Publicité

Tourisme : Maurice mise sur la dépense par visiteur pour transformer son modèle

Par Fabrice Laretif
Publié le: 22 May 2026 à 09:50
Image
sydney
L’événement s’est tenu en présence de Sydney Pierre, Junior Minister au Tourisme.

Réuni à Port-Louis autour d’un rapport de l’International Finance Corporation, le secteur touristique mauricien a débattu d’un changement de cap visant à privilégier les dépenses des visiteurs plutôt que leur nombre.

À l’heure où Maurice cherche à redéfinir son modèle touristique, la question des dépenses par visiteur s’impose désormais comme un indicateur central. C’est dans ce contexte que l’International Finance Corporation (IFC) a présenté à Port-Louis son rapport. Il s’intitule « Vers un tourisme durable, résilient et à forte valeur ajoutée : une voie vers la création d’emplois impulsée par le secteur privé et la prospérité partagée ».

Cette rencontre, organisée à la suite de la publication du rapport sur le climat et le développement à Maurice du Groupe de la Banque mondiale en février, a eu lieu récemment. Elle a réuni les représentants du gouvernement, les opérateurs du secteur, les investisseurs, les institutions financières et les partenaires de développement. Les discussions ont porté sur les moyens de transformer la stratégie touristique du pays en projets concrets et durables.

Le rapport met en avant une évolution de l’approche mauricienne en matière de tourisme. Plutôt que de mesurer la performance du secteur uniquement par le volume d’arrivées, les autorités privilégient désormais les dépenses générées par chaque touriste. Cette orientation vise à renforcer les retombées économiques tout en limitant la pression sur les ressources naturelles et les infrastructures.

Les chiffres avancés illustrent les défis auxquels le pays fait face. En 2023, la dépense moyenne par visiteur à Maurice s’élevait à USD 1 475, contre USD 2 796 aux Seychelles en 2024. Au quotidien, un touriste dépense en moyenne Rs 6 100 à Maurice. Les visiteurs séjournant dans les hôtels affichent des dépenses plus élevées, autour de Rs 7 700 par jour, alors que celles des touristes hors établissements hôteliers avoisinent Rs 2 800.

L’écart apparaît encore plus marqué lorsqu’il est ajusté selon la parité de pouvoir d’achat. Les dépenses par visiteur atteignent 83 PPA à Maurice, contre 355 PPA aux Seychelles. Selon le rapport, cette différence reflète certes un coût des services plus faible à Maurice, mais également une création de valeur économique moins importante par touriste. Le document note aussi que Maurice reste fortement dépendant d’un modèle axé sur le tourisme balnéaire de masse. Cette situation expose davantage le pays aux risques climatiques, notamment dans les régions côtières vulnérables à l’érosion et à la montée des eaux.

Croissance responsable

Prenant la parole, le Junior Minister au Tourisme, Sydney Pierre, a insisté sur la nécessité d’adopter une croissance plus responsable. Selon lui, le tourisme durable ne signifie pas un frein au développement, mais une manière de développer le secteur de façon plus réfléchie et efficace. Le ministre a également souligné que la concrétisation de cette ambition nécessitera une coopération étroite entre les acteurs publics et privés, ainsi qu’un engagement à long terme. Pour lui, des partenariats avec l’IFC et le Groupe de la Banque mondiale dans la mobilisation de financements, d’expertise technique et de pratiques internationales sont importants.

Pour sa part, la directrice régionale de l’IFC pour l’Afrique australe, Cláudia Conceição, a évoqué plusieurs mécanismes de financement destinés à accompagner cette transition. Il y a les obligations bleues et vertes, les financements liés à la durabilité et les solutions de financement mixte. L’objectif, a-t-elle expliqué, est de favoriser des investissements capables de renforcer la résilience du secteur touristique mauricien.

De son côté, l’économiste de l’IFC, Mounir Bari, a estimé que Maurice dispose des atouts nécessaires pour faire évoluer son industrie touristique vers un modèle conciliant développement économique, protection de l’environnement et création d’emplois.

Les recommandations

Développement de produits 

  • Officialiser le moratoire sur la construction de nouveaux hôtels en bord de mer afin de réduire la pression sur les zones côtières. Encourager la modernisation et la rénovation des établissements existants. La diversification de l’offre touristique à l’intérieur des terres vers le tourisme écologique, de bien-être, culturel et d’aventure. Octroyer des permis à cent nouveaux opérateurs spécialisés ou implantés à l’intérieur des terres d’ici 2030.

Écologisation des entreprises touristiques

  • Inciter les entreprises touristiques à devenir résilientes au changement climatique en : a) imposant des normes de durabilité et de résilience climatique de plus en plus strictes dans les exigences en matière de construction et de renouvellement des licences pour les entreprises touristiques ; et b) élargissant l’accès au financement vert pour soutenir les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les mesures d’économie d’eau dans l’ensemble du secteur touristique.

Coordination institutionnelle

  • Mettre en place un groupe de travail sur le tourisme résilient au changement climatique. Il sera chargé de superviser la mise en œuvre des plans de gestion du tourisme côtier et intérieur. Il assurera la coordination intersectorielle et traitera les conflits concernant l’utilisation des terres et les risques climatiques.

Infrastructures résilientes au changement climatique

  • Renforcer la résilience du tourisme grâce à des projets à grande échelle de réhabilitation côtière et de lutte contre l’érosion (y compris des infrastructures vertes et grises). Investir dans les infrastructures d’accueil des visiteurs afin de permettre une diversification du marché au-delà du tourisme balnéaire.

Développement des destinations

  • Accélérer la certification verte de l’île Maurice en tant que destination durable d’ici 2030. Mettre en place un projet pilote de certification de destination verte à Rodrigues.

Données et suivi

  • Mettre en place un système de reporting et d’analyse comparative des émissions de GES du secteur touristique. Il intégrera des indicateurs clés de performance mesurables, un suivi de la conformité, des outils de systèmes d’information géographique (SIG) et une modélisation des risques climatiques.

Développement des compétences 

  • Évaluer et anticiper les nouveaux besoins en compétences afin de soutenir la transition écologique du secteur touristique. Intégrer ces conclusions dans la mise à jour des normes de certification, de la formation professionnelle et des programmes d’enseignement.

En chiffres

Tourisme 

Produit intérieur brut (PIB) : Environ 20 % 

Emploi : 14 % 

Recettes touristiques brutes en 2024 : Rs 93,6 milliards (2,1 milliards de dollars) 

Nombre d’arrivées touristiques

2009 : 870 000 

2019 : 1,4 million 

2024 : 1,38 million 

Janvier à novembre 2025 : 1,27 million 

Recettes touristiques

  • Voyageurs d’agrément internationaux (64 % des recettes totales)
  • Voyages d’agrément nationaux représentent (6 %)
  • Voyages d’affaires (27 % internationaux et 3 % nationaux). 
  • Plus de 50 % des hôtels existants étant détenus et gérés par sept grands groupes hôteliers. 
  • En 2025, le marché mauricien comptait 110 hôtels agréés, totalisant 13 705 chambres. 
  • Environ 90 % de cette offre est concentrée le long du littoral.
Quelle est votre réaction ?
Publicité
À LA UNE