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Tricentenaire de la présence française – Xavier Duval: «Continuons d’entretenir la flamme»

Le vice-Premier ministre revient sur trois siècles d’évolution culturelle et affective entre la France et Maurice et célèbre les liens étroits qui unissent les deux pays. Maurice célèbre cette année le tricentenaire de la présence française chez nous, puisque c’est en septembre 1715 que la Marine du Roy prit possession de l’île en la nommant Isle de France. 300 ans plus tard, malgré un siècle et demi de colonisation britannique et après 47 années d’indépendance, les liens qui unissent Maurice et la France sont plus solides que jamais. Notre pays reste fermement ancré dans la francophonie. Des traces indélébiles témoignent de cette appartenance à la grande famille francophone, à commencer par la langue française confortablement installée dans notre paysage linguistique, ainsi que le kreol morisien, ciment de notre jeune nation, adapté du français par les anciens esclaves africains, que nous utilisons tous aujourd’hui. Les premiers édifices sur lesquels s’est appuyé tout le développement physique de l’île furent érigés durant l’occupation française par des gouverneurs éclairés comme Mahé de La Bourdonnais, auquel il convient d’associer les ouvriers bâtisseurs du Sud de l’Inde et les esclaves d’Afrique et de Madagascar qui jetèrent les bases de la vocation sucrière du pays. De même, les prémices du développement économique de l’île se manifestèrent aussi à travers des initiatives géniales comme celle du botaniste Pierre Poivre qui sut placer l’île sur la route des épices. Il créa le Jardin de Pamplemousses qui fut aussi le premier jardin botanique tropical au monde. Ce véritable laboratoire botanique permit de diffuser vers Madagascar et les Antilles quelques arbres et épices les plus convoités de l’époque.

« Atout essentiel »

L’audace des corsaires bretons firent de l’Isle de France la citadelle de la Mer des Indes et la bravoure de ses marins permit à l’empéreur Napoléon 1er d’enregistrer son unique victoire navale à la bataille du Grand-Port. Plus tard, malgré son appartenance à l’empire britannique, la petite île ne cessait de garder cet attachement indéfectible à la France. Preuve de taille, s’il en fallait, le Code Napoléon continuait de demeurer la pierre angulaire du système juridique mauricien, malgré l’entrée en vigueur du droit coutumier anglais, dès la prise de l’île en 1810 - ce système résolument hybride est d’ailleurs aujourd’hui un atout essentiel dans l’essor de notre centre financier international. De plus, le français continuait de résonner dans les rues de Port-Louis, même s’il était mâtiné d’intonations anglo-saxonnes ou de rythmes asiatiques. Il n’est pas surprenant que de doux poètes de passage tombèrent sous le charme étonnamment familier et délicieusement exotique de nos dames créoles. N’est-ce pas Charles Baudelaire, probablement le plus grand poète français, qui, à la suite d’un voyage en septembre 1841, évoquait le « pays parfumé que le soleil caresse », conférant à l’île son statut de paradis où régnaient beauté, luxe, calme, volupté ? Ce sont ces attributs que recherchent encore, 150 ans après Baudelaire, les plus grandes étoiles de la scène artistique française. Qu’elles se nomment Catherine Deneuve, Alain Delon, Johnny Halliday, Patrick Bruel ou Emmanuelle Béart – et bien d’autres encore -, elles ont toutes goûté aux charmes du paradis chanté par le poète. Leur présence régulière chez nous a contribué à consacrer, aux yeux des Français, la petite étoile de la Mer des Indes comme star incontestée de la planète tourisme. Aujourd’hui premier marché touristique de Maurice, la France est aussi le premier investisseur et notre principal partenaire économique. Certains aspects de la culture française, notamment au plan littéraire, sont toujours particulièrement vivants au sein de la société mauricienne. Nos plus grands écrivains sont résolument francophones. La presse, fièrement indépendante, est également farouchement francophile. Partout à travers notre pays, dans les noms de rues, de villages, de sites et jusque dans celui de notre capitale, mais aussi au sein des familles mauriciennes, quelle que soit leur couche sociale ou leur origine ethnique, vibrent les fibres de cette francophonie rayonnante. Au fil des siècles, les Mauriciens ont su cultiver – aussi bien que la canne à sucre - les excellentes relations avec ce grand pays qu’est la France. A travers la commémoration du tricentenaire, qui est aussi un nouvel épisode dans la formidable histoire qui unit les deux pays, nous voulons célébrer comme il se doit cette relation unique. […] Ces célébrations sont un gage de ce lien spécial existant entre la France et Maurice qui a su admirablement résister au temps qui passe. […] Pour nous, Mauriciens, c’est l’occasion de reconnaître ce que la France a fait pour nous. Et pour nos amis Français, c’est une nouvelle opportunité de se laisser séduire par les charmes de notre île. Continuons d’entretenir cette flamme.
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