Tamarin : une plage à vif, un littoral en péril
Par
Waren Marie
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Entre érosion accélérée, interventions contestées à l’embouchure et enquête en cours, la dégradation du littoral inquiète habitants, autorités et experts.
Entre érosion côtière, interventions humaines contestées et inquiétudes grandissantes des habitants, la plage de Tamarin traverse actuellement une période particulièrement délicate. Cette portion emblématique du littoral de l’Ouest porte désormais les traces visibles d’une dégradation accélérée, alimentant les interrogations au sein de la population locale.
Depuis plusieurs semaines, d’importants travaux ont été entrepris dans la région afin de tenter de stabiliser la côte, notamment près de l’embouchure où les rivières Tamarin et Rempart rejoignent la mer. Sur plusieurs dizaines de mètres, le recul du littoral est devenu évident : des arbres ont vu leurs racines exposées, tandis qu’une partie du sable a progressivement été emportée par les vagues et les fortes marées.
Pour limiter l’avancée de l’érosion, un imposant barrage de rochers a été installé le long du rivage. Ces blocs de pierre ont été placés afin de réduire l’impact des vagues sur cette partie fragilisée de la plage et de protéger les infrastructures situées à proximité. Cette intervention a toutefois modifié de manière importante le caractère naturel du site.
Parallèlement, des travaux de dégagement ont également été réalisés à l’embouchure des rivières afin de faciliter l’écoulement de l’eau vers la mer. Avec l’accumulation de sable et de dépôts au fil des mois, cette zone était devenue partiellement obstruée, empêchant parfois l’évacuation naturelle de l’eau stagnante.
Selon plusieurs observateurs de la région, lorsque l’embouchure est bouchée ou rétrécie, les fortes houles peuvent accentuer la pression exercée sur cette partie du littoral et aggraver les risques d’érosion ainsi que les débordements lors des grandes marées.
Cependant, l’origine exacte de la dégradation observée fait aujourd’hui débat. Dans un communiqué publié le 29 avril 2026, le ministère de l’Environnement a évoqué des « interventions humaines non autorisées » qui auraient contribué à fragiliser davantage cette zone côtière déjà sensible.
Selon un représentant du Village Council de Tamarin, la situation remonterait à des travaux effectués en décembre 2025 à l’embouchure de la rivière. Il explique que des pêcheurs de la localité avaient sollicité l’aide d’un député afin qu’une excavatrice soit mobilisée pour rouvrir un passage obstrué par le sable. Toujours selon cette source, les fouilles auraient toutefois été réalisées à un endroit différent de celui initialement envisagé par certains pêcheurs.
D’après ce représentant, cette intervention aurait modifié la circulation naturelle de l’eau et du sable, accélérant par la suite l’érosion observée sur cette portion de la plage. Ces affirmations n’ont toutefois pas été confirmées officiellement à ce stade.
Contactée au sujet des travaux entrepris en décembre 2025, Henna Ramdour, Senior Officer au ministère de l’Environnement, a indiqué qu’aucun commentaire ne pouvait être formulé pour le moment, une enquête étant actuellement en cours.
La situation suscite également des réactions sur le plan politique et citoyen. La députée Joanna Bérenger, ancienne Junior Minister à l’Environnement, affirme que des travaux réalisés à l’embouchure depuis plusieurs mois auraient contribué à aggraver la dégradation du littoral. Selon elle, plusieurs plaintes auraient été formulées par des habitants, des opérateurs de la région ainsi que par la Beach Authority concernant ces interventions.
Elle soutient également que, malgré les alertes lancées depuis le début de l’année, les mesures concrètes auraient tardé à être mises en place, alors qu’entre-temps, une partie importante de la plage continuait de disparaître sous l’effet de l’érosion. Des pétitions regroupant plusieurs signatures auraient également circulé parmi les riverains afin de dénoncer les nuisances liées aux travaux, notamment la poussière, le bruit et les perturbations dans la région.
De son côté, le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a déclaré que les autorités travaillent actuellement sur des solutions techniques afin de stabiliser durablement cette zone côtière. Lors d’une déclaration à l’issue de la réunion du Conseil des ministres tenue vendredi, il a indiqué que plusieurs séances de travail avaient été organisées avec les techniciens du ministère, ainsi que différents spécialistes, afin d’évaluer l’ampleur des dégâts.
Le ministre affirme que des interventions d’urgence ont été entreprises sur le terrain afin de limiter l’aggravation de l’érosion. Il précise toutefois que les autorités doivent agir avec prudence afin d’éviter toute mesure susceptible de déséquilibrer davantage le littoral.
Rajesh Bhagwan a également annoncé que le gouvernement avait approuvé le recours à un consultant spécialisé dans la réhabilitation côtière. Ce dernier aura pour mission de proposer des recommandations techniques concernant les travaux à entreprendre pour restaurer et sécuriser la plage de Tamarin.
Selon le ministre, d’autres secteurs de la région présentent également des signes de fragilité, notamment à proximité de certaines habitations et infrastructures exposées aux effets de l’érosion côtière.
En attendant les conclusions de l’enquête en cours et les recommandations des experts mandatés, la plage de Tamarin continue de subir les effets combinés de l’érosion côtière, des fortes houles et des transformations progressives du littoral. Pour de nombreux habitants, au-delà des dégâts matériels observés, c’est aussi une partie du patrimoine naturel et de l’identité du village qui se retrouve aujourd’hui fragilisée.
Le député de la circonscription no 14 Savanne/Rivière-Noire, Arvin Babajee, affirme que les travaux réalisés à l’embouchure en décembre 2025 répondaient avant tout à une demande de pêcheurs de la région.
Selon lui, l’accumulation de sable à l’embouchure empêchait l’écoulement normal de l’eau et compliquait l’accès à la mer pour plusieurs embarcations, particulièrement à marée basse. Les pêcheurs auraient ainsi sollicité une intervention afin de rouvrir un passage devenu difficilement praticable.
Le député soutient que ce type d’opération est régulièrement effectué dans certaines zones côtières lorsque le sable obstrue l’embouchure des rivières. Il précise également que les pêcheurs eux-mêmes auraient indiqué les endroits où les travaux devaient être réalisés.
Arvin Babajee affirme, par ailleurs, avoir uniquement contribué partiellement au financement de la location de l’excavatrice utilisée lors de l’intervention.
Toutefois, certains observateurs estiment que ces travaux auraient modifié la circulation naturelle de l’eau et du sable, contribuant ainsi à accélérer l’érosion sur cette portion du littoral. Une enquête du ministère de l’Environnement est actuellement en cours afin de déterminer les circonstances exactes de l’intervention et ses éventuelles conséquences sur la dégradation côtière.