Supermarchés : des Mauriciens anticipent une hausse des prix
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations des grandes routes maritimes mondiales commencent à influer sur la consommation à Maurice. Sans céder à la panique, de nombreux consommateurs anticipent une possible hausse des prix ou des difficultés d’approvisionnement. Dans plusieurs supermarchés du pays, les chariots se remplissent plus vite que d’habitude et certains produits de base disparaissent rapidement des rayons.
Depuis quelques jours, supermarchés, hypermarchés et grossistes observent une fréquentation plus importante. Les Mauriciens restent prudents, mais ils préfèrent assurer leurs réserves en produits essentiels. Les grains secs, l’huile de cuisson, la farine, le lait, le beurre et certains produits pour bébés figurent parmi les articles les plus recherchés.
Afin de mieux comprendre cette tendance, nous nous sommes rendus dans deux grandes surfaces : Dream Price à Vallée-des-Prêtres et Lolo Supermarché à Morcellement Saint-André. Dans ces deux établissements, le constat est pratiquement le même : les chariots sont bien remplis et les employés doivent réapprovisionner les étagères à intervalles réguliers.
À Dream Price, la scène est révélatrice. Les caddies se remplissent rapidement et les rayons doivent être réapprovisionnés presque aussitôt vidés. Les produits de première nécessité sont particulièrement prisés. L’huile de cuisson, le lait, la farine et le beurre figurent parmi les premiers articles à disparaître des étagères.
Dans une des allées du supermarché, nous rencontrons Manoj, un habitant de Sainte-Croix venu faire ses courses avec son épouse. Son chariot contient plusieurs produits de base et son regard trahit une certaine inquiétude. Manoj : « Pa kone ki pou ena pli tar ! », dit-il. À cause de la guerre au Moyen-Orient, il préfère faire preuve de prudence. Pour lui, il ne s’agit pas de céder à la panique, mais simplement d’anticiper.
« Je suis venu faire les courses par mesure de précaution. Lorsque je vois ce qui se passe en Iran et qu’on apprend que certaines marchandises peuvent être bloquées, c’est inquiétant. J’achète un peu plus, mais de façon responsable », explique-t-il.
Ce père de famille et grand-père pense à l’avenir. « Les prix vont certainement augmenter, je n’en doute pas. J’ai des enfants et des petits-enfants. J’achète donc un peu plus au cas où la situation s’aggrave. Mais il ne faut pas faire du panic buying. Il faut rester responsable », insiste-t-il.
Selon une responsable du supermarché, cette tendance se fait ressentir depuis environ une semaine. « Les Mauriciens ont peur. On peut les comprendre avec tout ce qui se passe au Moyen-Orient. Depuis quelques jours, on voit davantage d’achats. Mais le stock est là et nous veillons à ce que nos clients ne manquent de rien. Dès que les étagères se vident, nous les réapprovisionnons immédiatement », assure-t-elle. Elle tient également à rassurer les consommateurs. « Il n’y a pas de pénurie pour le moment. Notre stock est suffisant et nous continuons à nous approvisionner normalement », souligne-t-elle.
À Lolo Supermarché, à Morcellement Saint-André, le constat est similaire. Les clients remplissent leurs paniers avec prudence, tout en restant attentifs à l’évolution de la situation internationale. Parmi eux, Dan Bhaguratty se montre particulièrement réfléchi dans ses achats. Pour lui, la situation actuelle exige surtout de la responsabilité. « J’ai opté pour le wise buying. Pas question d’acheter en grande quantité et de céder à la panique », explique-t-il.
Mais il reste conscient des conséquences possibles de la crise internationale. « D’ici deux à trois semaines, le prix du pétrole va probablement augmenter. Le coût du fret maritime va suivre. Ce qui va forcément se répercuter sur les prix des produits et du carburant », estime-t-il.
Selon lui, les Mauriciens cherchent avant tout à éviter une éventuelle pénurie de produits de base.
« Les produits essentiels sont les plus importants. Personne ne veut se trouver face à une rupture de stock. Mais il faut rester optimiste et acheter de manière responsable. Il faut aussi penser aux autres. »
Pour l’heure, les rayons continuent d’être réapprovisionnés et les autorités comme les commerçants se veulent rassurants. Mais dans un contexte international incertain, les consommateurs mauriciens semblent déjà avoir adopté un mot d’ordre : anticiper sans paniquer.