Suspension de deux écoliers - indiscipline scolaire : une réforme du cadre légal annoncée
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
La suspension de deux écoliers pour des faits de violence a poussé le Conseil des ministres à annoncer la création d’un comité interministériel. L’objectif est de réformer une législation jugée inadaptée face aux comportements « perturbateurs » de plus en plus précoces.
C’est un fait divers scolaire qui, par sa durée et sa gravité, a fini par remonter jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. À l’école primaire Saint-Pierre Roman Catholic Aided (RCA), deux garçons inscrits en Grade 4 et Grade 5 (âgés de huit et neuf ans) ont été suspendus par décision du ministre de l’Éducation. On les soupçonne d’avoir instauré un climat de « terreur » dans l’établissement depuis trois ans, marqués par des épisodes de violences répétées.
Derrière la décision administrative - une mise à pied temporaire s’étendant du 26 mars au 3 avril - se dessine une crise institutionnelle : comment concilier le droit inaliénable à l’éducation et la sécurité des autres élèves ? Face à la répétition de cas de mauvaise conduite dans plusieurs établissements, le Conseil des ministres, réuni vendredi dernier, a acté la création d’un comité ministériel spécialisé. Ce dernier mobilise l’ensemble de l’appareil étatique (voir plus loin). Sa mission est d’examiner des propositions de révision du Children’s Act, de l’Education Act et d’autres textes de loi.
Il s’agit de légiférer sur des problématiques de plus en plus complexes : violence extrême, violences sexuelles, abus liés aux réseaux sociaux, consommation de substances et harcèlement scolaire. Pour le ministre de l’Éducation Mahend Gungapersad, l’urgence est à la création d’une « école de réadaptation », une structure de transition permettant un suivi professionnel entre l’école et la maison pour les enfants en difficulté.
Pourtant, cette gestion de crise ne fait pas l’unanimité. L’Ombudsperson pour les enfants, Aneeta Ghoorah, qui suit ce dossier qualifié de « serious behavioral concerns », déplore des décisions tardives. Elle rappelle qu’à Maurice, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans, sous peine d’amende ou de prison pour les parents.
« Il n’est pas question qu’un enfant soit mis à la porte. Il faut l’encadrer. Nous devons trouver des méthodes alternatives. Il est malheureux que nous ayons et aurons beaucoup de cas de ce genre à cause des familles brisées dans notre société », déclare-t-elle.
Aneeta Ghoorah propose au comité une approche hybride : quelques jours de renvoi suivis de deux à trois jours par semaine d’accompagnement par des professionnels d’une institution spécialisée, le reste du temps étant passé à l’école, avant un retour définitif.
Sur le terrain, l’inquiétude des parents est palpable. Le traumatisme dépasse le cadre des chamailleries de cour d’école. Une mère de famille raconte avoir dû se rendre au poste de police pour remplir un Formulaire 58 — le constat officiel de blessures — après que son enfant en Grade 4 a été frappé à la tête et au dos.
Alors que les écoles sont en congé depuis vendredi dernier, l’incertitude demeure pour la rentrée du deuxième trimestre, prévue pour le 20 avril. L’Ombudsperson insiste sur la nécessité de statuer sur le sort de ces deux enfants avant cette date. « Les autres enfants ne veulent plus revenir à l’école, car ils ont peur », confie un père de famille. Le comité dispose désormais d’un délai très court pour proposer des mécanismes de prise en charge adaptés.
• Le ministère de la Santé et du Bien-être ;
• Le ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale ;
• Le bureau de l’Attorney General ;
• Le ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille ;
• L’Ombudsperson for Children ;
• La force policière ;
• Le Probation and After Care Service.