Doris Félicité sait ce que signifie vivre à Ti-Rodrig. Travailleuse sociale et habitante du quartier, elle accompagne depuis plusieurs années des familles confrontées à une précarité devenue structurelle. Chaque jour qui passe ressemble à une attente, parfois à l’espoir d’un miracle. Une attente qui s’installe dans la durée, use les esprits, mais qui n’a jamais totalement éteint la détermination de celles et ceux qui vivent dans ce quartier laissé en marge, où l’incertitude est devenue une norme.
Malgré les critiques, les jugements et la stigmatisation dont Ti-Rodrig fait régulièrement l’objet, Doris Félicité reste sur le terrain. La travailleuse sociale continue de faire de son mieux aux côtés des habitants, souvent dans l’ombre, convaincue qu’au-delà des considérations administratives et politiques, il existe avant tout une réalité humaine qui mérite d’être reconnue. « Les habitants de Ti-Rodrig ne doivent pas être des outils politiques. C’est vrai que la plupart sont en situation illégale, mais cette situation ne date pas d’hier. Au début, il n’y avait qu’une dizaine de maisons. Aujourd’hui, on compte entre 700 et 800 foyers, allant jusqu’au flanc de la montagne. Beaucoup de personnes voient Ti-Rodrig comme un endroit à problèmes, mais il cache une histoire humaine. »
Doris Félicité, une habitante de Ti-Rodrig, a vu cette partie de Résidence La Cure évoluer au fil des années, sans véritable encadrement ni accompagnement institutionnel. Le quartier s’est étendu progressivement, au rythme des besoins et de l’urgence sociale, laissant place à une précarité de plus en plus visible. Malgré des conditions de vie difficiles et parfois insalubres, des familles continuent pourtant d’y survivre, portées par la solidarité et la volonté d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants, même lorsque le quotidien semble leur rappeler leurs limites.
Si plusieurs questions parlementaires ont été soulevées au fil du temps, sur le terrain, les habitants restent toujours dans l’attente de réponses concrètes. Cette attente nourrit un sentiment d’abandon et d’injustice, renforcé par l’impression que certains dossiers avancent plus vite que d’autres. Une autre difficulté majeure persiste : comment raccorder ces familles à l’eau potable et à l’électricité alors qu’elles occupent des terrains de manière illégale ? Une problématique complexe, reconnue jusque dans la sphère politique.
La députée de la circonscription nº 4, Annabelle Savabaddy, a d’ailleurs évoqué le dossier en 2025 lors des travaux parlementaires. « Nous n’avons pas oublié Ti-Rodrig, mais la régularisation de ces personnes n’est pas comparable à celle des habitants de Singamanie à Bois-Marchand. La plupart de ces familles occupent des terrains illégalement. Très prochainement, une visite sur place sera effectuée avec le ministère du Logement et j’espère que nous pourrons trouver des solutions », indique-t-elle.
Eau potable
Le problème de l’eau potable demeure l’un des enjeux les plus urgents et les plus sensibles. Selon Doris Félicité, les habitants attendent depuis de nombreuses années une aide en ce sens. Du côté de la Central Water Authority, le discours reste prudent. Son directeur Shyam Thannoo explique que toute intervention demeure conditionnée par la régularisation des occupants, sans oublier les contraintes liées à la topographie du site. « Selon nos dernières données, environ 300 familles occupent illégalement une superficie de 35 arpents. Toute connexion à l’eau potable s’avère difficile tant que ces familles sont en situation irrégulière. De plus, certaines habitations se trouvent sur le flanc de la montagne, où il y a le risque de glissements de terrain », précise-t-il.
Face à cette impasse, Doris Félicité, à travers son travail social, lance un appel humaniste tant au secteur public qu’au secteur privé. « Il faut une solution, même temporaire. Peu importe laquelle. Des ONG nous aident tout au long de l’année, mais ce n’est pas suffisant. La volonté politique est sélective. Nous demandons simplement à être traités humainement », conclut-elle.





