Faits Divers

À Trèfles - Vimalen : «Ils m'ont sectionné le tendon»

Vimalen est aussi dans un piteux état.
Vimalen est aussi dans un piteux état.

Des habitants de Trèfles, Rose-Hill, sont au bout du rouleau. Leur quiétude a cédé la place à une certaine crainte suscitée par les agissements d’individus qui y sèment la terreur. Entre les menaces, les agressions, les effusions de sang et les pleurs, ces habitants vivent l’enfer…  

« Ou nepli kapav dir nanie…» Tel un leitmotiv, ces propos reviennent en boucles à Trèfles quand on parle de la bande d’individus qui y font la pluie et le beau temps. Mercredi après-midi, ces gros bras ont de nouveau fait parler d’eux. La bande s’en est prise à Akshay* à Trèfles. Ils l’ont laissé se vider de son sang. 

La police a été prompte dans son intervention, car en moins de 24 heures, elle a démantelé le gang lors d’une opération musclée dans un campement à Flic-en-Flac (voir texte plus loin). Huit suspects ont été appréhendés. Ils sont soupçonnés d’être derrière cette agression barbare. Les enquêteurs pensent que ce sont ces mêmes individus qui font régner la terreur à Trèfles en toute impunité depuis quelque temps déjà. 

Akshay a aussi été la victime du gang et il a fini sur un lit d'hôpital.
Akshay a aussi été la victime du gang et il a fini sur un lit d'hôpital.

Opération musclée

La police a déployé les grands moyens, jeudi matin, afin de mettre un terme aux agissements de cette bande. Une opération musclée,  réunissant des limiers de la CID de la Western Division et de l’Adsu, des commandos de la Marcos, la police de Stanley, des éléments de la DSU et de l’ERS et des chiens-policiers, a été mise sur pied. Ils se sont rendus dans un bungalow à Flic-en-Flac où la bande se terrait.
Manish Duddee (25 ans), Vimalsing Bullowant (38 ans), Ashish Sagum (30 ans), Moonesh Boodhun (22 ans), Yajesh Oogur (24 ans), Luvish Cathan (20 ans), Pravesh Cannoo (22 ans) et un mineur de 15 ans sont arrêtés. Rien de compromettant n’a été retrouvé lors de la perquisition policière cependant.

Si quatre de ces suspects ont été autorisés à rentrer chez eux, Moonesh Boodhun, Yajesh Oogur, Luvish Cathan et Pravesh Cannoo ont été, pour leur part, conduits en cellule. Aux limiers de la CID de Camp-Levieux, ils ont admis avoir été sur place au moment de l’agression. Pravesh Cannoo a expliqué qu’une vengeance familiale serait à l’origine de cette agression. Dans le passé, il avait eu maille à partir avec la victime et il voulait lui donner une leçon. Cependant, il soutient qu’il n’a pas agressé Akshay, mercredi. Le suspect a retenu les services de l’avocat Anoop Goodarry. Yajesh Oogur faisait partie des trois hommes qui avaient agressé Akshay. Toutefois, il affirme avoir utilisé un rondin et non un sabre. Les quatre suspects ont comparu en cour de Rose-Hill vendredi sous une accusation de tentative de meurtre. Ils restent en cellule policière. Quatre autres suspects sont recherchés.

pravesh
Pravesh Cannoo.

Qui sont-ils et pourquoi agissent-ils de la sorte ? Zoom sur un gang violent et sanguinaire. Dans la région, les langues se délient difficilement. Les raisons sont évidentes : la peur de représailles. Mais ceux qui lâchent quelques bribes abondent dans le même sens. « Pa kapav koz ek zot », laisse entendre un habitant, las de cette violence gratuite. Et gare à tous ceux qui osent se mettre en travers de leur route. « Dan tou zot koze ena zoure. Ou nepli kapav dir nanie tansion ou trouv enn transpor fons drwate lor ou. Nou finn  fatigue inform la polis », dit-il.

On nous apprend que c’est dans la soirée que les choses s’enveniment. « Ils garent leurs véhicules comme bon leur semble. Cela fait obstruction à la circulation, mais ils n’en ont cure. Si on leur demande de céder la place, les choses se corsent. Tout dérapage finit en effusion de sang. Nous avons peur de sortir. C’est un traumatisme pour la plupart des habitants », poursuit un interlocuteur. 

