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Tassarajen Pillay Chedumbrum, Chairperson de l’ICTA : «KaliteNet n’est pas un outil de surveillance, mais d’évaluation objective»

Par Jameela Jaddoo
Publié le: 24 May 2026 à 06:30
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Tassarajen Pillay

Avec le lancement de KaliteNet, l’Information and Communication Technologies Authority entend offrir aux Mauriciens un outil permettant de mesurer la qualité réelle de leur connexion Internet. Dans cet entretien, Tassarajen Pillay Chedumbrum revient sur les objectifs de cette plateforme, les enjeux liés à la transparence des performances des opérateurs télécoms, ainsi que les défis du haut débit à Maurice.   

Quel est l’objectif principal de KaliteNet et pourquoi l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA) a-t-elle estimé nécessaire de lancer cette application aujourd’hui ?
L’objectif principal de KaliteNet est de donner aux citoyens un outil simple et fiable pour mesurer la qualité réelle de leur connexion Internet. Aujourd’hui, Internet fait partie du quotidien des Mauriciens, que ce soit pour travailler, étudier, accéder aux services numériques, communiquer ou encore développer de nouvelles activités économiques. Il était donc important de proposer un outil reconnu et institutionnellement validé, permettant d’évaluer en temps réel l’expérience vécue par les utilisateurs.

En lien avec nos objectifs en tant que régulateur national du secteur des TIC, KaliteNet représente aussi un moyen de disposer de données de terrain plus précises sur la qualité des services Internet à travers le pays. Ces informations permettront de mieux comprendre les tendances, d’identifier les zones où des améliorations peuvent être nécessaires et, le cas échéant, d’engager les démarches appropriées avec les parties concernées. 

Comment KaliteNet fonctionne-t-elle concrètement pour les utilisateurs ? Les résultats obtenus sont-ils totalement fiables et standardisés ? 
KaliteNet est conçue comme une plateforme simple, accessible, gratuite, anonyme et entièrement volontaire. En un clic, l’utilisateur peut lancer un test afin d’obtenir des informations sur la qualité de sa connexion Internet, notamment les vitesses de téléchargement et d’envoi, la latence, la qualité de navigation, la qualité du streaming, la réactivité, la puissance du signal et la couverture réseau.

Les résultats reposent sur une méthodologie standardisée et validée par l’ICTA afin d’assurer un niveau élevé de cohérence et de fiabilité dans les mesures.

Contrairement à certains outils ouverts ou généralistes à vocation principalement commerciale ou globale, KaliteNet répond à un objectif clair de mesure, de transparence et de visibilité, avec pour finalité de contribuer à l’amélioration de la qualité des services Internet dans le contexte mauricien.

Les données recueillies permettront à l’ICTA de mieux appréhender la qualité des services Internet et l’expérience utilisateur à travers les différentes régions et conditions d’utilisation au sein de la République de Maurice.

C’est précisément dans l’agrégation de données volontaires à grande échelle que réside la force de KaliteNet : plus le nombre de participants est important, plus les analyses deviennent robustes, représentatives et fiables.

L’application permettra-t-elle à l’ICTA de mieux surveiller les performances des opérateurs et, éventuellement, détecter des écarts entre les vitesses promises et celles réellement fournies aux consommateurs ?
Parler de « surveillance » au sens strict ne serait pas approprié, mais plutôt d’évaluation et de suivi objectif de la qualité de service. KaliteNet constitue un outil complémentaire important permettant à l’ICTA de mieux appréhender l’expérience réelle des utilisateurs à travers les données recueillies via la plateforme.

Notre but n’est pas seulement de comparer des chiffres théoriques, mais aussi de mieux identifier les tendances, les zones où des améliorations peuvent être nécessaires ainsi que les éventuels écarts entre l’expérience réelle des utilisateurs et les niveaux de performance attendus.

KaliteNet contribuera ainsi à soutenir un dialogue plus transparent et fondé sur des données factuelles entre l’ICTA, les opérateurs et les consommateurs.

Les données collectées via KaliteNet pourraient-elles mener à des sanctions ou à des recommandations envers certains opérateurs si la qualité du service s’avère insuffisante dans certaines régions ?
Notre rôle est de nous appuyer sur des constats précis et une analyse rigoureuse de la qualité de service afin de mieux comprendre les réalités du terrain et d’accompagner les améliorations nécessaires. Dans cette optique, nous publierons annuellement des rapports d’analyses des tendances relatives aux résultats obtenus. Il est à noter cependant, que les résultats, présentés sur des cartes de couvertures et de débit de téléchargement peuvent d’ores et déjà être consultés sur l’application ainsi que sur le site Web de l’ICTA.  

La publication régulière de ces résultats permettra de mettre en lumière les performances des opérateurs et d’offrir ainsi une meilleure visibilité aux consommateurs. À travers cette approche, nous souhaitons encourager les opérateurs à améliorer la qualité des services offerts aux consommateurs.

Il convient également de souligner que l’ICTA a émis la Telecommunication Directive 1 of 2026, qui encadre notamment le suivi de la qualité de service et une collaboration en vue de la mise en œuvre de mesures correctives destinées à améliorer cette qualité. 

L’objectif premier demeure l’amélioration continue de l’expérience numérique des Mauriciens.

