Tensions au Moyen-Orient - Industrie : l’Afrique pour contrer l’instabilité mondiale
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Face aux tensions au Moyen-Orient, les industriels mauriciens évoquent les défis liés aux coûts et misent sur l’internationalisation. L’Afrique se présente comme une option plausible pour renforcer leur résilience économique.
À l’occasion de la 31e Assemblée générale annuelle de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), tenue le 27 avril à Saint-Pierre, les acteurs du secteur industriel ont partagé leur lecture d’un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient. Invité à s’exprimer, l’industriel François de Grivel a évoqué un conflit appelé à durer et ses répercussions sur l’économie mondiale, notamment à travers la hausse des coûts de l’énergie et du fret.
Selon lui, ces périodes de crise peuvent aussi enclencher des dynamiques économiques nouvelles. Il souligne que l’Afrique, principal marché d’exportation de Maurice aux côtés de l’Europe, offre des perspectives intéressantes, notamment en raison d’une moindre dépendance aux importations. Dans ce cadre, il est d’avis que les entreprises devraient adopter une posture tournée vers l’action et l’anticipation.
L’internationalisation apparaît dès lors comme une orientation difficile à contourner. François de Grivel estime que l’implantation d’activités sur le continent africain pourrait permettre de réduire les coûts d’opération et de proposer des prix plus compétitifs. Cette approche s’inscrit dans une logique de diversification, tout en contribuant à générer des devises, nécessaires à l’équilibre de la balance commerciale.
Il met également en perspective le modèle de Singapour, où le coût de la main-d’œuvre reste supérieur à celui de Maurice, tout en maintenant une présence affirmée sur les marchés internationaux. Une comparaison qui invite à repenser certains leviers de compétitivité.
De son côté, Samuel Maujean, Deputy Chief Operations Officer de l’AMM, rappelle que l’économie mauricienne a été confrontée à une série de chocs ces dernières années : pandémie, guerre en Ukraine et désormais tensions au Moyen-Orient. Dans ce contexte, il souligne le rôle stabilisateur du secteur manufacturier, qui a assuré production et approvisionnement.
Toutefois, il estime que cette capacité d’adaptation ne doit plus relever uniquement de la réaction face aux crises. Pour lui, l’industrie mauricienne doit évoluer vers une approche plus structurée et anticipative afin de mieux faire face aux incertitudes à venir.
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Le nouveau Conseil d’administration de l’AMM (2026-27) :
C’est dans un contexte de mutations économiques marquées, tant sur le plan national qu’international, que l’AMM a tenu sa 31e Assemblée générale annuelle. Cet événement a rassemblé ses membres ainsi que plusieurs partenaires institutionnels et représentants du tissu économique local.
L’association a rappelé sa mission d’appui au secteur manufacturier, en accompagnant les entreprises dans le renforcement de leur compétitivité, leur structuration et leur développement au-delà des frontières. Les participants ont pris connaissance du bilan des activités de l’année écoulée, caractérisée par des actions orientées vers l’amélioration des performances industrielles et l’accès à de nouveaux débouchés.
Dans un environnement où la concurrence des produits importés pèse sur les acteurs locaux, l’AMM souligne l’importance du dialogue entre secteurs public et privé dans la transformation du paysage industriel.
L’événement a aussi été l’occasion de présenter le programme « En Route Vers l’International » (ERVI). Yann Charlotte et Julien Warlouzé ont exposé les orientations de cette initiative issue d’une mesure budgétaire adoptée en 2025. Ce programme vise à accompagner onze entreprises dans leur stratégie d’expansion internationale, en renforçant leurs capacités internes et leur positionnement sur les marchés régionaux et africains. Plusieurs sociétés ont déjà manifesté leur intérêt, tandis qu’une place reste disponible. Le dispositif se déroulera de mai 2026 à janvier 2027.
Quelles seront vos priorités en tant que nouveau président de l’AMM ?
Je remercie le conseil pour la confiance placée en moi. Le nouveau conseil s’inscrit dans la continuité. Dans un contexte international tendu, le rôle de l’AMM est plus que jamais important. Nous devons travailler à renforcer la souveraineté productive, la résilience économique et la compétitivité des entreprises locales. Cela passe par une collaboration étroite entre les acteurs du secteur afin d’identifier les opportunités qui peuvent émerger de la crise.
L’AMM prévoit-elle d’entamer des discussions avec le ministère des PME avant le budget afin de proposer des mesures favorisant la production locale en raison de l’impact de la crise ?
Tout à fait. Plusieurs évolutions positives sont déjà en cours, notamment avec l’Industry Bill. L’enjeu est désormais de construire un cadre stable et durable. Dans ce contexte, l’AMM entend poursuivre son rôle de partenaire des autorités, en contribuant à un dialogue structuré entre le secteur public et le secteur privé.
Comme chaque année, l’association a également préparé un budget memorandum contenant des propositions concrètes.
Quelles sont les mesures attendues par l’AMM afin de permettre aux entreprises productrices de faire face à la hausse des prix, notamment de l’énergie ?
Le contexte actuel difficile invite à adopter une vision de plus long terme. Il ne s’agit plus uniquement d’une approche réactive. La réflexion doit désormais s’orienter vers une restructuration et une réorganisation de certains leviers économiques, notamment à travers un développement accru de l’énergie solaire, afin de renforcer la résilience de l’économie locale.