Tourisme - Hospitality Industry Report : l’AHRIM conteste la méthodologie et les conclusions

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 17 février 2026 à 15:30
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Selon l’AHRIM, près de la moitié des visiteurs ne séjournent pas en hôtel.
Selon l’AHRIM, près de la moitié des visiteurs ne séjournent pas en hôtel.

La publication du Hospitality Industry Report par AXYS déclenche des critiques de l’AHRIM : il se limite aux hôtels cotés, néglige le secteur informel et les établissements non hôteliers, et nécessite une analyse plus complète et rigoureuse pour refléter la réalité du tourisme mauricien.

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La publication du Hospitality Industry Report par AXYS est « un travail de compilation conséquent ». Néanmoins, estime l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), plusieurs éléments méthodologiques fragilisent la portée des conclusions. 

Premier reproche : un périmètre d’analyse jugé trop limité. « Les conclusions reposent essentiellement sur quatre groupes cotés représentant moins de 4 600 chambres sur un parc de 14 200 chambres, soit moins d’un tiers de l’hôtellerie mauricienne », souligne-t-il. Présenter ces observations comme une lecture sectorielle globale, selon lui, prête à confusion et ne reflète pas la diversité structurelle du secteur.

Pour Jocelyn Kwok, le rapport réduit par ailleurs l’hébergement touristique aux seuls hôtels. Or, rappelle-t-il, l’écosystème mauricien comprend 1 080 établissements non hôteliers enregistrés, environ 8 200 chambres, un secteur informel estimé entre 5 000 et 7 000 chambres, ainsi que 12,2 % de touristes déclarant séjourner chez des proches. « Toute analyse sérieuse de la dynamique de dépenses doit intégrer l’ensemble de cet écosystème », insiste-t-il. 

Le CEO de l’AHRIM conteste également l’interprétation selon laquelle la hausse de la part des dépenses d’hébergement, passée de 52 % en 2000 à 73 % en 2024, démontrerait que « les hôtels se sont servis en premier ». « Cette lecture ne tient pas compte de transformations majeures intervenues sur la période », affirme-t-il, citant l’allongement de la durée moyenne de séjour, le doublement du nombre de visiteurs et la diversification des clientèles et des offres. 

Il rappelle qu’en 2025, Maurice compte autant de chambres hors hôtels que de chambres hôtelières et que près de la moitié des visiteurs ne séjournent pas en hôtel. « Dès lors, l’augmentation des dépenses d’hébergement bénéficie à l’ensemble des opérateurs », dit-il. 

Des divergences chiffrées sont également pointées. « Le rapport mentionne un taux d’occupation hôtelier de 84 %, alors que le chiffre officiel est de 74 %. Cette divergence majeure interroge quant à la rigueur des hypothèses et des sources utilisées », déclare-t-il. Il s’interroge aussi sur l’évocation d’un taux d’occupation de 45,6 % pour l’hébergement hors hôtels « sans source publique documentée », servant de base à l’hypothèse d’une « massive dormant asset capacity ».

Sur l’effet multiplicateur, Jocelyn Kwok estime que l’analyse est incomplète. « Aucune mention n’est faite des recettes fiscales issues des hôtels : Corporate Tax, TVA, Environment Protection Fee, entre autres. Ces contributions alimentent directement le budget de l’État », fait-il ressortir. Il ajoute que présenter les revenus hôteliers comme distincts du reste de l’économie occulte des dizaines de milliers d’emplois directs, des centaines de fournisseurs locaux et des investissements constants.

Par ailleurs, l’AHRIM rejette l’idée que Maurice ne serait pas en concurrence directe avec les Seychelles ou les Maldives. « Des niveaux de prix différents n’éliminent pas la concurrence ; ils en modifient simplement les modalités », souligne-t-il. En conclusion, l’AHRIM appelle à « une approche rigoureuse, équilibrée et représentative de l’ensemble de l’écosystème touristique mauricien », afin d’éclairer correctement le débat public et les décideurs.


AXYS : « Une analyse indépendante fondée sur des données publiques »

AXYS prend note des commentaires formulés à la suite de la publication de son Hospitality Industry Report. « Ce rapport reflète l’analyse indépendante et le jugement professionnel de notre équipe de recherche, fondés sur des données publiques, des hypothèses clairement présentées ou des estimations quand les données officielles ne sont pas disponibles avec des méthodologies analytiques standards », indique-t-il au Défi Quotidien. 

