Tourisme : Maurice mise sur la dépense par visiteur pour transformer son modèle
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Réuni à Port-Louis autour d’un rapport de l’International Finance Corporation, le secteur touristique mauricien a débattu d’un changement de cap visant à privilégier les dépenses des visiteurs plutôt que leur nombre.
À l’heure où Maurice cherche à redéfinir son modèle touristique, la question des dépenses par visiteur s’impose désormais comme un indicateur central. C’est dans ce contexte que l’International Finance Corporation (IFC) a présenté à Port-Louis son rapport. Il s’intitule « Vers un tourisme durable, résilient et à forte valeur ajoutée : une voie vers la création d’emplois impulsée par le secteur privé et la prospérité partagée ».
Cette rencontre, organisée à la suite de la publication du rapport sur le climat et le développement à Maurice du Groupe de la Banque mondiale en février, a eu lieu récemment. Elle a réuni les représentants du gouvernement, les opérateurs du secteur, les investisseurs, les institutions financières et les partenaires de développement. Les discussions ont porté sur les moyens de transformer la stratégie touristique du pays en projets concrets et durables.
Le rapport met en avant une évolution de l’approche mauricienne en matière de tourisme. Plutôt que de mesurer la performance du secteur uniquement par le volume d’arrivées, les autorités privilégient désormais les dépenses générées par chaque touriste. Cette orientation vise à renforcer les retombées économiques tout en limitant la pression sur les ressources naturelles et les infrastructures.
Les chiffres avancés illustrent les défis auxquels le pays fait face. En 2023, la dépense moyenne par visiteur à Maurice s’élevait à USD 1 475, contre USD 2 796 aux Seychelles en 2024. Au quotidien, un touriste dépense en moyenne Rs 6 100 à Maurice. Les visiteurs séjournant dans les hôtels affichent des dépenses plus élevées, autour de Rs 7 700 par jour, alors que celles des touristes hors établissements hôteliers avoisinent Rs 2 800.
L’écart apparaît encore plus marqué lorsqu’il est ajusté selon la parité de pouvoir d’achat. Les dépenses par visiteur atteignent 83 PPA à Maurice, contre 355 PPA aux Seychelles. Selon le rapport, cette différence reflète certes un coût des services plus faible à Maurice, mais également une création de valeur économique moins importante par touriste. Le document note aussi que Maurice reste fortement dépendant d’un modèle axé sur le tourisme balnéaire de masse. Cette situation expose davantage le pays aux risques climatiques, notamment dans les régions côtières vulnérables à l’érosion et à la montée des eaux.
Prenant la parole, le Junior Minister au Tourisme, Sydney Pierre, a insisté sur la nécessité d’adopter une croissance plus responsable. Selon lui, le tourisme durable ne signifie pas un frein au développement, mais une manière de développer le secteur de façon plus réfléchie et efficace. Le ministre a également souligné que la concrétisation de cette ambition nécessitera une coopération étroite entre les acteurs publics et privés, ainsi qu’un engagement à long terme. Pour lui, des partenariats avec l’IFC et le Groupe de la Banque mondiale dans la mobilisation de financements, d’expertise technique et de pratiques internationales sont importants.
Pour sa part, la directrice régionale de l’IFC pour l’Afrique australe, Cláudia Conceição, a évoqué plusieurs mécanismes de financement destinés à accompagner cette transition. Il y a les obligations bleues et vertes, les financements liés à la durabilité et les solutions de financement mixte. L’objectif, a-t-elle expliqué, est de favoriser des investissements capables de renforcer la résilience du secteur touristique mauricien.
De son côté, l’économiste de l’IFC, Mounir Bari, a estimé que Maurice dispose des atouts nécessaires pour faire évoluer son industrie touristique vers un modèle conciliant développement économique, protection de l’environnement et création d’emplois.
Développement de produits
Écologisation des entreprises touristiques
Coordination institutionnelle
Infrastructures résilientes au changement climatique
Développement des destinations
Données et suivi
Développement des compétences
Tourisme
Produit intérieur brut (PIB) : Environ 20 %
Emploi : 14 %
Recettes touristiques brutes en 2024 : Rs 93,6 milliards (2,1 milliards de dollars)
Nombre d’arrivées touristiques
2009 : 870 000
2019 : 1,4 million
2024 : 1,38 million
Janvier à novembre 2025 : 1,27 million