Comment ces cartes et autres graphiques sur la couverture Internet à travers le pays pourront-elles aider à améliorer l’accès à Internet et sa qualité à Maurice ? 
Les cartes et analyses publiées sur KaliteNet offrent une visibilité plus précise et objective sur la qualité de la connectivité et l’expérience utilisateur sur l’ensemble du territoire de la République de Maurice

Grâce à un volume croissant de données collectées de manière anonyme, il sera possible de mieux comprendre certaines disparités de performance, d’identifier les zones nécessitant une attention particulière ainsi que les tendances liées à la qualité de service. Ces informations contribueront à orienter plus efficacement les décisions, les priorités d’amélioration et les investissements, à partir de données locales et représentatives des réalités de connectivité à travers la République de Maurice.

Chaque utilisateur de KaliteNet participe ainsi à une meilleure compréhension de l’écosystème numérique du pays.

Dans un contexte où de plus en plus de Mauriciens dépendent d’Internet pour le télétravail, l’éducation ou les services numériques, considérez-vous que la qualité du haut débit reste aujourd’hui un défi majeur à Maurice ? 
La qualité du haut débit demeure aujourd’hui un enjeu important à Maurice, même si des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années par les opérateurs dans le déploiement et l’amélioration des réseaux. 

Les usages numériques évoluent rapidement et les attentes des utilisateurs sont de plus en plus élevées en matière de stabilité, de fluidité et de performance. Certaines zones ou certaines conditions d’utilisation peuvent encore présenter des écarts d’expérience, ce qui rend nécessaire une meilleure visibilité sur la qualité réelle des services Internet à travers l’ensemble du territoire de la République de Maurice.

Comment comptez-vous convaincre les Mauriciens d’utiliser l’application et de faire confiance aux données recueillies ?
Nous entamons une campagne d’information publique afin d’expliquer clairement ce qu’est KaliteNet, comment l’application fonctionne et pourquoi la participation des utilisateurs est importante. L’objectif sera d’abord d’informer, de rassurer et de clarifier, afin de faciliter l’adoption de KaliteNet par le public. Il est important de rappeler que cette initiative comporte une forte dimension participative et nationale : au-delà de l’outil technologique, elle repose sur la contribution des citoyens eux-mêmes pour mieux comprendre la réalité de l’expérience Internet à Maurice.

Plus le nombre d’utilisateurs sera important, plus les données recueillies seront représentatives et utiles pour identifier les tendances, les disparités éventuelles et les besoins d’amélioration. Il s’agira donc d’une communication pédagogique, accessible et transparente, avec des contenus expliquant le fonctionnement de l’application, la finalité des données recueillies et la valeur de la participation du public. L’enjeu est de faire comprendre que chaque test contribue à une vision plus précise et plus collective de l’expérience Internet dans le pays.

Il est à noter qu’à ce jour, plus de 3 000 tests ont déjà été effectués via KaliteNet, ce qui démontre un premier niveau d’appropriation par le public et confirme l’intérêt croissant autour de cette initiative.

Pourquoi l’ICTA a-t-elle choisi de travailler avec nPerf pour KaliteNet ?
Le choix de la solution retenue s’est fait dans le cadre d’un « public tender process », conformément aux procédures applicables aux organismes publics. Il ne s’agit donc pas d’un choix arbitraire, mais d’un processus encadré, fondé sur des critères techniques, fonctionnels et réglementaires.

Y a-t-il eu un appel d’offres pour ce projet ?
Oui. Ce projet a fait l’objet d’un appel d’offres public comme tout autre projet de cette envergure. Les documents relatifs à cet exercice, incluant l’avis d’appel d’offres, le dossier détaillé, les spécifications techniques, les modalités de participation, les critères de qualification ainsi que les annexes, ont été publiés et rendus accessibles au public sur le site de l’ICTA.

Le projet a-t-il été précédé d’une consultation ?
Avant le lancement de KaliteNet, nous avions initié une consultation publique sur la mise en œuvre d’une plateforme de mesure de la qualité des services Internet fondée sur le crowdsourcing. Un document de réponse à cette consultation a ensuite été publié reprenant les observations reçues des parties prenantes et notre position sur les aspects techniques et réglementaires du projet.

Pourquoi ne pas avoir choisi une solution open source gratuite ?
Une plateforme de cette nature ne se résume pas à l’utilisation d’un outil technique. Elle doit répondre à des exigences de fiabilité, de sécurité, de standardisation des mesures, de traitement des données, de continuité de service et de production d’indicateurs exploitables par un régulateur. Le choix d’une solution doit donc être apprécié dans son ensemble, au regard des besoins institutionnels, des garanties attendues et des objectifs poursuivis en matière d’évaluation de la qualité de service.

Quelles sont les autres priorités de l’ICTA ?
Au-delà de KaliteNet, l’ICTA mène actuellement plusieurs projets concrets visant à accompagner l’évolution du paysage numérique mauricien. Ces projets traduisent une volonté plus large de moderniser les infrastructures numériques et de consolider l’écosystème numérique du pays.

Dans cette continuité, l’ICTA assume depuis avril 2026 la présidence de la Commonwealth Telecommunications Organisation (CTO), une première pour l’Autorité, et a également été nommée à la vice-présidence du Comité exécutif de la Communications Regulators’ Association of Southern Africa (CRASA).

Ces responsabilités témoignent de la reconnaissance croissante du rôle de Maurice et de l’ICTA sur des enjeux tels que l’inclusion numérique, la cybersécurité, l’innovation, la régulation collaborative et le développement des écosystèmes numériques.

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