Tentative de suicide - Policiers armés : un permis à double tranchant
Par
Najette Toorab
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Najette Toorab
De 2012 à ce jour, neuf policiers, âgés entre 22 et 56 ans, ont retourné leur arme de service contre eux. Huit d’entre eux n’ont pas survécu. Le dernier cas est survenu le vendredi 24 mars et concerne un constable de 33 ans. Comment expliquer ces actes de désespoir ? Des policiers armés sont-ils évalués psychologiquement ?
Ce n’est pas la première fois qu’un policier retourne son arme de service contre lui. On compte neuf cas, dont huit mortels, de 2012 à ce jour. Ces six hommes et deux femmes avaient entre 22 et 56 ans. Le dernier cas concerne un constable de 33 ans qui s’est tiré une balle dans la tête.
Cet énième drame braque les projecteurs sur les conditions dans lesquelles une arme à feu est octroyée aux policiers. Le Dimanche/L’Hebdo a sollicité l’inspecteur Shiva Coothen, responsable de la cellule de communication de la police, pour répondre à cette question.Il explique que tous les policiers reçoivent une formation de six mois sur le maniement d’une arme à feu. « Les mesures de précaution leur sont bien expliquées. Ils reçoivent toutes les informations nécessaires au niveau de la théorie et de la pratique. Ils sont aussi soumis à des exercices de tir. »
Le sujet de l’usage d’une arme à feu est régulièrement abordé, selon l’inspecteur Coothen. « Des policiers sont appelés tous les jours en sentinelle devant les banques ou les ambassades, entre autres, et ils sont armés. Il y a également des lois qui régissent l’usage d’une arme à feu. Les policiers doivent donc savoir dans quelles circonstances ils peuvent les utiliser. »
Les policiers sont-ils évalués psychologiquement avant de leur octroyer une arme à feu ? « De quelle évaluation parlez-vous ? Kouma rant lapolis, gagn training lor bann prekosion ki bizin pran kan pe manipil bann zarm », répond l’inspecteur Coothen. Et d’ajouter : « Si un policier a un problème, un responsable décidera s’il doit se faire examiner par un médecin de la police. Une fois chose faite, c’est au médecin de la police de référer le policier à un psychologue. »
Quid du policier de 33 ans, qui se retrouve à l’unité des soins intensifs neurologiques après s’être tiré une balle dans la tête ? L’inspecteur Shiva Coothen répond qu’une évaluation physique et mentale sera effectuée une fois qu’il sera rétabli. « Son dossier sera ensuite envoyé à la Disciplined Forces Service Commission (DFSC). Il devra se présenter devant un comité médical afin de déterminer s’il est apte à continuer à travailler. »
L’ancien inspecteur de la Major Crimes Investigation Team (MCIT) souligne que le nombre de policiers qui se sont donné la mort doit interpeller la Mauritius Police Force. « Il faut impérativement des changements. À Maurice, un policier est un couteau suisse. Il peut passer d’une unité à une autre, contrairement aux pays comme la France, où un policier se spécialise dans un seul domaine tout au long de sa carrière », explique Ranjit Jokhoo.
Selon lui, un policier est préparé psychologiquement pour faire face à toute éventualité. Toutefois, au niveau de la formation psychologique, il ne reçoit qu’une formation générale sur le maniement de l’arme à feu : dans quelles circonstances l’utiliser et comment l’utiliser, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. « Il n’y a malheureusement aucune évaluation psychologique effectuée au niveau de la force policière. »
Il maintient que les cas de suicide parmi les policiers « ne doivent pas être traités comme un simple fait divers. Il faut mener une étude sur le sujet, essayer de situer le problème. Les policiers sont humains. »
Un nouveau drame a secoué la force policière le vendredi 24 mars. Vers 18 h 30, un constable âgé de 33 ans, résidant à Chebel, s’est tiré une balle dans la tête avec son arme de service. Affecté au poste de police des Line Baracks, il était en sentinelle dans les locaux de la National Land Transport Authority (NLTA), à Cassis, Port-Louis.
Les proches du policier sont dans l’incompréhension. Ce dernier, marié et père d’une fille, est apprécié de tous, souligne sa mère. « Touletan li ti kontan donn konsey dimoun… me get la kinn arive », lâche-t-elle.
Elle affirme ignorer la raison du geste de désespoir de son fils qui se trouve actuellement dans un état critique à l’unité de soins intensifs de l’hôpital Dr A.G. Jeetoo. « Le personnel de l’hôpital lui prodigue tous les soins nécessaires. Nou met tou dan lame Bondie… » confie la mère du constable bouleversée.
C’est un vigile qui a découvert le policier alors qu’il effectuait sa ronde. Il gisait dans une mare de sang dans les toilettes pour hommes, avec une blessure à la tête. Bien qu’inconscient, le policier respirait toujours. Son revolver, de marque Webley and Scott, se trouvait sur son ventre.
Le vigile a immédiatement donné l’alerte et les policiers du poste de Line Barracks sont arrivés sur les lieux. Le constable a été transporté d’urgence à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, à Port-Louis, par le SAMU. Le pronostic vital du trentenaire, qui a été grièvement blessé à la tête, est engagé, selon le personnel médical.
Les membres du Scene Of Crime Office (SOCO) ont découvert sur place une feuille de papier A4 sur laquelle quelque chose était écrit. Nous avons également appris que l’épouse du policier était venue le même jour à la NLTA pour le voir, mais ne l’a pas trouvé sur place.
L’origine de cet acte de désespoir demeure inconnue à ce stade. Une enquête a été ouverte afin d’éclaircir cette affaire.