Toxicomane pendant une vingtaine d’années - Lionel : «Ziska nou mort nou resenn addict»
Par
Ledweena Ramasawmy-Mohun
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Ledweena Ramasawmy-Mohun
« Nou pankor fer dimoun konpran ki adiksion se enn maladi ! Bizin kas sa stigmatizasion la. » Le message de Lionel est simple, il faut changer la perception, avoir une société plus informée et compatissante. Cet habitant de Curepipe de 42 ans raconte que chaque journée est un combat intense surtout après de multiples rechutes. La reconstruction est certes lente, mais pas impossible.
Lionel relate qu’il a commencé à fumer du cannabis à 13 ans. Il était étudiant dans un collège des hautes Plaines Wilhems. Au début, il était fasciné par la culture rastafari. Il s’était grandement laissé influencer par son entourage. « Mo pran responsabilite de mo bann ak », avance-t-il.
En 2004, il quitte le collège et c’est à Grand-Baie qu’il emménage. Il y loue une maison avec son frère aîné. Il raconte qu’à cette époque, son train de vie était tout autre. Il travaillait et avait un revenu. L’argent était le cadet de ses soucis.
Peu après, il commence à fumer de l’héroïne. Il croyait que cette drogue n’allait pas être addictive et qu’il avait le contrôle.
Or, c’était le contraire. Cette drogue dure est devenue sa priorité. « Monn santi mwa pe pli bizin heroinn, le kor ti fini abitie ar li ». C’est la descente aux enfers. Il passe à la seringue. Il change plusieurs boulots. Il ne peut plus payer son loyer. Son frère et lui se séparent, chacun cherche une maison de son côté. Lionel a changé de maison quatre ou cinq fois. Entretemps, il se crée des contacts. Parfois il se rend à Baie-du-Tombeau où il peut se procurer plus de drogue avec moins d’argent qu’à Grand Baie.
En 2014, il retourne vivre sous le toit de ses parents après un accident de travail. Il était employé comme chauffeur. Il n’avait pas pris de drogue ce matin-là et il était au volant pour conduire les employés chez eux. En manque de drogue, il a été pris de sommeil. Résultat, il a terminé sa course contre un arbre et il a été hospitalisé pendant trois semaines.
La dernière consommation de drogue de Lionel remonte au 7 septembre 2025. Avant, il a été dans plusieurs centres et a participé à plusieurs programmes. Il a également suivi un traitement dans un hôpital d’addictologie à Mahébourg. Mais, il a rechuté. Aujourd’hui, il ne prend pas la méthadone. Il fume uniquement la cigarette.
De 2012 à 2025, Lionel a aussi touché à la drogue synthétique. Il y avait des jeunes qui perdaient le contrôle après avoir fumé de la drogue de synthèse. Toutefois, ce n’était pas aussi médiatisé. « Personn pa ti pe tir portab pou filme, me ti ena li. Kan ou al dan bann landrwa ou trouve ena kinn fimé inn tom lor sime mem », relate Lionel.
Selon lui, beaucoup de toxicomanes sont piégés dans cet univers à cause de leur orgueil. Il a rechuté après avoir consommé de la drogue pour booster sa performance sexuelle.
Les parents et les proches de ce cadet de sa famille ont souffert à cause de lui. Cependant, il n’a pas eu recours à la menace ou à la violence pour leur soutirer de l’argent pour se procurer sa dose. Durant les temps difficiles, Lionel a pu compter sur le soutien de ses parents. Malgré le fait qu’ils étaient agacés par son comportement, ils l’ont toujours encouragé à s’en sortir. Son père l’a d’ailleurs déjà accompagné pour l’un de ses programmes pour essayer de le sortir de ce fléau.
« Ziska nou mor nou res enn addict. Nou bizin kone ki problem ena derier. Kifer dimounn la pe droge ? », fait observer Lionel. Ce qui aide, c’est la compréhension, la prévention et l’éducation. Mais aussi de parler des addictions sans mépris.
Aujourd’hui, « self-employed » dans le domaine du textile, Lionel répare également des ordinateurs à temps partiel. Il suit actuellement un programme de réhabilitation au centre Idriss Goomany, à Plaine-Verte. Il lui arrive de douter et de vouloir se droguer. Mais il y a aussi cette force discrète qui le pousse à se relever courageusement au quotidien pour profiter du meilleur de ce que la vie lui offre.