Mise à jour January 4, 2026, 6:30 pm

Sur le plan économique, 2026 sera une année…

Par Christina Vilbrin
Image
economique

2026 s’annonce comme une année charnière pour l’économie mauricienne. Entre pressions inflationnistes, ralentissement de la croissance et défis structurels persistants, le cap s’annonce difficile. Mais des pistes existent pour rebondir. Des économistes livrent leur diagnostic et formulent des recommandations pour redynamiser l’économie, restaurer la confiance et préparer une croissance plus durable.

…dans l’impasse, entre le marteau et l’enclume

Georges Chung : « Sur le plan économique, notre pays se trouve indéniablement dans une impasse, pris entre le marteau et l’enclume. D’une part, toute détérioration de notre endettement en 2026 risquerait de nous classer dans une catégorie de risque financier par Moody’s, avec des conséquences graves pour Maurice en tant que destination d’investissement étranger. D’autre part, le besoin urgent de rétablir le pouvoir d’achat, largement affecté par la faiblesse de la roupie, se fait de plus en plus pressant. Les grandes controverses autour de l’allongement de l’âge de la retraite, le faible niveau de la compensation salariale et les débats autour du PRB en sont les symptômes les plus évidents. Céder pleinement à ces revendications, dans le contexte actuel, risquerait de nous plonger encore plus rapidement dans le désastre. Pourtant, notre histoire économique contemporaine regorge d’exemples montrant comment sortir du sous-développement et de la misère du pouvoir d’achat. »

Ce qu’il recommande pour booster l’économie

Renforcer la roupie

Pour Georges Chung, il n’y a pas trente-six solutions pour sortir du cercle vicieux de la faiblesse de notre économie : il faut avant tout redonner du pouvoir d’achat à notre roupie en la renforçant, pour la ramener à moins de Rs 40 contre le dollar, alors qu’elle stagne depuis trois à quatre ans autour de Rs 46. Pour y parvenir, poursuit-il, il est essentiel de réunir toutes les conditions nécessaires afin de dynamiser tous les secteurs exportateurs de biens et de services, et ainsi ramener rapidement les devises étrangères indispensables pour redonner du souffle à notre monnaie.

Accélérer le progrès technologique

Il faudra, dans le même élan, accélérer le progrès technologique actuel, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. « C’est ce progrès qui stimulera notre croissance et nous ouvrira de nouvelles perspectives économiques. Je rappelle une fois de plus que notre zone maritime, mille fois plus vaste que notre territoire terrestre, ne nous rapporte que très peu de devises, à l’exception des poissons, notamment des thons », souligne Georges Chung.


…très difficile

Dr Chandan Jankee : « L’année 2026 s’annonce très difficile. Déjà en 2025, les signes d’un glissement vers la récession sont clairs : la croissance ralentit, les piliers de l’économie s’essoufflent, et l’investissement est en recul. Nos faiblesses structurelles persistent : pénurie de main-d’œuvre, manque de diversification économique, pression sur le taux de change, déséquilibre de la balance des paiements… Nos exportations peinent toujours, et notre résilience économique - autrefois un véritable atout - s’affaiblit. À cela s’ajoute un endettement public préoccupant, qui devient de plus en plus difficile à soutenir. »

Ce qu’il recommande pour booster l’économie

Redonner confiance aux investisseurs

L’économiste est catégorique : Il faut redonner confiance aux investisseurs, locaux comme étrangers, avec une stratégie économique et sociale bien définie, transparente, avec plusieurs étapes qui mènent à un développement soutenable sur le long terme.

Définir un plan Marshall

Le Dr Chandan Jankee recommande au gouvernement de venir de l’avant avec un plan Marshall, où il faut revoir tous les secteurs traditionnels et, en même temps, greffer de nouveaux secteurs d’avenir comme l’énergie ou l’économie bleue.

Se faire aider par le FMI et la Banque mondiale

Dans la conjoncture économique actuelle et au vu de certaines faiblesses dans la gouvernance économique locale, le gouvernement devrait travailler en collaboration avec le FMI et la Banque mondiale, préconise Chandan Jankee. « On pourra ainsi travailler sur un programme d’ajustement économique où l’on pourra bénéficier de leur aide financière, leur expertise, et surtout une discipline économique qui permettrait de dégager un nouveau modèle ou une nouvelle stratégie économique pour le pays », ajoute-t-il.


