Subvention sur les produits pharmaceutiques : 900 médicaments concernés par l’entrée en vigueur début février
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
La subvention de Rs 50 sur certains médicaments, prévue pour le 15 janvier, entre en vigueur le 1ᵉr février. La mesure touchera 22 importateurs, 400 pharmacies et 900 médicaments. Ce report fait suite à certaines contraintes techniques rencontrées par les principaux acteurs.
Le Price Stabilisation Fund (PSF) pour les produits pharmaceutiques, annoncé l’année dernière, sera opérationnel le 1er février, et non le 15 janvier comme prévu. Cette subvention gouvernementale de Rs 50 s’appliquera aux boîtes de médicaments vendues à Rs 100 ou plus, concernant notamment les antidiabétiques, antihypertenseurs et cardiovasculaires, entre autres.
Selon le ministre du Commerce Michaël Sik Yuen, cette mesure touchera 22 importateurs, 400 pharmacies et 900 médicaments. « Les importateurs et les pharmaciens ont accueilli favorablement cette mesure de subvention », affirme-t-il. Le report s’explique par le manque de préparation des importateurs après les fêtes de fin d’année pour procéder aux ajustements de prix nécessaires.
« Les importateurs avaient un problème de facturation car ils devaient changer tous les prix de leurs produits », explique le ministre Sik Yuen. Plusieurs réunions de travail ont été tenues, dont deux la semaine dernière et une cette semaine, pour trouver une solution. Malgré sa volonté initiale de maintenir la date du 15 janvier, le ministre a dû céder face aux réalités pratiques.
« Les médicaments sont des produits de précision et concernent directement la santé des personnes. Ce n’est pas comme lorsqu’on achète une boîte de sardines et que l’on peut choisir une autre marque si l’habituelle n’est pas disponible », souligne Michaël Sik Yuen.
Certains fournisseurs ont demandé une semaine supplémentaire, d’autres deux, pour effectuer les ajustements nécessaires. Le ministre justifie ce report par la nécessité d’éviter toute rupture de stock qui pourrait mettre en danger la santé des patients. Il ajoute qu’il était « important de rencontrer les parties prenantes au préalable afin d’éviter les problèmes par la suite ».
Du côté des importateurs, Siddique Khodabocus, de l’Association des petits et moyens importateurs de produits pharmaceutiques, accueille favorablement l’idée de la subvention mais déplore la façon dont le ministère du Commerce prévoit sa mise en œuvre. S’il reconnaît que les consommateurs paieront Rs 50 de moins pour les médicaments concernés, il s’inquiète du fait que la plupart sont vendus sans prescription. « Quand les pharmaciens vont faire leur ‘return’, il serait souhaitable qu’il y ait la prescription comme preuve que le médicament a été vendu », suggère-t-il.
Selon Siddique Khodabocus, la mesure sera « kouma enn bazar » dans sa formule actuelle. Il souligne les difficultés pour les pharmacies non informatisées de gérer les produits subventionnés et de traiter les réclamations auprès du ministère du Commerce. Il s’interroge sur l’application de la subvention aux médicaments vendus au détail : « La subvention concerne Rs 50 par boîte de médicaments à partir de Rs 100. Mais comment retirer Rs 50 sur une tablette de médicaments ? »
Le président de l’association propose un ciblage des médicaments non disponibles dans le service public et la création d’une carte pour les bénéficiaires. « Les médicaments sont gratuits dans le service public, pourquoi inciter les consommateurs à en acheter dans le privé en accordant une subvention ? Les autorités ne sont-elles pas sûres de la qualité des médicaments offerts dans le service public ? » demande-t-il. Siddique Khodabocus plaide aussi pour l’importation parallèle comme moyen de faire baisser les prix.
Ziad Saumtally, vice-président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), explique que les pharmaciens doivent tout mettre en place sans droit à l’erreur, compte tenu de l’enjeu que représentent les médicaments pour la population. Il estime que les consommateurs ne toléreront pas d’erreurs dans l’ajustement des prix et que la liste des médicaments doit être irréprochable lors des déclarations à la Mauritius Revenue Authority (MRA).
« Les pharmaciens n’ont aucun problème en ce qu’il s’agit de cette subvention sur certains médicaments », affirme-t-il. Selon lui, le ministère du Commerce s’est montré réceptif aux contraintes des pharmacies, d’où le report. « Nous travaillons d’arrache-pied afin que tout soit prêt d’ici le 1ᵉr février », assure Ziad Saumtally.
Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (Acim), déplore « un retard par rapport à la première subvention ». Depuis juillet 2025, plusieurs mois se sont écoulés avant l’annonce des mesures dans le cadre du Price Stabilisation Fund (PSF).
« Des réunions ont été tenues avec le ministère du Commerce, mais la continuité des mesures a été tardive, tout comme la consultation avec les pharmacies », souligne-t-il. « La population a de grandes attentes. L’inflation et le coût élevé des médicaments rendent cette mesure d’autant plus importante. Les détails pratiques ayant entraîné le report de la subvention méritent réflexion », souligne-t-il. Jayen Chellum estime que le public est en droit de connaître le coût réel de la mesure ainsi que les fonds restant pour les autres dépenses gouvernementales. « Un comité devrait être mis sur pied pour évaluer, dans les prochains mois, combien d’argent restera disponible pour investir dans d’autres projets et éviter de nouveaux reports », propose-t-il.
Sur la question de l’importation parallèle, soutenue par certains pharmaciens, le ministre Michaël Sik Yuen précise que le projet est encore à l’étude et qu’un comité interministériel a été constitué. « Nous ne voulons pas mettre en pratique une mesure qui pourrait nous retomber dessus. Il est essentiel de procéder à de larges consultations afin d’introduire sur le marché des produits sûrs », explique-t-il. Le ministre reconnaît des positions divergentes parmi les importateurs.
« Certains sont favorables à l’importation parallèle, tandis que d’autres s’y opposent et défendent des intérêts particuliers », observe-t-il. « Nous devons écouter toutes les parties afin que ce soient les consommateurs qui en bénéficient », conclut Michaël Sik Yuen.