Mise à jour: 21 janvier 2026 à 12:00

Système de garde 24/7 des spécialistes : le ministère cherche un compromis

Par Jean-Marie St Cyr
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Suite à la décision de l’Employment Relations Tribunal (ERT) déclarant illégal le système de garde 24/7 imposé aux spécialistes, le ministère de la Santé cherche une solution alternative. L’objectif est de préserver les droits des médecins sans compromettre la prise en charge des patients.

Le ministère de la Santé est à la recherche d’une solution de rechange suite au verdict de l’Employment Relations Tribunal (ERT) qui a décrété « illégal » l’imposition du système de garde 24/7 à certains spécialistes (gynécologues-obstétriciens, pédiatres et anesthésistes). Interrogé par le Défi Quotidien, le ministre de la Santé, Anil Bachoo a souligné que « peu importe la décision qui sera prise, il ne faudrait pas que les patients soient affectés ». Il reconnaît que les médecins ont des droits, mais insiste sur le fait que sa priorité reste les patients.

Lundi matin, le ministre avait annoncé qu’il ferait une déclaration sur le sujet dans l’après-midi, après consultation avec ses officiers. Il a cependant précisé qu’aucune décision ne serait prise avant les jours à venir.

Système imposé sans consultation

Le ministre Bachoo déplore, toutefois, que le système ait été mis en place sans aucune consultation avec les spécialistes concernés en 2022 par le précédent gouvernement. Il souligne que le Pay Research Bureau (PRB) reconnaît le « night duty » et le système de « on call ». Cependant, il n’y a pas eu de négociations avec les médecins et leur syndicat avant l’introduction du système de 24/7, d’où leur contestation devant l’ERT et leur victoire, a-t-il expliqué.

Selon le ministre Bachoo, la décision d’introduire le système de 24/7 visait sans doute à faire baisser le « infant mortality rate » grâce à la présence physique des spécialistes lors d’un accouchement par exemple. « Un médecin spécialiste est normalement ‘on call’. Le temps qu’il retourne à l’hôpital pour une urgence, il est peut-être trop tard », a-t-il expliqué.

Retour au système « on call »

Le ministère est en train d’essayer de trouver une solution pour résoudre ce dilemme, mais le ministre Bachoo précise qu’il ne va pas accepter qu’un changement de système se fasse au détriment des patients. « Nous allons négocier avec les médecins pour voir si on retourne au système ‘on call’ pour ces trois catégories de médecins spécialistes, mais nous devons veiller à qu’ils habitent près de l’hôpital où ils sont postés », a-t-il déclaré.

Lors d’une intervention lundi matin au Charles Telfair Institute – Curtin Mauritius à Moka, à l’ouverture du symposium de trois jours, le ministre a précisé que les gynécologues, pédiatres et anesthésistes qui ne travaillent pas physiquement la nuit à l’hôpital resteront disponibles. Ils seront en effet « on call » pour intervenir si nécessaire.

D’autre part, alors que pour certains professionnels de la santé le grade de « Registrar » peut aider en cas d’absence des spécialistes, le ministre Bachoo ne croit pas que ce soit la solution. Selon lui, le problème, c’est le travail de nuit des spécialistes.

Arrêt immédiat

Le président de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA), le Dr Meetheelesh Abeeluck, réclame de son côté l’arrêt « immédiat » du système 24/7. Suite à la déclaration du ministre concernant le « posting » des médecins dans les hôpitaux les plus près de leur domicile, il fait comprendre qu’il n’y a rien de nouveau dans cette proposition. Selon lui, cela était déjà préconisé dans le « scheme of service ».

Il précise que, suite à l’imposition du système de 24/7 en 2022, plus d’une dizaine de gynécologues ont quitté le service public. Il se demande ainsi comment le ministère va pallier au manque de médecins avant tout. « Si le ministère veut négocier pour qu’on fasse des compromis, comment le faire avec le manque de personnel ? », se demande le Dr Abeeluck. Pour lui, le système de « on call » est la seule solution. Il revient au département des ressources humaines de s’assurer que les membres du personnel soient postés à l’établissement de santé le plus près de leur domicile.

Avis divergents

Or, selon le syndicat d’une association de médecins, la présence des spécialistes à l’hôpital pour le service de nuit « est bénéfique pour les patients ». Citant le cas d’un accouchement par césarienne urgent ou d’un bébé en détresse, il explique que le spécialiste peut mettre une trentaine de minutes à rejoindre l’hôpital depuis son domicile. Ce délai peut être critique pour la santé de la mère et de l’enfant. Ce laps de temps peut être fatal alors que chaque minute compte dans ce genre de situation, fait-il ressortir. 

Cependant, le médecin déplore la façon dont le système de 24/7 a été « imposé » par l’ancien ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal. Nous avons essayé d’avoir ce dernier pour une déclaration, mais l’appel n’a pas abouti.

La piste du « Registrar »

Alors que le ministre Anil Bachoo ne semble pas être convaincu par l’introduction du grade de médecin « Registrar » – poste intermédiaire entre celui de médecin généraliste et spécialiste – un interlocuteur fait comprendre que des discussions ont été entamées dans le passé à cet effet. Toutefois, le dossier est resté au fond d’un tiroir depuis au moins une quinzaine d’années. Le sujet a aussi été mentionné dans le rapport du PRB de 2008. Selon cette source, le Registrar pourrait prodiguer des soins d’urgence en attendant l’arrivée du spécialiste.

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