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Trafic d’influence présumé : Ally Royals rattrapé par l’enquête sur les valises de Rs 114 M

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 14 May 2026 à 10:19
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L’influenceur lors de sa comparution en cour de Flacq mercredi
L’influenceur lors de sa comparution en cour de Flacq mercredi
  • La FCC établit des échanges de correspondances avec Josian Deelawon 
  • L’influenceur « trahi » par une transaction de Rs 75 000 pour l’obtention d’un transformateur
  • Le jeune homme de 23 ans maintenu en détention jusqu’au 19 mai

L’influenceur Ally Moortooza Boolaky, alias Ally Royals, a été maintenu en détention policière, mercredi, après sa comparution provisoire devant la cour de Flacq. Âgé de 23 ans et suivi par une large communauté sur les réseaux sociaux, il fait l’objet d’une accusation provisoire de trafic d’influence dans le cadre d’une enquête menée par la Financial Crimes Commission (FCC). La question de sa mise en liberté sous caution sera débattue le 19 mai prochain.

Les enquêteurs de la FCC se sont formellement opposés à sa remise en liberté, invoquant la nécessité de poursuivre les analyses et de sécuriser les preuves numériques. Son avocat, Me Roopun, a contesté cette position à la sortie du tribunal, affirmant que son client coopère pleinement avec les enquêteurs.

L’arrestation d’Ally Royals s’inscrit dans le prolongement d’une affaire autrement plus retentissante. En février 2025, une saisie de Rs 114 millions en liquide retrouvées dans des valises à Pointe-aux-Canonniers, avait conduit à l’arrestation de l’homme d’affaires Josian Laval Deelawon. Ce dernier avait alors déclaré que cet argent lui aurait été confié par l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth, via des intermédiaires.

Dans le cadre de cette enquête initiale, les appareils informatiques de Josian Deelawon avaient été saisis et confiés aux spécialistes de la FCC. C’est précisément l’exploitation de ces données qui aurait mis les enquêteurs sur la piste de l’influenceur. Selon les conclusions provisoires de la FCC, des échanges de correspondances entre Ally Boolaky et Josian Deelawon auraient été identifiés dans les données extraites. Ces communications porteraient sur une transaction financière en lien avec des démarches administratives.

Plus précisément, les enquêteurs soutiennent qu’en juillet 2023, le jeune influenceur aurait sollicité une somme d’argent en échange d’une intervention destinée à faciliter l’obtention d’un avantage auprès d’une institution publique. Un montant de Rs 75 000 lui aurait ainsi été versé pour faciliter l’attribution d’un transformateur par le Central Electricity Board (CEB), au bénéfice de Josian Deelawon. 

Les échanges électroniques récupérés lors de l’analyse des appareils saisis viendraient, selon la FCC, confirmer cette transaction. L’infraction reprochée tombe sous le coup de l’article 10 du Prevention of Corruption Act.

L’enquête ne s’arrête toutefois pas à ce seul volet. En effet, les enquêteurs de la FCC examinent également plusieurs transactions financières et échanges impliquant le jeune influenceur, considéré comme proche de l’ancien pouvoir. Selon les éléments recueillis à ce stade, Ally Royals aurait été approché par plusieurs individus pour faciliter certaines démarches sous l’ancien gouvernement. Les limiers examinent notamment une deuxième opération financière qui impliquerait un employé d’Air Mauritius. Ce dernier est suspecté d’avoir sollicité l’intervention de l’influenceur afin d’obtenir une promotion au sein de la compagnie nationale d’aviation. Les investigations cherchent à établir la nature exacte de cette intervention ainsi que l’existence d’éventuels avantages indus.

Des sources proches du dossier estiment que l’enquête pourrait encore révéler d’autres éléments, qualifiés de « partie émergée de l’iceberg ».

En attendant le 19 mai, Ally Royals demeure en cellule policière, tandis que les enquêteurs poursuivent la collecte des données informatiques et des relevés financiers liés aux différents protagonistes de cette affaire tentaculaire.


Une trajectoire entre clics, politique... et FCC

À 23 ans, Ally Royals s’est imposé comme l’un des visages les plus populaires de la scène digitale mauricienne. Originaire de Camp-de-Masque, l’entrepreneur et créateur de contenu a bâti sa notoriété grâce à des « lives » suivis par des milliers d’internautes sur Instagram et TikTok. Il se retrouve aujourd’hui au centre de l’actualité après son arrestation mardi soir par les enquêteurs de la FCC.

Avant de devenir influenceur, Ally Boolaky nourrit déjà une fascination pour l’univers du luxe. En 2016, lors d’un séjour en Allemagne, il découvre des châteaux et palais historiques. Cette passion influence son identité numérique. La même année, il ouvre son compte Instagram et adopte le pseudonyme « Ally Royals ».

Après avoir quitté l’école après le School Certificate, il choisit de se lancer dans les affaires et dans le monde du digital. Il débute avec la vente de sweats à capuche. Sa première collection enregistre près de 300 commandes, ce qui lui permet de financer ses premiers projets. Peu à peu, il se tourne vers la création de contenu en ligne, notamment à travers des « lives » avec des artistes locaux et des canulars téléphoniques qui attirent rapidement l’attention des internautes.

C’est toutefois pendant les confinements liés à la COVID-19 qu’Ally Royals connaît une forte montée en popularité. Depuis un studio aménagé dans une pièce de sa maison familiale, il anime des « lives » quotidiens qui deviennent viraux. Son concept « Roast Battle », lancé après le secondconfinement, consiste à inviter des personnalités et à les faire réagir à des questions envoyées par les internautes. D’abord centré sur des figures de la téléréalité, le programme accueille ensuite artistes, influenceurs et hommes politiques.

Des figures politiques comme Roshi Bhadain, Shakeel Mohamed et Xavier-Luc Duval participent à ses directs suivis par des milliers de personnes. Son objectif, explique-t-il à l’époque, est de montrer ses invités sous un autre angle.
Sa communauté grandit alors rapidement. En quelques semaines, il passe de 20 000 à plus de 100 000 abonnés. Certaines vidéos dépassent les 350 000 vues. À cette période, il cumule plus de 112 000 followers sur Instagram et plus de 82 000 sur TikTok.

Parallèlement, Ally Boolaky développe des activités dans le marketing digital et l’événementiel. Il devient ambassadeur de plusieurs marques et organise en décembre 2020 la première édition des Influencer Award Mauritius (IAMU), destinée à récompenser les créateurs de contenu mauriciens.

En novembre 2024, lors des élections générales, il est aperçu dans un véhicule de l’Alliance Lepep aux côtés des filles de Pravind Jugnauth lors d’un défilé dans la circonscription n˚8, Moka/Quartier-Militaire. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il avait affirmé que les voix entendues sur des bandes sonores des Moustass Leaks pouvaient être générées.

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