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Sur le fond : misères sexuelles

À Maurice, les tabous liés, entre autres, à la sexualité peuvent faire de nous une nation de dingues. Le mot n’est pas fort. Selon une confidence du regretté Peter Craig, ancien conseiller du gouvernement, une étude réalisée par des experts américains dans les années ‘90 aurait conclu qu’une majorité de Mauriciens souffriraient à divers degrés de troubles d’aliénation. Ceux-ci seraient dus notamment au communalisme, à l’emprise des interdits et à l’exiguïté territoriale qui modèle tout autant la petitesse de certaines mentalités. Ces trois facteurs se conjugueraient pour déboucher sur des préjugés symbolisés par le culpabilisant « qu’en dira-t-on » ?

Cet Island’s syndrome rendrait les gens mal dans leur peau dans la mesure où leur vie est conditionnée au regard des autres. Qui non seulement s’autorisent à poser des jugements de valeurs, mais s’approprient aussi littéralement le corps des autres à travers des mœurs sexuelles prédéfinies. Tout non-conformisme étant jugé déviant et condamnable. Une jeune femme résume l’intensité de ce drame en deux lignes : « C ki mo trouve si ou marié ou commet l’adultère pna pêché, mais kan ou ene mère célibataire couma moi b c 1 gros pêché. » Court témoignage mais combien éloquent sur le site www.defimedia.info, en guise de commentaire à l’article Hypocrisies.

Ce cas de figure, on pourrait le multiplier à l’infini. Les orthodoxies conservent les valeurs traditionnelles autant qu’elles castrent les gens dans leur vie intime. Plaisir étant traduit par péché. À son époque, un sir Gaëtan a pu autant horrifier les bonnes âmes que conforter les esprits libéraux en affirmant : « S’amuser n’est pas un péché. » L’ancien dirigeant politique reprenait à sa manière un mantra du guru Rajneesh Bhagwan dit Osho. Au fait, contrairement aux idées reçues, les philosophies religieuses n’ont pas toujours été aussi puritaines que l’on dit. Le Kama Sutra, ainsi que nous avons pu le constater, s’illustre à même la vue sur des temples à Khajurâho, en Inde ; l’œuvre de Cheik Nefzaoui intitulée Le Jardin Parfumé parlait sans complexe d’érotisme au temps de l’Âge d’Or de la civilisation musulmane. L’âme est divine mais la chair est humaine.

Coincés entre les dogmes, rigides de nature, et la fluidité de la vie moderne, les gens, les jeunes surtout, connectés au reste du monde au moyen des réseaux sociaux tels Facebook, ont du mal à s’identifier. Ce mal-être est encore plus palpable dans une île où les discours et les pratiques sont à multiples vitesses. Dans les métropoles, ceux que l’on qualifie ici de marginaux – gays, lesbiennes, bi – s’affichent ouvertement sans complexes. Ils tombent, du reste, sous la protection des lois. Au pays de « après la mort, la tisane » (jeter des pierres sur les marginaux de leur vivant pour ensuite montrer de la compassion après leur mort), ceux qui ont des orientations sexuelles différentes sont condamnés à vivre dans la clandestinité.

En sus des regards accusateurs, certaines lois sont archaïques à Maurice. De fait, les travailleurs étrangers qui roulent l’économie du pays n’ont pas droit à une sexualité reproductrice. Les Mauriciens plus fortunés s’exilent ou vivent leur sexualité différente sous des cieux plus tolérants à Londres, Sydney, Paris ou Cape Town, mais tout le reste, surtout parmi les plus pauvres, est condamné à subir préjugés et violence. Comme si la tolérance prônée par les religions pouvait aussi être à deux vitesses aux yeux de certains adeptes. Comme si la vie privée des adultes consentants devrait être réglée par des édits et non par leur propre conscience.

Heureusement qu’il y a comme un changement dans l’air. Le journal Star nous apprenait récemment que deux sexagénaires de la communauté musulmane se sont mariés religieusement, après la mort respective de leurs conjoints. Jadis, cela aurait été impensable, car l’on estime à Maurice que les gens deviennent asexués lorsqu’ils atteignent l’âge de la retraite. Monique Dinan annonce cette semaine dans Le Mauricien qu’elle s’apprête à publier un livre Sexe, source d’amour et de vie. Dans un extrait intitulé Amour et sexe après 60 ans, elle écrit : « Restons bien accrochés à notre sexe tout au long de notre vie. Vivons à 100 % notre sexualité, quel que soit notre âge. » Voilà une déclaration forte et respectable qui nous démarque de la minable démagogie ambiante !

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