 34 ans, est aveugle. Une fois par semaine, elle effectue le trajet entre Nouvelle France et Gros Cailloux pour assister à ses cours de piano. Ils sont dispensés par Gaëtan Sophie, directeur de l’école AMGaSop.

La jeune femme se passionne pour la musique depuis sa tendre enfance. « Mes autres sens se sont renforcés et mon ouïe a développé une sensibilité pour la musique. J’obtenais souvent des cadeaux desquels émanaient des morceaux musicaux. J’ai toujours eu un faible pour le violon et le piano. J’ai appris en autodidacte. Je n’ai pu apprendre un instrument plus tôt, car j’ai fait de mes études une priorité », dit-elle. Cette année, Trivita Mathoora décide de se lancer dans une aventure musicale, mais elle fait face à des refus de par son handicap. « Une amie m’a alors recommandée AMGaSop. J’ai essayé et le directeur m’a donné ma chance », dit-elle.

trivitaElle a cinq mois quand elle perd l’usage de son œil droit. Ses parents constatent qu’une lueur étrange émane de ses yeux. Le médecin diagnostique une rétinoblastome bilatérale. « Il s’agit d’une tumeur maligne à la rétine. Cette maladie est rare et touche surtout les enfants de moins de cinq ans. À travers l’association SACIM (Society for Aid to Children Inoperable in Mauritius), nous nous sommes rendus en Afrique du Sud. Le traitement n’a cependant pu estomper la maladie. Elle s’est répandue dans l’autre œil et j’ai ainsi perdu la vue à l’âge de quatre ans », se souvient-elle. Cette dernière ne retient que des visions floutées de son enfance, sans plus.

À cinq ans et demi, elle commence sa scolarité au LLTF à Beau-Bassin où elle apprend le braille et se consacre entièrement à ses études. Après le CPE (Certificate of Primary Education devenu aujourd’hui PSAC), elle est admise au Hindu Girls’ College à Curepipe. « C’était la première fois que je m’apprêtais à partager les salles de classe avec celles qui voient. Pendant sept ans, j’ai reçu le soutien nécessaire pour terminer mes études secondaires », dit l’aînée d’une fratrie de deux. Une nouvelle étape l’attend à l’Université de Maurice. Elle aspire à être psychologue afin de guider et de soutenir ceux partageant sa situation, mais elle n’a pas les matières recommandées pour étudier la psychologie. Elle ne baisse pas les bras et opte pour la filière « History with International Relations ».

Elle décroche son diplôme en 2008 et se met en quête d’un emploi. « J’ai fait face à des préjugés et des remarques blessantes, mais cela ne m’a pas découragée. J’ai persévéré et je suis devenue Research Assistant à la Truth & Justice Commission », raconte-t-elle. Elle y reste pendant plus d’un an avant de faire une maîtrise en « Historical Studies by Research ». Elle devient chargée de cours à temps partiel au Mauritius Institute of Education (MIE). Depuis juin 2016, elle exerce en tant que Research Person in Braille au LLTF.

Trivita Mathoora explique que la musique est devenue son compagnon de route. Elle se laisse entraîner par les notes dans un univers magique. Aujourd’hui, désireuse d’aider les autres aveugles, elle souhaite mettre en place une bibliothèque braille. Selon elle, les non-voyants ne bénéficient pas de suffisamment de ressources pour s’adonner à la lecture.