Au cours de ces derniers mois, trois cas d’agression et de vandalisme ont été rapportés à la police. Des actes qui porteraient leur signature. «Quelques-uns ont été placés en état d’arrestation, mais ont retrouvé la liberté quelques jours plus tard. La terreur se poursuit », se désole un autre habitant.

On explique cependant que ces individus sont issus de familles aisées. « Ils ne manquent de rien. Leurs proches sont des gens sans histoires », lâche un habitant de Trèfles. « Ils trempent dans des activités illicites et ont de l’argent. Sa kass la fer zot vinn gran nwar. Zot roul dan bel bel loto ek van osi », ajoute-t-il.

Yajesh Oogur.
Yajesh Oogur.

« Les frasques de cette bande ont débuté il y a environ deux ans. Tout ce qu’ils font peut finir à l’hôpital », dit un limier de la brigade criminelle de la Western Division. « Zot fer bay. Ou gagn lager ek zot, zot pou bat ek zarm ek zot kapav kraz kot ou. Zot ti deza met dife dan enn lakaz la route Bassin », poursuit le policier. Sabres, samouraïs et armes à feu sont leurs outils de prédilection. « Ils ne circulent jamais sans ces armes ».  

Plusieurs personnes ont déjà eu affaire à eux. Mais bon nombre d’entre elles n’osent venir de l’avant afin de les dénoncer à la police par peur de représailles. Vimalen* a eu affaire à ces gros bras. Le 3 novembre, il se reposait lorsque sa mère est venue le réveiller. « Elle m’a dit qu’une bande saccageait la maison du voisin. Mon oncle était intervenu et s’était fait agresser. Je suis allé voir », relate-t-il.

Dehors, il voit quatre jeunes. « L’un d’eux était amoureux de la voisine, mais ce sentiment n’était pas réciproque », explique Vimalen. Tout basculera en quelques secondes. « Ils étaient armés de sabre et m’ont frappé sans que je n’ai eu le temps d’agir. J’ai reçu un coup à la main, me sectionnant le tendon, et un autre coup au visage ». Il est vite ramené à l’intérieur et conduit à l’hôpital. « En mon absence, ils sont entrés chez moi et ont agressé mon père à la tête. Ils ont également saccagé la maison », dit Vimalen qui a passé une semaine à l’hôpital. « C’est une chose qui nous hante toujours », dit-il.    

Luvish Cathan.
Luvish Cathan.

Le dernier méfait de cette bande remonte au 14 novembre. Akshay, un habitant de Rose-Hill, s’est retrouvé à sa merci alors qu’il était chez un ami à Trèfles. Menacé avec deux armes à feu, le jeune homme a pris la fuite. Trois individus l’ont pourchassé avant de lui assener plusieurs coups de sabre. Le jeune homme a eu le tendon sectionné. Il se remet douloureusement de cette agression. Après cet incident, les membres de sa famille ont reçu des menaces: les représailles ne sont pas écartées. « Sa famille et lui sont encore sous le choc », dit un cousin. La police attend qu’il se rétablisse pour consigner sa version.
* Les prénoms ont été modifiés.


Quels liens avec Kushraj Luchigadoo ?

Pravesh Cannoo serait un ami proche de Kushraj Luchigadoo, habitant de route Bassin, Quatre-Bornes, lui-même arrêté pour trafic de drogue en mars dernier. Avant son arrestation, Kushraj Luchigadoo avait été vu à plusieurs reprises en compagnie de Pravesh Cannoo. Lors de son arrestation, la police a saisi une fourgonnette qui appartiendrait à Kushraj Luchigadoo.

Les suspects fichés pour agression

Yajesh Oogur, Luvish Cathan, Pravesh Cannoo et Moonesh Boodhun ne sont pas inconnus des services de police. Ils avaient déjà été arrêtés pour agression dans le passé. Les faits avaient été rapportés aux postes de police Stanley et celui de Quatre-Bornes. Pravesh Cannoo est fiché pour agression et des délits de drogue. Une accusation de tentative de meurtre est venue s’ajouter à leur casier judiciaire.

Des habitants soulagés   

Depuis l'offensive policière qui a démantelé ce gang de tapeurs de Trèfles, des habitants ne cachent pas leur soulagement. « Depi lontan la polis ti bizin azir. Dan landrwa tou dimoun ti kone banla fer dominer, esperon ki aster zot pou per pou fer taper », dit Idriss*, un habitant. Comme lui, bon nombre de résidents saluent l'intervention policière qui a mis hors d'état de nuire cette bande.

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