…où il faudra mettre le turbo

Gérald Lincoln : « La transition politique est terminée, plus d’un an s’est écoulé. Je pense qu’on peut maintenant se focaliser sur l’avenir et sur le développement du pays. Il faut mettre le turbo. Tout le monde doit s’y mettre. »

Ce qu’il recommande pour booster l’économie

Accélérer l’ouverture du pays

Pour Gérald Lincoln, il faut accélérer l’ouverture du pays. Pour plusieurs raisons : d’un côté, pour attirer les investissements, par exemple dans l’immobilier, et de l’autre, pour acquérir des talents, aujourd’hui un facteur limitant dans pratiquement tous les secteurs, fait-il ressortir.

Redonner confiance

La relance de l’économie passe aussi par un climat de confiance. « Une ouverture accrue de l’économie permettra de restaurer cette confiance chez les entreprises et les investisseurs. Aujourd’hui, trop d’excuses freinent le pays : manque de main-d’œuvre, coûts trop élevés, pénurie de ressources… Il est temps de lever ces blocages et d’envoyer un signal fort », conclut Gérald Lincoln.


…de véritable examen de passage pour notre modèle économique

Manisha Dookhony : « 2026 sera un véritable examen de passage pour notre modèle économique. Nous partons avec des atouts : stabilité politique, infrastructures de qualité, position géostratégique qui fait de nous une passerelle entre l’Afrique et le monde. Mais pourrons-nous répondre à nos défis les plus profonds ? L’enjeu est clair : notre capacité à diversifier rapidement l’économie, à rendre les fruits de la croissance accessibles à tous et à protéger notre patrimoine naturel définira 2026 et la trajectoire pour les dix prochaines années. L’optimisme est permis, mais reste suspendu à des actions concrètes et à des résultats tangibles pour chaque famille mauricienne. Nous faisons face à des défis, climatiques d’abord - un cyclone majeur ou une sécheresse prolongée pourrait affecter notre agriculture, notre tourisme et nos infrastructures, stoppant net la croissance. Comme nous avons vu à Mayotte. Ensuite, un ralentissement mondial, particulièrement en Europe, pourrait faire descendre les arrivées touristœuvre étrangère d’une certaine façon a commencé à nuire à l’authenticité et la qualité des services. Si la cherté de la vie continue d’éroder le pouvoir d’achat sans réelle amélioration pour la classe moyenne, la colère pourrait monter et menacer notre stabilité. Au cœur de ces défis, la question de l’énergie reste une épine dans le pied de notre compétitivité et de notre souveraineté. »

Ce qu’elle recommande pour booster l’économie

Protéger les plus vulnérables

Pour Manisha Dookhony, il faut d’abord protéger les plus vulnérables en maintenant les subventions sur les produits de première nécessité. « Mais pour financer cela durablement, on doit rationaliser les subventions inefficaces et mettre en place des systèmes utilisant les nouvelles technologies pour cela », préconise l’économiste.

Investir dans l’énergie durable

Le principal défi – et risque – pour les ménages comme pour les entreprises reste l’énergie, avance Manisha Dookhony.

« Notre forte dépendance aux importations de combustibles fossiles constitue un frein structurel au développement. Nos infrastructures énergétiques sont dépassées et nécessitent une modernisation urgente. Il est impératif d’investir dans la production d’électricité en accélérant la transition vers des sources durables. D’un côté, il faut débloquer rapidement les grands projets : fermes solaires flottantes, éolien offshore, biomasse… » recommande l’économiste. Cela passe par la mise en place d’un guichet unique pour faciliter l’octroi des permis et accélérer les procédures.

De l’autre, indique-t-elle, chaque citoyen et chaque PME doit être encouragé à devenir producteur d’énergie, avec des subventions renforcées et un tarif de rachat simplifié et garanti. Il ne s’agit pas de les menacer de sanctions, mais de les mobiliser autour d’une vision, fait-elle ressortir. Pour sécuriser ce nouveau modèle, un plan national de stockage et d’efficacité énergétique est essentiel, incluant des aides pour l’acquisition de batteries et le passage aux « smart grids ». « Une énergie plus verte et moins chère sera le socle pour redynamiser l’économie. »

Miser sur l’innovation

Pour assurer notre prospérité à long terme, il faut faire de l’innovation notre nouveau pilier exportateur, recommande, par ailleurs, Manisha Dookhony.

Réduire le coût de la vie

Il faut attaquer le coût de la vie à la racine. « On doit lancer des incitations fiscales fortes pour que nos supermarchés s’approvisionnent bien plus localement, et pour récompenser les importateurs et distributeurs qui réduisent volontairement leurs marges sur les produits essentiels », avance-t-elle. Parallèlement, poursuit-elle, il est nécessaire de soutenir les technologies de réduction du gaspillage alimentaire, car chaque roupie économisée est une roupie de gagnée pour le budget familial.