La société maintient la solidité de ses données et l’intégrité de son travail. « Comme toute publication de recherche, il s’agit d’une analyse argumentée des tendances structurelles et des considérations d’investissement. D’autres parties prenantes peuvent avoir des perspectives différentes, ce qui est normal dans un secteur dynamique », soutient AXYS, avant d’ajouter que son rôle n’est pas d’alimenter un débat public, mais de fournir une analyse rigoureuse et factuelle aux investisseurs et aux acteurs du marché.


Questions à… Sydney Pierre, Junior Minister du Tourisme : « Nous n’arrivons pas à augmenter suffisamment les dépenses par client »

Quelle est votre première réaction au Hospitality Industry Report publié par AXYS ?
Je n’ai pas encore terminé la lecture complète du rapport, mais je ne suis pas surpris par certains chiffres avancés, notamment la part des dépenses consacrées à l’hébergement, qui représenterait 73 % à Maurice contre 35 % au Sri Lanka. Cela dit, ma principale préoccupation ne porte pas uniquement sur la répartition des dépenses, mais sur la valeur ajoutée réelle pour le pays. Il est important de se demander ce qui reste concrètement dans l’économie mauricienne et ce qui quitte le territoire. 

On parle souvent du nombre de touristes ou des recettes globales, mais la question essentielle est celle de la contribution nette par visiteur. Or, selon les données évoquées dans le rapport, les dépenses par client n’ont pratiquement pas évolué au cours des trente dernières années. C’est un élément préoccupant. 

Par ailleurs, si vous regardez la part des touristes européens et vous multipliez par le nombre de touristes, vous n’arrivez pas aux chiffres qui sont mentionnés. Donc, quelque part, il y a quelque chose qui doit être ajusté.

Certaines critiques estiment que le rapport ne reflète pas l’ensemble de l’écosystème touristique. Partagez-vous cet avis ?
Je préfère analyser le rapport en profondeur avant de me prononcer sur cet aspect. Toutefois, indépendamment de la méthodologie retenue, la problématique centrale demeure : nous n’arrivons pas à augmenter suffisamment les dépenses par client. 

Pour y remédier, il faut encourager une plus grande consommation locale. Cela passe notamment par le développement du tourisme intérieur et la valorisation de l’artisanat mauricien. Il est essentiel que les visiteurs aient davantage accès aux produits locaux et aux expériences authentiques du pays. 

Je travaille également beaucoup sur la question du secteur informel, qui représente une composante importante de notre industrie. L’objectif est d’améliorer la valeur ajoutée pour l’ensemble du secteur, et non pour un segment spécifique.

Que pensez-vous des comparaisons internationales mentionnées dans le rapport ?
Il faut être prudent avec les comparaisons. Chaque pays a ses spécificités. Par exemple, aux Maldives, le modèle touristique est très intégré : le visiteur arrive, prend un hydravion vers son hôtel et dépense pratiquement l’intégralité de son budget au sein du même établissement avant de repartir. Il n’y a que très peu de dépenses en dehors des hôtels. 

À Maurice, la dynamique est différente. Les visiteurs consomment à l’extérieur, se déplacent, font du shopping et participent à diverses activités. Comparer directement la répartition des dépenses sans tenir compte de ces réalités structurelles peut conduire à des conclusions hâtives. Il faut toujours contextualiser les données.

Quelles sont les perspectives pour les mois à venir ?
Les indicateurs sont encourageants. Le mois de janvier a enregistré une hausse d’environ 7 % par rapport à l’année précédente. Février est globalement stable, tandis que mars et avril affichent des tendances positives. Les réservations pour mai et juin sont également en avance. Nous prévoyons donc une croissance pour 2026. 

Cependant, cette dynamique doit être consolidée. Il est essentiel de préserver et de renforcer la connectivité aérienne, d’éviter la réduction de fréquences sur certains marchés et, lorsque c’est possible, d’ajouter de nouvelles capacités sur les lignes à forte demande. Le travail doit se poursuivre afin d’assurer un développement durable et compétitif de la destination mauricienne.

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