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Synthétiques : la course de vitesse contre les trafiquants

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 24 May 2026 à 18:30
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Kunal Naik, CEO de la NADC, revient sur les défis de coordination entre institutions, ONG et secteur privé dans la lutte contre la drogue à Maurice.

Contre des drogues synthétiques en mutation constante, le nouveau Master Plan mise sur l’agilité pour briser la bureaucratie et le trafic.

Face à des substances en mutation constante et à des réseaux de trafic particulièrement agiles, le nouveau National Drug Control Master Plan (NDCMP) 2026-2030 veut imposer une riposte capable de s’adapter en temps réel. Entre ambitions d’agilité et lourdeurs administratives, Maurice tente désormais de mener une guerre de vitesse contre les drogues synthétique

s.C’est l’un des paradoxes du narcotrafic moderne : alors qu’il faut parfois des mois pour amender une loi ou classifier officiellement une substance interdite, quelques modifications chimiques suffisent souvent à contourner la législation existante. À Maurice, l’évolution rapide des drogues synthétiques a progressivement mis sous pression les mécanismes traditionnels de lutte antidrogue. Pour tenter de suivre le rythme, le nouveau plan national, piloté par la National Agency for Drug Control (NADC), mise sur un principe central : la flexibilité opérationnelle.

Interrogé sur cette nécessité de réagir face à des substances qui évoluent constamment, le CEO de la NADC, Kunal Naik, défend une approche plus réactive. « Notre réponse doit être agile et proactive, sans dépendre uniquement de changements législatifs souvent longs », explique-t-il. L’un des principaux outils avancés par le Master Plan est la création d’un Early Warning System (système d’alerte précoce). Le dispositif vise à établir un réseau de vigilance permanent entre travailleurs sociaux, ONG, police et scientifiques.

Selon Kunal Naik, les ONG et les travailleurs sociaux, « présents sur le terrain 24/7 », doivent permettre d’identifier rapidement de nouveaux comportements, des symptômes inhabituels ou des vagues d’overdoses. En parallèle, la police et le Forensic Science Laboratory (FSL) seront chargés d’analyser rapidement les substances saisies afin d’identifier les nouvelles molécules et les précurseurs chimiques utilisés dans leur fabrication. L’objectif affiché est d’anticiper les évolutions du marché plutôt que de réagir une fois les substances déjà largement diffusées.

Reste toutefois une difficulté majeure : coordonner des institutions aux cultures et aux méthodes très différentes. Kunal Naik reconnaît d’ailleurs que l’un des principaux obstacles identifiés lors des consultations autour du Master Plan demeure « le red tape de l’administration publique ». Pour éviter que la réponse institutionnelle ne soit constamment dépassée par la rapidité d’évolution des drogues synthétiques, le plan prévoit un recours accru à des mécanismes réglementaires plus souples. 

Concrètement, les autorités souhaitent s’appuyer davantage sur des regulations – des règlements administratifs ou ministériels – afin d’actualiser plus rapidement les listes de substances interdites et les dispositifs de contrôle, sans attendre de longs amendements législatifs. Cette logique traduit une volonté de raccourcir les délais de réaction de l’État face à un trafic capable de se réinventer rapidement.

Le Master Plan identifie également un autre risque, classé parmi les « barrières au succès » : celui de traiter la question des drogues uniquement sous l’angle sécuritaire et technique. Dans plusieurs régions vulnérables de l’île, le trafic constitue parfois une source de revenus ou un mécanisme de survie économique. Kunal Naik insiste ainsi sur la nécessité « d’aller au-delà d’une approche répressive » à travers un National Prevention Programme. 

Le Master Plan ambitionne de mobiliser le ministère de l’Égalité des genres et la CSU pour accompagner ces populations vers des alternatives viables : formations, opportunités d’emploi et activités génératrices de revenus. Car au-delà des outils scientifiques et réglementaires, le succès du Master Plan dépendra aussi de sa capacité à agir sur les réalités sociales qui alimentent le trafic. Sans cela, les réseaux clandestins pourraient continuer à conserver une longueur d’avance.

Cannabis : les consultations publiques lancées la semaine prochaine

Alors que le cadre légal entourant le cannabis à Maurice n’a pas bougé d’un iota depuis des décennies, l’État s’apprête à franchir un pas inédit. Dès la semaine prochaine, un comité officiel lancera une série de consultations publiques afin de recueillir les avis de la société civile, des professionnels de santé et des citoyens sur une réforme devenue inévitable.

L’annonce a été faite par le CEO de la NADC. « Si nous sommes appelés à nous pencher sur la question aujourd’hui, c’est parce que l’État lui-même questionne le statu quo. Par rapport à la tendance mondiale, c’est déjà une avancée », explique Kunal Naik. 

Ces consultations s’inscrivent dans le cadre du National Drug Control Master Plan 2026-2030, lancé récemment. Les contributions écrites et orales recueillies seront analysées par le Technical Working Group, chargé d’évaluer la faisabilité des différentes options (dépénalisation, décriminalisation, réglementation médicale, etc.).

Le rapport final de ce groupe d’experts sera soumis à la National Drug Control Commission, présidée par le Premier ministre, qui décidera des suites à donner.

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