Cibler les niches à haute valeur ajoutée

Dans le secteur du tourisme, l’objectif est sans équivoque : attirer des visiteurs à forte contribution, qui dépensent davantage et prolongent leur séjour. Pour cela, il est essentiel de cibler activement les niches à haute valeur ajoutée, suggère Manisha Dookhony. « Il faut également faciliter l’accès au territoire en élargissant les exemptions de visa, en multipliant les vols charters, et en positionnant Maurice comme une véritable capitale régionale de l’événementiel, capable de remplir ses hôtels tout au long de l’année », ajoute-t-elle.

…sous tensions structurelles

Ishvind Caleechurn : « La nouvelle année sera celle d’une métamorphose à marche forcée sous tensions structurelles. La notion de métamorphose renvoie à la mutation profonde du modèle économique mauricien, qui doit impérativement s’opérer en 2026 pour éviter l’obsolescence. Les tensions structurelles mettent en lumière les freins qui brident cette ambition. Il y a d’abord la tension fiscale. La gestion de la dette publique est le fil rouge de l’année 2026, et la consolidation fiscale s’impose comme une nécessité absolue. Il y a ensuite la tension démographique, avec l’exode de la main-d’œuvre qualifiée qui n’est plus sectoriel, mais systémique. Il y a également une tension externe. Les incertitudes et les fragmentations géopolitiques peuvent affecter directement le commerce mondial. Pour résumer, Maurice se trouvera à la croisée des chemins en 2026. Le pays fera face à deux options : maintenir son statut de pays à revenu intermédiaire supérieur ou concrétiser l’ambition de rejoindre durablement les économies à haut revenu. »

Ce qu’il recommande pour booster l’économie

  • Consolider les secteurs traditionnels, comme le tourisme. Le secteur touristique doit évoluer du modèle « soleil et plage » vers des niches à forte valeur ajoutée, telles que le tourisme d’affaires.
  • Développer un écosystème Fintech dynamique et consolider la position de Maurice en tant que centre financier international, dans un cadre réglementaire robuste et transparent.
  • Exploiter le potentiel de l’économie bleue, le plus grand levier de croissance inexploité de Maurice. Les axes prioritaires incluent la pêche à grande échelle, l’aquaculture marine et les énergies marines renouvelables.
  • Bâtir une économie du savoir en adoptant une stratégie nationale d’intelligence artificielle, visant à intégrer l’IA dans les secteurs économiques clés.

…qui peinera à décoller

Sudesh Lallchand : « 2026 s’annonce comme une année encore en rodage et qui peinera à décoller. Pour récolter, il faut d’abord semer. Or, la réalité est claire : en 2025, aucune action significative n’a été entreprise pour stimuler le développement économique. Comme si la machine économique était gravement malade ou en panne, aucun ministère, à l’exception de celui de l’Attorney General Gavin Glover, n’a fait preuve d’initiatives, de stratégies ou de mesures phares. J’ai peur qu’une croissance d’environ 3 % se dessine à l’horizon pour 2026. »

Ce qu’il recommande pour booster l’économie

Un ministre des Finances à temps plein

Le pays a besoin d’un ministre des Finances compétent, expérimenté en finances, conscient des enjeux sociaux et entièrement dédié au développement économique à temps plein, suggère Sudesh Lallchand. « Le développement économique et la croissance sont les missions premières du ministère des Finances. Mais force est de constater qu’actuellement il n’y a pas de capitaine à la barre. Le Premier ministre a d’autres priorités à plus haut niveau, et le Junior Minister des Finances est encore en phase d’apprentissage. D’où l’importance d’avoir un ministre des Finances à temps plein. Quelqu’un comme Reza Uteem pourrait parfaitement relever ce défi », avance l’économiste.

De nouvelles idées

Sudesh Lallchand est catégorique : « On ne peut plus compter éternellement sur l’endettement des consommateurs, les surtaxes (sur les produits pétroliers, le tabac, l’alcool) la TVA, la dépréciation continue de notre monnaie ou encore la conversion des terrains agricoles en développement foncier pour maintenir l’économie à flot. De nouvelles idées doivent émerger, et ce sont les ministres eux-mêmes qui doivent prendre cette responsabilité et initier les changements », suggère-t-il.

La stabilité politique

La stabilité politique demeure un facteur clé pour favoriser le développement économique, indique Sudesh Lallchand. « Or, les récents signes ne sont pas très encourageants », déplore-t-il.

Publicité
À LA UNE
defi quotidien