Mise à jour: 18 janvier 2026 à 12:43

Trafic de drogue Maurice-Madagascar : le suspect clé Vida Loca soupçonné d’être en Espagne

Par Le Dimanche /L' Hebdo
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Le Mauricien naturalisé Français Maurice Vitto Laurent Jeevanji, alias Vida Loca, est soupçonné d’être un maillon important du trafic.

Alors que l’enquête mauricienne converge vers un Franco-Mauricien soupçonné d’avoir orchestré un réseau entre Bangkok, Antananarivo et Port-Louis, les autorités espagnoles auraient ouvert leur propre procédure pour délits de drogue.

L’enquête sur le trafic international de drogue entre Madagascar et Maurice, suivant la saisie de 16 kilos de cocaïne en février 2025, prend une dimension européenne. Selon les informations recueillies par les Casernes centrales, Maurice Vitto Laurent Jeevanji, alias Vida Loca, soupçonné d’avoir soutenu financièrement le clan Appaya et orchestré plusieurs opérations depuis la Thaïlande, serait actuellement sous le coup d’une enquête des autorités espagnoles pour délits de drogue. Au niveau de la brigade antidrogue mauricienne, des sources privilégient la piste qu’il se trouverait désormais en Espagne plutôt qu’en Asie du Sud-Est, où il résidait jusqu’à récemment.

Cette évolution marque un tournant dans le dossier suivi par la Financial Crimes Commission (FCC). Le Franco-Mauricien de 57 ans, présenté comme « le maillon fort » du réseau, « celui qui tire les ficelles », est soupçonné d’avoir financé et orchestré depuis la Thaïlande un trafic de stupéfiants sur l’axe Bangkok-Antananarivo-Port-Louis. Rien d’officiel n’a toutefois pu être établi concernant sa localisation actuelle, pas plus que sur les détails de l’enquête espagnole en cours.

Échanges téléphoniques

Le nom de Vida Loca est apparu au grand jour début 2025, lors du démantèlement d’une bande de trafiquants à Madagascar. Trois Mauriciens et cinq Malgaches avaient alors été arrêtés, au moment où ils s’apprêtaient à acheminer une importante cargaison de cocaïne vers Maurice. Dans les échanges téléphoniques interceptés, le pseudonyme de Jeevanji revenait à plusieurs reprises.

La FCC dispose désormais du rapport confidentiel du Pôle Anti-Corruption (PAC) malgache, qui révèle les contours d’une organisation mêlant trafic, blanchiment et financements occultes. Le document mentionne un épisode particulièrement accablant : un appel en conférence, en janvier 2025, réunissant Jean Noël Ferry, Edouard, Lino Albert, Kevin et Rony. Durant cette conversation, dont des extraits audio auraient été remis aux enquêteurs, Vida Loca aurait donné des instructions directes sur l’acheminement de la drogue, tout en menaçant de mort Edouard, qu’il accusait de trahison. Ces enregistrements confirment la nature hiérarchique de l’organisation et le contrôle exercé depuis la Thaïlande.

Les unités de renseignement situaient jusqu’à récemment Jeevanji entre Bangkok et Pattaya, où il affichait sans retenue son existence dorée. Sur les réseaux sociaux, ce Mauricien naturalisé français se présentait comme un « joueur vénéré de poker » fréquentant les casinos, étalant « sa fortune en largesse sans aucune crainte ». Son passage présumé en Espagne soulève désormais la question d’une éventuelle fuite face à l’avancée des enquêtes dans l’océan Indien.

Convaincue que le cœur de l’organisation n’est pas à Antananarivo, mais bien à Bangkok, la FCC suit la piste des bailleurs de fonds. Les autorités malgaches ont confirmé avoir transmis à Port-Louis le rapport complet du PAC, contenant identités, mouvements bancaires et preuves numériques des protagonistes. Des mandats d’interpellation internationaux devraient être lancés prochainement, notamment contre Jeevanji et ses complices présumés.

Les enquêteurs mauriciens s’intéressent également à un homme déjà dans le viseur de la FCC pour une précédente affaire de blanchiment d’argent. Ses déplacements entre Maurice et Madagascar, effectués au côté d’un autre suspect, suggèrent des liens avec les activités de Jeevanji.

Le dossier n’en est qu’à ses débuts. Mais l’ouverture d’une enquête en Espagne pourrait accélérer les procédures. Au Réduit Triangle, siège de la FCC, on assure : « La FCC ne lâchera pas prise. »

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