Tensions géopolitiques - Rajen Narsinghen : «Depuis l’indépendance, Maurice choisit la neutralité»

Par Kinsley David
Publié le: 4 mars 2026 à 10:37
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L’observateur Raj Ramlugun et le Junior Minister aux Affaires étrangères, Rajen Narsinghen, étaient sur le plateau de l’émission Au Cœur de l’Info, mardi.

Dans l’émission Au Cœur de l’Info du 3 mars, Murvind Beetun et ses invités ont analysé les tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis sous l’angle mauricien : leurs impacts sur notre économie, diplomatie et sécurité. Peut-on réellement maintenir  la neutralité dans un monde de plus en plus polarisé ? 

Le conflit Iran–Israël–États-Unis dépasse désormais le simple cadre régional. Il influence les marchés énergétiques, les équilibres militaires et les alliances stratégiques. À chaque escalade, les petites économies ouvertes comme Maurice se retrouvent exposées aux répercussions indirectes : hausse potentielle du coût de la vie, perturbations du transport aérien, incertitudes financières.

Dès le début de l’émission, le Junior Minister aux Affaires étrangères, Rajen Narsinghen a rappelé la ligne diplomatique du pays : « Maurice a tout le temps adopté une politique de neutralité depuis l’indépendance. Chaque chef d’État mauricien a maintenu cette position, particulièrement en temps de conflit. Nous mettons en avant les droits humains ». Concernant les tensions actuelles entre Washington et Téhéran, il précise : « Nous maintenons une position de neutralité. Cela ne veut pas dire que nous adhérons à ce qui se passe. Nous compatissons, mais nous restons diplomatiques ».

Comprendre et accepter sa vulnérabilité

Toutefois, il reconnaît que la neutralité ne protège pas totalement le pays : « Nous ne sommes quand même pas à l’abri de l’impact. Nous avons des Mauriciens coincés dans ces pays en guerre. Nous gérons avec les moyens du bord, grâce à un travail de coordination constant avec nos ambassades. Nous ne voulons pas créer la panique ou la psychose ».

Interrogé sur certaines prises de position divergentes au sein de la majorité, notamment celle de Rezistans ek Alternativ, il insiste : « C’est le bureau du Premier ministre qui gère les affaires de l’État, et le bureau est resté neutre sur ce sujet ».

La question de Diego Garcia et des déclarations du président américain, Donald Trump, a également été abordée. Selon le Junior Minister, « il n’y a aucune communication officielle », tout en observant que le Royaume-Uni semble privilégier une posture défensive face aux inquiétudes liées au programme nucléaire iranien.

Toutefois, pour l’observateur Raj Ramlugun, la lecture est plus critique. « C’est une guerre, et ce sont les lois du plus fort qui prévalent. Si ce n’était pas le cas, le président Trump n’aurait eu aucun pouvoir », affirme-t-il. Au-delà des discours diplomatiques, il estime que la priorité doit être la compréhension de notre vulnérabilité : « Pour le commun des mortels, il est important de connaître l’impact sur nous. Il faut comprendre comment nous sommes concernés et déterminer notre seuil de vulnérabilité ».

Préparer l’imprévisible dans l’aviation

Il met aussi en garde contre la guerre de l’information amplifiée par les réseaux sociaux : « Nous sommes bombardés par des informations de toute sorte. Chacun a sa version, chacun a son agenda », fait-il ressortir.

Sur le plan logistique, il estime que l’impact direct sur Air Mauritius reste limité, mais que certaines compagnies transitant vers les Émirats arabes unis pourraient être affectées. Toutefois, son inquiétude principale concerne la préparation stratégique du pays : « Dans l’aviation, il faut planifier l’imprévisible. Nous prenons souvent l’exemple de Singapour, mais nous ne développons pas suffisamment notre capacité de préparation. Nous sommes dans la complaisance. Nous n’avons pas toujours un véritable plan d’atténuation en cas d’imprévus ».

Il va plus loin en interrogeant la dimension morale de la neutralité : « Ce que Trump a fait constitue, selon moi, une violation des droits humains internationaux. Pourquoi ne le dit-on pas haut et fort ? Pourquoi rester dans cet état de neutralité ? ».

Entre prudence diplomatique et affirmation de principes, Maurice se retrouve ainsi face à un dilemme stratégique : préserver ses intérêts dans un monde fragmenté, sans renoncer aux valeurs qu’elle défend sur la scène internationale.

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